Témoignage d’Imane

On dit que les premiers instants de parents sont merveilleux, que tout est magique. Que l’instinct maternel fait beaucoup dans la confiance en soi. Qu’il vient de lui-même. J’ai attendu patiemment ce petit être durant ces neuf mois. Une grossesse sans difficulté.
Protégée de tout cet extérieur si menaçant, à l’intérieur de moi, il me semblait que rien ne pouvait lui arriver. Bercée au son de mon cœur et à la voix de son père, tout était si paisible.
Ses premières heures de vie étaient merveilleuses en effet. Nous étions tous les trois. Elle, blottie contre nous. Ses premières minutes où rien d’autre ne compte.

Et ensuite il y a eu la vraie vie. Ce petit « nous » si fragile complètement dépendant. Et cette réflexion existentielle que je me suis faite très rapidement : « Si je fais mal… C’est à cause de moi. »
J’ai très peu confiance en moi en général mais alors là c’était bien pire. On se prépare à temps de choses avant l’arrivée d’un enfant notamment l’accouchement qui est véritablement incomparable. Mais on a oublié de me préciser que les premières fois étaient un vrai tremblement et loin d’être si facile à gérer.
On le sait, un bébé change une vie. Les premières semaines ont été pour nous, pour moi, un tourbillon émotionnel. Une étape difficile. Toutes ces nouvelles responsabilités que l’on doit assumer. Cette vie si fragile qu’on doit protéger.
Alors oui on nous dit dis des choses pour nous aider mais c’est bien plus compliqué. J’étais seul avec mon tout petit bébé. Comprendre pourquoi elle pleure. Est-ce qu’elle a assez mangé ?  Pourquoi elle régurgite ? C’est sûrement grave ?  Et ses marbrures sur son petit corps c’est normal ? Elle a trop chaud, elle risquerait de ne plus respirer ? Des questions qui ont l’air si bêtes et anodines pour un adulte. Mais chez un nourrisson tout prend une proportion énorme.

J’ai découvert dans ses premiers moments à quel point les pensées d’une maman peuvent être incessantes. Une angoisse que je n’avais jamais connue auparavant. Cette remise en question permanente, probablement dû à cette pression si intense influencée par la société. Parce que disons-le, on sous-entend aux nouveaux parents qu’ils doivent être opérationnels et tout de suite. Et surement d’avantage pour la mère. J’étais bien loin de ce modèle parfait.

Les nuits étaient pour moi source d’inquiétude. Elle, dormait paisiblement. Un bébé facile à vivre avec des nuits complètes dès sa troisième semaine. Mais il fallait que je surveille chaque heure voir plus si elle respirait. Si son petit corps ne s’était pas engouffré dans la turbulette. Alors ça semble exagéré pour certains mais je ne pouvais pas faire autrement. Alors je ne dormais pas ou vraiment très peu.
C’est comme si j’avais réglé mon organisme comme une machine pour subvenir seulement à ses besoins et faire disparaître les miens. Le bain était une vraie épreuve. Ce qui m’inquiétait le plus, c’était la température de l’eau. J’avais si peur que ce soit trop chaud ou au contraire qu’elle attrape froid. Et pourtant j’avais tout le matériel qu’il fallait. Le problème était ailleurs.
Les conseils de l’entourage pour tenter de nous aider à « mieux faire » me déstabilisaient complétement. Je me sentais seule au monde. Sous prétexte que c’était mon premier enfant je n’avais pas le droit d’être si débordée, si fatiguée. Encore moins de me plaindre. J’avais « encore rien vu ».  L’accumulation de tous ces nouveaux gestes que je ne maitrisais pas totalement m’effrayait. J’étais constamment rongée par la culpabilité de ne pas être à la hauteur pour ma fille.
Mon mari  tentait de me rassurer et me répétait sans cesse que j’étais formidable. Que je m’en sortais très bien. Que notre fille était très heureuse.

Mais moi alors, pourquoi je pleurais autant et que j’étais si inquiète, si fatiguée et que j’avais si peur ? Émotionnellement rien n’allait. C’était un ouragan de changements dans notre vie. Concrètement, il y a un nom pour désigner tous ces maux, peut-être un baby blues. Les choses s’apaisent avec le temps et heureusement mon cas n’était pas si grave. Avec de longues discussions avec mon conjoint et certains de mes proches, j’ai rapidement repris le dessus.

Les semaines passent et les gestes deviennent plus faciles. Couper ses petits ongles n’était pas si tragique. Le bain était plus agréable pour elle comme pour moi. Ses petits sourires me faisaient oublier toutes les angoisses accumulées. Mon petit bébé était de plus en plus éveillé et les échanges entre elle et moi étaient plus compréhensibles.
Mon mari me disait que j’étais une super maman et je me disais qu’en fin de compte mon organisation n’était pas si mauvaise.
Avec le recul je me dis qu’il n’y a pas de meilleure façon de faire. Mais à ce moment-là j’étais loin de cette confiance en soi que j’ai aujourd’hui. J’aurais voulu qu’on m’avertisse plus sérieusement des conséquences de ce bouleversement et ne pas mettre en avant que le côté merveilleux de cet évènement.
C’est normal pour une mère d’apprendre sur le tas.
Et être maman c’est ça, apprendre avec son enfant, avec toutes ces émotions qui jaillissent. Chaque relation mère-enfant est unique et exceptionnelle c’est à nous de trouver notre rythme et notre propre façon de faire. En faisant abstraction de tout ce qui peut nous nuire. Lorsqu’on a compris cela, tout est bien plus facile à vivre et le bonheur est enfin réellement là.

Imane

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