Témoignage de Sarah

Après un accouchement, on pense un peu qu’on a fait le plus dur ! Quelle blague !
Dès la remontée de la salle d’accouchement, j’ai déchanté ! J’étais épuisée, j’avais l’impression d’avoir survécu à un accident de voiture, ou que j’étais juste à l’arrivée d’un marathon ! Je perdais encore beaucoup de sang, il était 2h du matin. Je n’avais pas vraiment dormi depuis 48h, je venais de vivre un accouchement long et douloureux. Et j’ai été parachutée dans une chambre, seule, car le papa n’avait pas le droit de rester avec nous pour la nuit.

Ça a été compliqué, d’autant qu’Iris n’a pas été le genre de bébé qui dort pour se remettre de son arrivée fracassante parmi nous. Elle a débordé d’énergie dès l’instant où nous nous sommes retrouvées seules. J’étais sonnée, un peu perplexe devant ce petit être que je ne connaissais pas encore bien. J’avais eu beau imaginer ce moment pendant neuf mois, je n’en revenais pas, j’étais sous le choc.
Iris pleurait et refusait de rester dans son petit berceau, et moi j’étais complètement démunie. J’espérais tellement me reposer, ne serait-ce qu’une heure ou deux, pour me remettre de cette épreuve.
Je me souviens de la réponse de la puéricultrice : « Votre petite était bien au chaud, elle vous cherche pour retrouver ses repères, elle veut votre odeur, votre chaleur. » Alors, je l’ai prise sur moi, lui ai donné le sein une bonne partie de la nuit, et malgré les réticences extérieures, je l’ai gardée pour dormir. Après notre symbiose dedans, c’était le début de notre symbiose dehors.
Iris a dormi sur moi la nuit, en position foetale, pendant près de trois mois.

Pas de nurserie, des visites aux seuls moments où bébé Iris se reposait. Je pense qu’il m’aurait fallu à peu près 48h de sommeil non-stop pour m’en remettre. Au lieu de cela, je n’ai presque pas dormi pendant ces trois petits jours à la maternité. La fatigue s’est accumulée durant ce temps, laissant un boulevard au baby blues. L’allaitement foireux, la montée de lait la dernière nuit, les courbatures et les lochies, la canicule…. Sans parler de cette impression d’être encore enceinte de cinq mois avec ce ventre pourtant vide et mou.
J’en suis sortie vidée de toute énergie. Et pourtant, c’est là que notre grande aventure commençait !

Je trouve qu’on nous prépare beaucoup à la grossesse, à l’accouchement, mais au fond très peu à l’après. Comme si tout devait couler de source, être instinctif, ou que c’était aux femmes de la famille de transmettre les secrets de ce fameux  « quatrième trimestre » et du rôle de mère !

Le premier mois a été très compliqué. Ce baby blues, quasi inévitable, me semblait plus fort que tout. Les points m’ont fait très mal pendant plusieurs semaines, et je n’arrivais pas à me remettre de cet accouchement. Honnêtement, j’ai même cru que je ne pourrai jamais m’en remettre. J’étais éreintée, à bout de souffle, et mon allaitement était catastrophique. J’avais l’impression de l’avoir au sein 24h/24, sans résultat. Iris a mis plus de trois semaines pour dépasser de justesse son poids de naissance, on était très contrôlées. Je me sentais seule, et mes journées se résumaient à donner le sein dans mon lit, sans bouger, ma seule activité se résumant à une douche. Mon compagnon m’a épaulée comme il a pu, mais a il dû reprendre le travail très vite, ma famille était éloignée, bref, le tunnel a été long !
Je pleurais beaucoup, surtout le soir, je ne me sentais pas capable, je culpabilisais. Je me demandais comment je pouvais m’occuper d’un petit être si vulnérable alors que je n’arrivais pas à m’occuper de moi, à me relever.

Iris pleurait énormément le soir, souvent à partir de 23h, comme un souvenir de sa naissance. On nous a rappelé que ça n’avait pas été facile pour elle. Elle avait un gros besoin d’expulser tout le stress de cette expérience et d’être rassurée. Elle refusait d’être posée, elle dormait très très peu, toujours sur le qui-vive. Très éveillée et tonique, elle ne nous a laissé aucun répit, enchainant par la suite les fameux pics de croissance, puis les coliques !

Et puis c’est fou, je ne me souviens pas de ce qui a changé. Qu’est-ce qui a fait la différence ? Je n’en sais trop rien. Iris, mise en confiance, se sentant sécurisée, s’est apaisée, a commencé à moins pleurer et un peu plus dormir au fil des semaines. Et moi, j’ai eu l’impression de mieux respirer, de mieux (la) comprendre. J’ai pris confiance en moi, je lui ai fait confiance, et nous nous sommes habituées l’une à l’autre.

« Quatre trimestre pour faire un bébé. Trois dedans, et un dehors. »

Avec le recul, je ne regrette pas ces premières nuits éprouvantes, ce début d’allaitement chaotique. C’est dans ces moments difficiles, où je me suis totalement oubliée au profit de mon bébé, que notre relation s’est créée, que j’ai appris et compris mon rôle de mère. J’étais complètement dévouée à elle, je me suis évertuée à lui offrir toute la sécurité affective et à l’envelopper de douceur et d’amour. Aujourd’hui, elle a l’air tellement sereine. C’est un bébé qui ne pleure presque pas, toujours le sourire aux lèvres. Je ne sais pas si c’est lié, mais j’aurai tout fait pour en tout cas.

C’est l’histoire d’un apprivoisement au rôle de maman.

Sarah

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