Témoignage de Marion

D’abord, petit retour sur ma situation particulière. Notre fille est ce que l’on appelle un bébé surprise, pas franchement prévue au programme mais accueillie avec joie.

Je m’étais installée en Allemagne depuis seulement six mois (sans parler allemand) lorsque je suis tombée enceinte. Le choc, mais pas de doute sur le fait de garder ce bébé. C’était donc, à la base, déjà un peu galère. L’accouchement s’est bien passé, sans péridurale (pas très répandue ici) mais avec une sage-femme juste pour moi (sans autre équipe médicale) tout au long du travail et de la naissance (le petit luxe que je me suis offert). J’ai en revanche eu une sacré déchirure du périnée (que je n’ai pas du tout sentie) mais aussi des lèvres (et c’est là que tout se gâte). Pour celles qui l’ont vécu, se faire recoudre à vif sur cette partie-ci du corps est une épreuve et les jours suivants, il faut lutter pour faire quelques pas.
Ma fille est née à 21h49 et elle est restée avec les sages-femmes pour la nuit car elle avait avalé un peu de liquide et que j’étais épuisée. J’ai demandé plusieurs fois avant de pouvoir la récupérer le lendemain matin. Je me sentais très seule, ne comprenant que peu la langue et me retrouvant avec ce petit bout dont je ne savais rien. Personne ne m’a demandé si je voulais allaiter ou non, cela allant de soi en Allemagne. C’était mon souhait aussi mais c’était bien plus difficile que ce que je ne le pensais. Mia-Emmanuelle ne prenait pas bien le sein et j’étais terriblement mal à l’aise d’imposer les cris de bébé à ma voisine de chambre dont le nouveau né était d’un calme olympien.

Durant mon séjour je me suis retrouvée à supplier pour un biberon de lait devant le regard inquisiteur des sages-femmes qui me sommaient d’essayer encore au sein alors que ma fille et mon lait (qui ne voulait pas venir) refusaient catégoriquement. Je me suis donc retrouvée en pleine nuit au téléphone avec mon mari dans le couloir en larmes. Je devais sortir le lendemain… Mais le matin qu’elle ne fût pas ma surprise d’entendre la sage-femme (qui ne m’avait pas prévenue) annoncer à mon mari que ma sortie était repoussée, parce que j’étais selon elle un peu angoissée… Heureusement en Allemagne le système est différent qu’en France et nous sommes accompagnés par une sage-femme à domicile, ce qui m’a permise de signer une décharge et de rentrer, enfin.

Séjour plutôt catastrophique donc. De retour à la maison je voulais être sur tous les fronts mais j’étais épuisée. L’allaitement me faisait vraiment mal. Ma belle-famille n’étant pas très famille justement, je n’avais pas vraiment de soutien de ce côté-là. Mia-Emmanuelle mangeait peu, pleurait énormément (entre 22h et 2h du matin, tous les soirs sans interruption. Ce qui correspond exactement au temps entre sa naissance et le moment où nous avons été séparées pour la nuit. Je refuse d’y voir une simple coïncidence).

J’ai toujours été patiente avec les cris des bébé mais là j’étais à bout et affreusement impuissante. C’est là qu’arrive le sentiment de mauvaise mère, qui n’arrive pas à allaiter, qui n’arrive pas à calmer sa fille, qui n’arrive pas à gérer les repas de toute la famille qui débarque pour rencontrer bébé… Heureusement ma sage-femme était là et a tenté de me donner confiance en moi. J’avais la sensation de tout mal faire et que mon mari était mille fois mieux que moi, que ma fille ne m’aimait pas et que seul son père comptait. J’avais toujours peur de mal faire, pour tout et n’importe quoi. Ne pas savoir si elle était assez couverte par exemple. Les autres mamans semblaient au top du bonheur, avec des bébés calmes et câlins alors que ma fille refusait carrément l’écharpe de portage…
« Échec » était le mot qui me revenait le plus en tête. J’ai longtemps douté du fait qu’elle m’aime et cela m’arrive encore aujourd’hui (mais très rarement).

J’ai quand même tenue un mois en allaitant et tirant le peu de lait que j’avais. La pression sociale est bien la pire des choses pour les relations humaines et la confiance en soi. Ma fille a aussi fait de gros reflux et ne prenait pas franchement de poids, c’est encore aujourd’hui à vingt mois une petite crevette mais en bonne santé.

Je ne le cache pas, les trois premiers mois de Mia-Emmanuelle sont loin de la fusion et du bonheur parfait que j’avais imaginé. Au point que je pensais que nous n’aurons pas d’autres enfants. Pourtant il me faut bien l’avouer, aujourd’hui nous sommes les parents les plus heureux du monde, mais j’ai peur de risquer de remettre en jeu cet équilibre durement acquis et de perturber notre trio. On oublie vite les mauvais moments et heureusement. J’avais tout même pris le soin de les noter, histoire de m’en souvenir si je voulais un deuxième (oui je suis folle !).
Je sais aujourd’hui que je ne suis pas faite pour pouponner non-stop, mais à l’heure actuelle je suis au comble du bonheur pour faire découvrir le monde à ma fille. Aller se promener dans la nature, dehors, au contact du monde, on a même fait notre première exposition d’art moderne ensemble. Et l’entendre m’appeler le matin (bonheur puissance mille). C’est comme ça que je me sens bien dans mon rôle de maman, plus que dans celui de l’allaitement et des premiers mois dans une bulle. Cela fait-il de moi une mauvaise mère ? Je ne sais pas, mais c’est ainsi et il faut bien l’accepter.

Avec le temps, on oublie les moments difficiles même si ça peut sembler compliqué à imaginer quand on est dedans. Et il se pourrait même bien qu’on en vienne à rêver d’un petit deuxième…

Marion, Nils et Mia-Emmanuelle

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