Témoignage de Marine

Je crois que je fais partie de celles qui n’ont pas vraiment apprécié le séjour à la maternité. La prise en charge était super, le personnel adorable, mais être enfermée dans une chambre pendant cinq jours m’a pesé. Après une naissance qui est un évènement plus que bouleversant, se retrouver dans un endroit inconnu, coupée du monde et de mes habitudes a été quelque chose que j’ai mal vécu. Je fais partie des personnes, qui, quand elles font face à un changement, ont besoin de leurs repères pour mieux l’intégrer et accuser le coup. Le chamboulement était tel avec l’arrivée de ce petit bébé, que j’avais besoin d’inscrire Charles dans la continuité de ma vie, de l’ancrer le plus rapidement possible dans mes habitudes et j’ai trouvé que la maternité me déconnectait trop de la réalité et m’enfermait dans un espace-temps relativement abstrait qui m’a vraiment angoissée. Je suis bien consciente que c’est un passage obligé, mais cela n’a pas été agréable pour moi.

Et puis cette fameuse chute d’hormones ne m’a pas laissée beaucoup de répit, je me suis retrouvée confrontée au baby blues dès le lendemain de mon accouchement ! Comme si tout n’était déjà pas assez éprouvant, il fallait en rajouter une couche ! Moi qui le redoutais tant (j’avais plus peur du baby blues que de l’accouchement, c’est vous dire !), je n’ai pas été épargnée. J’ai été surprise par ce qu’il suscita chez moi, je ne l’avais pas du tout imaginé comme ça. J’étais très émotive, j’avais une envie irrépressible de pleurer qui survenait dès que je pensais à un souvenir heureux concernant le passé proche. Je n’étais pas triste à proprement parler, mais plutôt nostalgique dans le bon sens du terme. J’avais une boule au ventre quand la nuit tombait, comme si elle venait prendre la place de mon bébé dans mon ventre et elle ne me quittait qu’au petit matin. J’ai ressenti ce baby blues comme le deuil de ma vie d’avant et de ma grossesse surtout, de mon ventre et de mon bébé fantasmé. Et plus surprenant, je n’ai eu aucune angoisse quant à mon nouveau statut de maman ou sur le fait de ne pas savoir m’occuper de mon bébé, j’ai tout de suite été très à l’aise avec tous les gestes et l’allaitement. Finalement le baby blues est venu mettre en avant ce que j’avais ressenti en amont pendant ma grossesse: la peur du changement de vie et du nouveau rythme mais aucune angoisse sur la maternité et tout ce qu’elle embrasse. Mais quelle violence ! Impossible de se raisonner ou de faire quoi que ce soit pour lutter ou changer d’état d’esprit. Il vous terrasse et vous laisse impuissante, il s’immisce comme un virus en vous, il vient gâcher ces premiers instants si précieux, je trouve cette chute d’hormones si injuste pour une jeune maman qui fait déjà face à tant de nouvelles expériences.
Il y a deux autres éléments et pas des plus négligeables qui ont réellement ternis mon séjour à la maternité : la douleur et la fatigue. Après ma césarienne, je ne pouvais pas porter mon bébé comme je le voulais, ni aller le chercher dans son berceau, j’avais du mal à me lever, je mettais quinze minutes pour aller à la nurserie qui se trouvait à trente mètres de ma chambre. Sans parler de la fatigue… J’ai dormi quinze heures sur cinq nuits (« Reposez-vous à la maternité, profitez-en ! » Sans commentaire.)

Une fois de retour à la maison, quel soulagement ! Être enfin chez moi, avec mes affaires, dans un milieu qui m’est familier et qui me rassure (oui je suis le genre de personne qui adore rentrer de voyage pour me retrouver tranquille chez moi !). Je pouvais enfin commencer ma nouvelle vie avec mon bébé et vivre cette expérience pleinement sans que l’on vienne tout le temps me déranger pour une piqure, prendre un médicament ou vérifier ma cicatrice. Mais je me suis rapidement faite rattraper par la réalité, mon petit quotidien bien tranquille allait être dévasté par l’ouragan Charles !

Au début, j’ai mis du temps à intégrer que sa présence allait changer ma vie même si j’en avais déjà conscience tout au long de ma grossesse et je m’y étais « préparée ». Je mets des guillemets car je crois que rien ne vous prépare réellement à la vie avec un bébé ! Je découvrais ce qu’était ne plus pouvoir diner, ni regarder une petite série ou lire avant de dormir tranquillement, avoir sans arrêt mon attention accaparée par mon fils, l’allaiter toutes les deux heures, l’aider à s’endormir dans mes bras, passer des nuits blanches avec lui posé sur moi pour l’apaiser… Je me souviens avoir doucement souri quand mes copines me disaient ne même plus avoir le temps d’aller aux toilettes à la naissance de leur bébé, je peux vous assurer que je souriais un peu moins quand ce fut le cas !

J’étais très heureuse, sur un nuage et folle de mon petit Charles mais en même temps un peu perturbée par cette nouvelle vie. J’ai rapidement compris que le secret n’était pas de lui faire une place dans nos habitudes, mais qu’il fallait tout bonnement changer notre mode de vie. Finalement au bout de quinze jours, j’ai intégré ça, j’ai donc arrêté de vouloir diner, me préparer, prendre une douche calmement ou de planifier ma journée. J’ai décidé qu’il n’y aurait plus d’horaire, on prendrait les choses comme elles viennent, sans se prendre la tête, je ne me mettrai plus aucune contrainte. C’est comme ça que j’ai réussi à prendre du plaisir dans ce nouveau rôle, en lâchant prise. Cela m’a aidée à me défaire de cette pseudo pression que je me mettais sans raison, à cette envie de tout faire comme je l’avais prévu, j’ai accepté que les choses changent, qu’il faudrait faire des siestes en pleine journée pour récupérer, que je prendrai du retard dans mon travail, qu’il n’y aurait plus de jour ni de nuit mais des heures qui se suivent. La priorité aujourd’hui c’est mon fils et ma santé. J’ai arrêté de culpabiliser parce que je dis non aux personnes qui veulent me rendre visite, parce que je mets des journées à écrire un article car Charles a du mal à faire des siestes ou parce que je ne peux pas ouvrir un livre et travailler. J’ai appris à dire : « on verra plus tard, rien ne presse. » Je reprendrai le cours de ma vie quand Charles fera ses nuits et de vraies siestes, pour l’instant j’ai envie de lui dédier tout mon temps, le regarder grandir, l’accompagner dans la découverte de ce monde, passer des heures à le rassurer s’il le faut, c’est mon ultime priorité.

Je crois que c’est un des conseils que je donnerai aux futures « mamans », n’hésitez pas à consacrer tout votre temps à votre bébé au début, oubliez le reste (ou mettez-le entre parenthèses). Plus vous apprendrez à accepter ce changement en prenant du temps pour lui et en laissant de côté le reste, plus les choses seront faciles à appréhender et vous endosserez ce nouveau rôle pleinement sans culpabilité. Vous aurez bien le temps de reprendre votre vie d’avant, ces moments sont tellement précieux et uniques, rien ne pourra venir les remplacer.

Marine

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