Témoignage de Laura

J’ai accouché le lundi 17 février 2014, après onze heures de travail. Mon accouchement reste le meilleur souvenir de mes neuf mois de grossesse.

Le plus mauvais souvenirs sont les jours qui ont suivi ce moment si merveilleux.
Je me souviens avoir entendu que la maternité était pleine à craquer à cette période et que l’équipe soignante était forcément moins disponible pour les mamans et les bébés qui se portaient bien, qui n’avaient pas eu de souci particulier, ce qui était notre cas. Nous n’avions aucun problème donc n’étions pas une priorité.

Mais j’étais quand même devenue maman, une jeune maman de 24ans, perdue et totalement livrée à elle-même, avec ce tout petit être de 50cm et 3280g à peine.
Je me sentais terriblement seule, dans la « petite chambre du fond », je n’avais même pas de douche dans ma chambre.
Les sages-femmes venaient à tour de rôle vérifier mes pertes sanguines et la bonne rétractation de mon utérus, ainsi que la cicatrice de ma déchirure, elles me donnaient des comprimés et de la glace si besoin, mais je ne me souviens pas que l’on m’ait demandée une seule fois comment je me sentais, en tant que maman. Comme si c’était facile de devenir maman. Comme si cela ne nécessitait aucun accompagnement.
J’avais décidé d’allaiter mon bébé et là encore j’ai dû me débrouiller seule. PERSONNE ne m’a montré comment bien placer mon bébé au sein, comment vérifier qu’il tétait bien ou dans quelle position me mettre. J’ai du deviner, ou du moins essayer…

Je me souviens de cette nuit, la deuxième nuit, où Léo ne faisait que pleurer. J’avais beau le câliner, le mettre au sein, le changer, lui parler, il ne se calmait pas. J’ai fini par aller chercher de l’aide auprès du sage-femme de nuit qui a d’abord essayé d’emmailloter Léo qui se débattait dans tous les sens (mon cœur de maman était tout serré de le voir comprimer de force mon bébé dans une couverture), puis voyant qu’il ne se calmait pas, le sage-femme a fini par me dire de manière très délicate : « On va lui donner un biberon de lait artificiel pour qu’il se calme. » J’ai été choquée par cette attitude. J’ai repris mon bébé et je suis retournée dans ma chambre.

À partir de ce moment-là, tout ce que je voulais, c’était rentrer chez moi. Puisque je devais me débrouiller seule, autant le faire dans mon univers avec tous mes repères.
Le lendemain de cette nuit chaotique fut également un vrai cauchemar. Le photographe de la maternité est passé le matin, sans attendre que j’ai pu prendre une douche ni que le papa soit là. Elle a fait son job et elle est repartie. J’étais très en colère. Je me suis sentie brusquée et tellement pas écoutée.
Et puis l’après-midi, j’avais des visites. Plus jamais ça ! Je suis aujourd’hui enceinte de mon deuxième enfant et s’il y a une chose que je voudrais à tout prix éviter, ce sont LES VISITES ! Je l’ai vécu comme un viol. On a tellement besoin de calme, de repos, d’intimité, et d’autant plus quand on essaie de mettre en place un allaitement au sein.

Cinq personnes dans une chambre où il faisait au moins trente cinq degrés c’était trop ! Léo pleurait, je devais le mettre au sein mais je n’osais pas devant mes invités, et je n’osais pas non plus leur demander de partir. L’angoisse montait et les larmes avec. Heureusement ma moitié a décelé la détresse dans mon regard et a compris qu’il devait faire sortir tout le monde pour que je puisse mettre notre fils au sein tranquillement, en toute intimité.

Un mélange de colère, d’angoisse et de tristesse. Je ne sais pas si c’est ça qu’on appelle le Baby Blues mais c’est ce que je ressentais. J’étais enfin maman, et j’étais heureuse et j’aimais mon bébé ! Mais je n’étais pas bien.

Le lendemain j’ai pu rentrer chez moi et ça a vraiment été une libération. J’ai retrouvé mon chéri, mon cocon, notre vie de famille allait enfin pouvoir commencer. Les semaines qui ont suivi n’ont pas été idéales : un retour aux urgences la nuit même de ma sortie car j’étais inquiète que mon bébé fasse autant de bruit en dormant, un allaitement plus que difficile avec une grande culpabilité de me sentir incapable de nourrir mon bébé, des doutes, des peurs, des pleurs, beaucoup.

Je crois que ce qui m’a fait le plus de bien, c’est de retourner travailler. Je ne comprends pas pourquoi le congé maternité porte ce nom. On est quand même très loin d’être en vacances ! On n’a pas le temps de se laver, pas le temps de manger, on ne dort presque pas. L’organisation avec un nouveau-né met beaucoup de temps à se mettre en place, les automatismes, prendre de nouveaux repères, apprivoiser ce petit être et la maman qu’il a fait de nous.
Je crois que nous ne sommes pas assez préparées à ce grand chamboulement. J’aurais aimé avoir quelqu’un qui m’explique tout ça, et qui me dise : « Ça va être dur, tu vas avoir peur, tu vas douter, tu vas pleurer, mais tu vas y arriver. »

Laura