Témoignage de Claire

Je ne m’étais jamais vraiment imaginée ce moment, j’en avais juste très peur. Ma gynécologue avait prévu mon accouchement bien plus tôt mais  « j’avais décidé » d’accoucher à 41 semaines, par déclenchement. « À un moment, va falloir qu’il sorte ! » disait la gynécologue.

Marin est né le 12 juin 2017 et nous n’avons pas compris. Que venait-il de se passer ? Nos esprits étaient embrumés comme après un sombre rêve, nous venions de vivre les plus longues heures de notre vie, nous étions éreintés, angoissés et sous le choc, et devions être heureux. Oui, nous devions être heureux, sauter de joie, verser nos larmes, prendre des photos, prendre nos portables et inonder nos familles et nos copains de sms d’annonce de joie… Mais rien. Nous étions vidés. Aucun de nous deux ne voulait écrire ce fichu sms d’annonce car il fallait qu’il soit empreint de joie et c’est justement ce fameux sentiment que nous n’arrivions pas à ressentir.

J’ai été déclenchée à 8h le matin du 11 juin. Arriver à la maternité sa valise sous le bras et dire : « Bonjour je viens pour accoucher » était déjà particulier. La journée était remplie d’attente, de douleurs, d’allers et retours à la salle de naissance. J’ai eu la péridurale à 22h, col complétement ouvert à 2h et accouchement à 4h38 précisément ! Cela a failli se terminer en césarienne, le cœur de Marin n’allait pas bien, le cordon était autour de son cou et la ventouse accompagnée d’une épisiotomie ont été nécessaires pour finaliser le travail ! Il fallait qu’on t’emmène vite, dans mes yeux à moitié fermés de fatigue, je t’ai aperçu et j’ai dit : « Je savais que tu aurais beaucoup de cheveux. » Et tu es parti.

Ils ont demandé à mon mari de les suivre. Je me suis retrouvée toute seule dans cette pièce, remplie de sang et de vomi (j’avais vomi à chaque poussée). Que m’était-il arrivé ? Il y a quelques minutes nous étions douze dans cette pièce pleine de bruit, de mouvement et d’encouragements. Et maintenant je me retrouvais « vidée de mon bébé », dans un silence assourdissant ne laissant qu’entendre le bruit des machines. Je me suis évanouie d’angoisse. Ils ont accouru en pensant que c’était lié à l’anesthésie. Ce malaise m’a valu comme peine 2h de plus, soit en tout 4h, dans cette salle d’accouchement.

Lorsque j’ai retrouvé mon mari, il était lui aussi décontenancé. Il m’a dit qu’on lui avait demandé de faire du peau à peau mais qu’il n’avait pas pu. Il se sentait lui aussi perdu.

Ça y est, nous étions parents. Quelle aventure ! Impossible d’en prendre conscience. Mon mari m’emmène en fauteuil roulant pour aller rencontrer notre bébé mis en couveuse, je ne fais que pleurer, traversant les couloirs et croisant quelques femmes enceintes ou non. Nous le voyons, le prenons dans les bras, prenant la mesure de l’immense responsabilité que nous avons maintenant. Pourrons-nous assumer ce rôle ? Réussirons-nous à offrir quelque chose de bien à ce si petit être qui se dit être notre enfant ?

Les allers et retours bien intentionnés de l’équipe de la maternité dans ma chambre,  me faisaient pleurer à chaque fois ! Je leur demandais pourquoi on ne m’avait pas prévenue que cela pouvait se passer comme cela ? J’avais pourtant suivi tous les cours de préparation à l’accouchement, les cours de yoga, ou encore de sophrologie. Toutes ces émissions que j’avais pu regarder sur les accouchements ou le rôle de parents, tout cela me semblait mensonger. Pourquoi les autres ont-ils l’air si heureux, pourquoi je n’entends que de la joie dans les autres chambres et couloirs ? Pourquoi sur les réseaux sociaux je ne vois que des photos magnifiques, de mamans splendides et disant que la rencontre avec leur bébé a été le déclenchement de leur nouvelle vie ? Et pourquoi tout simplement je n’arrive pas à écrire ce sms d’annonce et de joie ?

Je crois qu’il y avait trop de pressions, d’attentes, de monde, d’imaginaire. La nouveauté, la fatigue, la peur de l’inconnue, ont envahi nos têtes. Nous avions besoin de temps.

Aujourd’hui, je comprends mieux, voilà bientôt un an que nous sommes parents. Non cela n’est pas inné pour tous, oui l’amour peut être un apprentissage, qu’il prenne quelques secondes ou minutes, quelques heures ou quelques jours. « Se faire confiance », tellement facile à dire… Mais en fait, nous n’avons pas le choix. Chaque seconde de sa vie de parents est un questionnement sur : « Est-ce la meilleure manière de faire ? De lui parler ? De réagir ? D’agir ? »

Maintenant vous vous demandez : « Est-ce qu’aujourd’hui nous sommes fous de joie et d’amour pour notre bébé ? »  Ohhh oui et ce depuis le premier jour et la première seconde où nous l’avons vu !

Claire