Témoignage d’Anne

C’est vrai que l’on parle beaucoup du jour de l’accouchement, mais très peu de la suite. Or ce sont les jours qui suivent la naissance qui sont les plus mystérieux, les plus angoissants, les plus fatigants.
Personnellement, je n’appréhendais pas trop l’accouchement en lui-même (qui s’est d’ailleurs très bien passé) mais plutôt les premiers jours avec mon bébé et mon compagnon. L’organisation de notre nouvelle vie, les doutes, les maladresses, les questionnements.
Immédiatement après l’accouchement, en suite de couches, j’ai déjà eu le sentiment d’être un peu « abandonnée à mon sort ». Dans la maternité où j’ai accouché, les sages-femmes et les auxiliaires de puériculture n’ont pas été, selon moi, assez présentes, assez à l’écoute. J’avais plein de questionnements concernant l’allaitement, je ne savais pas si je lui donnais bien, si je devais la mettre au sein dès qu’elle pleurait, si je devais l’avoir toujours dans les bras, ou la laisser un peu pleurer.
La pédiatre qui nous a fait la visite avant notre départ, nous a donné une montagne d’informations, de conseils, de recommandations, à une vitesse qui m’a laissée désemparée une fois qu’elle est sortie de la chambre. J’avais peur de ne pas me souvenir de tout, je me suis reprochée de ne pas avoir pris de notes. Tout allait si vite ! J’étais contente de rentrer à la maison, avec mon chéri et ma petite fille. Soulagée. Heureusement, l’accompagnement post-partum est très bien fait en France. J’attendais les visites de la sage-femme avec impatience pour lui poser toutes mes questions. Sur l’allaitement, sur le sommeil, sur les pleurs. J’avais l’impression de mal faire. La sage-femme a été très rassurante. La puéricultrice de la PMI (qui s’est déplacée chez moi à chaque fois !) l’a été aussi. Et à l’écoute. C’était indispensable selon moi. Voilà pour la partie suivi et interrogations.

Moralement, les jours qui ont suivi l’accouchement ont été plutôt bons. Avec les nombreuses visites, le tourbillon permanent et la joie de la naissance de Jeanne, j’étais portée par une force mystérieuse qui semblait me protéger de la fatigue et de l’abattement. Mon compagnon a été un roc solide sur lequel m’appuyer (il gérait toute l’intendance de la maison, en plus de son rôle de papa avec Jeanne). Physiquement, j’ai quand même un peu accusé le coup (des saignements abondants, et pendant longtemps, une perte de poids importante) et l’allaitement m’a pompé beaucoup d’énergie.
La baisse de moral est arrivée plus tard. Je me mettais à pleurer pour rien, d’épuisement, d’incompréhension. Ma fille ne dormait quasiment pas de la journée, pleurait beaucoup, prenait beaucoup le sein, et j’avais le sentiment de ne pas y prendre beaucoup de plaisir et surtout d’être responsable de cet apprentissage difficile. « On devrait la laisser plus pleurer, on lui donne de mauvaises habitudes, elle doit sentir que je ne suis pas une grande fan de l’allaitement. » Autant de reproches que je me faisais à moi-même, silencieusement.
Heureusement, ces moments d’abattement, presque de déception par rapport à cette maternité, à ce rôle de Maman que j’attendais avec tant d’impatience et qui semblait ne pas me correspondre autant que je l’imaginais… Ces moments d’abattement donc, étaient effacés dès que Jeanne dormait paisiblement dans mes bras ou ceux de son père après la tétée.  Quand ses petits sourires aux anges venaient illuminer son si joli visage. Quand son regard curieux commençait à se poser sur les choses. Ou quand ses petites mains s’agrippaient aux miennes. Je me suis sentie assez naturellement Maman. C’était instinctif.
Mais j’avais peur d’être dépassée par ces premières semaines. De mal faire et d’en payer les conséquences plus tard. Dans ces moments-la, la force et l’amour d’un couple sont précieux, indispensables. Et l’aide de l’entourage aussi. Qui prend le relai, nous soulage. Le temps d’aller prendre une douche et de se faire un bon shampoing (un acte qui semble banal mais qui devient rare et donc se transforme en petit plaisir les premiers jours après l’accouchement !). De manger un vrai repas, assis, pour reprendre des forces. De s’évader de la maison et des pleurs du bébé une petite heure. De dormir profondément, d’un sommeil réparateur, le temps d’une sieste.
Les deux premiers mois ont vraiment été les plus difficiles. Éprouvants tant physiquement que moralement. Je n’étais pas préparée à être autant mise à l’épreuve dans mon rôle de Maman. Je pensais que les choses se feraient plus facilement, plus naturellement. Que l’amour inconditionnel qui nous lie a notre enfant serait plus fort que tout. Mais cet amour-la et cet attachement-la, bien qu’instinctifs et immédiats, ont mis du temps à se vivre avec un réel plaisir, sans arrière-pensée. Avec apaisement. Quand les choses se sont mises en place, progressivement, et que les journées et les nuits ont été plus faciles et reposantes, la magie a finalement opéré. La vie avec elle, la vie à trois est enfin devenue un bonheur sans nom. Mais ce sentiment de plénitude permanent, quel que soit le moment de la journée, l’humeur, l’état physique, n’a pas été immédiat et spontané. Et c’est cela qui a été le plus dur à vivre. Le plus surprenant. Je m’attendais vraiment à être émerveillée et pleine d’amour immédiatement et à chaque seconde. Cela n’a pas été le cas (et je m’en rends compte aujourd’hui, c’est normal, ce n’est pas « mal ») et cela a été très perturbant et culpabilisant. Mais quand on nous dit qu’on oublie vite les premiers moments difficiles, en revanche, c’est vraiment VRAI ! Aujourd’hui je vis pleinement, et avec un bonheur infini et une joie indescriptible mon rôle de Maman, mon compagnon à mes côtés, et notre fille au sein de notre famille.
On va pas se mentir, je suis CARRÉMENT GAGA !

Anne

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