Témoignage d’Ingrid

Mon fils est né le 11 Décembre 2017, un accouchement vraiment serein grâce à une équipe très rassurante et professionnelle. On arrive à la maternité à 5h du matin, je suis ouverte à quatre mais je sais d’avance que rien n’est joué car Axel est en siège depuis le début et mes hanches sont à peine assez larges. Je sais qu’une césarienne est possible. Effectivement, à 8h, le gynécologue décide de ne pas prendre de risque… Ça fait maintenant 3h que je ne suis ouverte qu’à quatre, donc c’est parti pour une césarienne. À 10h02, Axel est là !
Papa part avec lui, ils reviennent me voir pour me faire un bisou, l’émotion est à son comble… Puis je pars pour 3h de salle de réveil. C’est long. Heureusement qu’ils m’ont fait une photo du petit pour patienter… Je suis aux anges mais fatiguée et shootée par l’anesthésie.

Jour 1 : Je retrouve enfin père et fils. Journée assez calme avec quelques visites de personnes proches, mon conjoint part vers 21h et je demande à ce qu’on prenne Axel la nuit car je me sens très fatiguée. Nuit catastrophique, dès qu’un bébé pleure, je pense que c’est le mien qui me réclame. Je suis perdue, seule avec ma fatigue intense et mes hormones désordonnées.

Jour 2 : Mon conjoint est là et quelques visites s’enchaînent. Certaines sont moins agréables car le ton est assez fort, ils veulent qu’Axel ouvre les yeux, le voir, mais non. Je décide d’intervenir et de dire : « Non, laissez-le dormir, il a besoin d’avoir un rythme pour les biberons. », cela n’est pas toujours compris, je m’agace. Certains viennent même un peu malades et je suis hors de moi, mais je ne dis rien. Je me sens mal, le papa part et je décide de garder Axel… Nuit difficile. Je ne dors pas, encore une fois, la fatigue se fait sentir.

Jour 3 : On me demande de prendre une douche et d’enlever mon pansement, je découvre ma cicatrice et les agrafes, je me sens mal. J’appelle mon conjoint pour m’aider à tenir debout, premier vrai choc.
Je n’arrive toujours pas à dormir, même pas la journée. On me dit de dormir en même temps que bébé, chose qui me fait rire car c’est loin d’être simple. Je me sens mal à la maternité, pourtant les équipes sont chouettes, mais le papa reprend le travail le lendemain… Je commence à perdre pied et me mets à pleurer quand il part. Le baby blues arrive ! Je me dis : « Allez, ce n’est pas grave, prends le problème à bras le corps, ça va durer une semaine, après on en parle plus. » Ma montée de lait arrive en même temps, je n’allaite pas, ce n’est pas une partie de plaisir.

Jour 4 : Je refuse les visites futiles, les gens juste curieux de voir Axel, je me sens en colère, je pleure et j’en ai marre d’être à la maternité. Je ne sors que dans deux jours et pleure chaque soir quand le papa part. Je n’ai presque pas dormi, j’arrive à peine à me lever car j’ai fait une allergie au pansement, je suis brûlée. C’est horrible de se sentir inutile pour son fils, de devoir appeler pour qu’on le change.

Jour 5 : Je refuse toujours les visites, j’en ai plus qu’assez d’être à la maternité même si je sais que je sors le lendemain. Je ne dors pas et un mal être s’installe en moi, je ne me sens pas hyper à l’aise dans mon nouveau rôle de maman, par moment.

Jour 6 : Je suis plus que prête, j’attends le papa et on sort enfin. Je me sens libre, je respire enfin et je suis fière d’être avec mon fils à l’extérieur.
Nous passons un week end plutôt sympa, mais Axel réclame beaucoup à manger et les bras. Il faut se dire que je n’ai presque pas dormi en une semaine, c’est dur et je me sens toujours très en colère.
Le lundi, c’est le premier jour toute seule avec Axel, c’est le drame, je n’arrive pas à prendre ma douche, ni manger… Axel pleure énormément et je craque complètement, j’appelle ma meilleure amie, je pleure à chaudes larmes, je suis au fond du gouffre. « Pourquoi un si petit être m’a pris mon sommeil, quelques choses de précieux pour moi ? »
Je ne réalise pas à cet instant, mais un mois plus tard, je me rends compte que je lui en veux de m’avoir volé mon sommeil, d’avoir déformé mon corps aussi. J’ai pris 22kg, je n’en ai perdu que dix. Je me sens laide et grosse, ce qui n’aide pas à reprendre confiance.
Cela fait une semaine qu’il est né et je sens que le baby blues ne part pas, pourquoi ?
La sage-femme qui passe à la maison me dit que c’est normal, la PMI le lendemain me dit la même chose. Mais pourquoi je suis si en colère, bon sang ?
Je ris jaune car je n’arrive à rien chez moi, cela me rend encore plus hors de moi.
J’en ai assez, je veux revenir en arrière. Je veux juste qu’il soit en moi, on était si bien, si sereins… Je déprime complètement.
Les gens continuent de vouloir venir à la maison voir Axel, mais je refuse catégoriquement. Ce n’est pas une bête de foire. Et moi, là dedans ? Personne ne me propose de m’aider, de prendre du temps pour une douche, pour mon ménage, pour rien. On veut juste voir Axel, le câliner, le réveiller… Eh bien non.
Je me renferme encore plus et en veux à la terre entière. Heureusement, on se soutient avec mon conjoint, il a les jours paternité, puis des vacances. Nous sommes à un mois et le baby blues est toujours là, mais quand pars-tu ?
Je vois une magnétiseuse qui me dit qu’il faut que je pardonne à Axel pour ce changement radical de vie, je comprends que j’ai aussi un travail à faire sur moi-même. En parallèle, on s’apprivoise avec Axel, on parle beaucoup, on joue, on sort, on évolue. Cela fait un mois et demi et je sens la colère diminuer, je commence à devenir une maman.

Axel a maintenant trois mois, j’ai repris le travail il y a une semaine, je me sens mieux.
Je vois également un thérapeute car devenir maman a chamboulé ma vie et mon bien être intérieur. Je n’ai pas récupéré de mon accouchement, en refusant de dormir pour être sur tous les fronts. Elle me dit de prendre du temps pour moi, chose presque impossible pour le moment. Je deviens patiente et sais qu’une fois Axel un peu plus grand et indépendant, je pourrai penser à moi.
Maintenant, je dors un peu plus, j’ai accepté de devoir me lever la nuit pour mon fils. Cela rentre dans mon quotidien.
Il ne se réveille qu’une fois par nuit, ou mieux, ne se réveille pas avant 6h du matin.
Je ne déprime plus, je me sens moins vulnérable, je me le dois, pour moi, pour mon couple et surtout pour Axel.
Je suis devenue un pilier pour ce petit homme et je ferai tout pour lui.

Je finirai simplement en disant qu’il faut prendre toute l’aide à portée, si cela est possible, et se faire confiance, car après avoir été au plus bas, on remonte doucement grâce à son enfant.
Ensuite ? Ce n’est que bonheur.

Ingrid

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