Témoignage de Sophie

Je suis maman de deux petits garçons, l’un de trois ans et demi, l’autre de presque quatre mois.
Après chaque accouchement, j’ai vécu un baby blues qui a duré entre une et deux semaines. C’est un phénomène très étrange et très perturbant parce que je me suis trouvée dans un état que je ne pouvais ni contrôler, ni expliquer, avec des émotions qui me submergeaient de manière inattendue.
Les deux fois, j’ai ressenti un amour fou, déchirant et presque douloureux pour ces petits êtres que je ne connaissais pas encore et qui pourtant m’étaient déjà si précieux. Un amour qui fait mal au ventre et que j’ai eu des difficultés à appréhender parce qu’inconnu jusqu’alors. C’était tellement différent de l’amour qu’on porte à sa famille ou à son compagnon que j’ai eu besoin d’un temps d’adaptation pour me dire : « Ok, c’est ça d’aimer son enfant. » À côté de cela, je ressentais une tristesse infinie liée, je pense, à la nécessité de faire le deuil de la vie d’avant, la vie à deux sans enfant après mon premier, la vie à trois avec un enfant unique que l’on chérissait et avec qui on avait trouvé un bon équilibre après le deuxième.
Je ne pouvais m’empêcher d’éclater en sanglots dès que je passais devant la chambre de mon aîné. Les moments passés en tête à tête avec lui me manquaient terriblement et j’étais très frustrée de ne pas pouvoir m’en occuper comme avant. Pendant presque deux semaines, j’ai pleuré tous les soirs. La tombée de la nuit, particulièrement précoce puisque j’ai accouché la deuxième fois en novembre, m’angoissait et faisait tomber comme une chape de plomb sur mes épaules. Je traînais ma morosité toute la soirée et la moindre réflexion de la part de mon compagnon, la moindre contrariété me faisait pleurer.
Je me souviens d’une anecdote suite à l’accouchement de mon premier garçon : nous rentrions de la maternité et je devais absolument me procurer un tire-lait au plus vite parce que mon bébé ne parvenait pas à boire au sein. J’avais donc appelé une pharmacie pour en réserver un. J’arrive à ladite pharmacie et je découvre une énorme machine hideuse des années 70. Le pharmacien essaye de me montrer comment y raccorder le récipient et « l’entonnoir » devant réceptionner le lait mais il n’y parvient pas. Il chipote pendant quinze bonnes minutes, il appelle sa collègue, ils s’y mettent tous les deux et moi je sens monter une envie irrépressible de pleurer. Je me mords la joue, je regarde ailleurs, je respire profondément, bref j’essaye tout pour que ça n’arrive pas, mais impossible. Je m’empresse de dire : « Écoutez, ça ira, je me débrouillerai à la maison. », je paie et à peine la porte franchie, j’éclate en sanglots. Moi qui, en général, aie un bon contrôle de mes émotions, je ne gérais plus rien. C’était très déstabilisant.
Pour mon deuxième enfant, ayant vécu le baby blues une première fois, je ne me suis pas inquiétée et j’ai tout de suite pu identifier ce qui m’arrivait, mais j’avais quand même hâte que ça passe parce que c’est un état désagréable. Et ça PASSE… Comme pour tout, il faut juste le savoir, se dire que c’est normal et être patient. Surtout, il faut espérer que l’entourage comprenne, ce qui n’est pas toujours évident, parce que pour lui aussi c’est difficile à gérer. Mon compagnon m’a plusieurs fois regardé avec des yeux ronds en me voyant si fragile. Il me demandait ce qu’il y avait et je ne pouvais que répondre : « Je ne sais pas, je suis triste. »

Ce qui est difficile à comprendre, c’est que, malgré ce baby blues, j’étais très heureuse de ce qui arrivait, je n’ai jamais ressenti le moindre regret et j’étais très confiante par rapport à l’avenir. Je savais que ces enfants, je les avais voulu, je savais que j’étais capable de les élever, je savais que mon compagnon et moi allions rapidement trouver un rythme et un équilibre. En résumé, j’étais bouleversée à la fois dans le bon et dans le mauvais sens du terme. Est-ce purement hormonal ou la fatigue extrême qui joue sur les nerfs ou simplement une réaction un peu « violente » à cette nouvelle vie dans laquelle on est propulsé ? Probablement un peu de tout ça. Qu’est-ce qui fait que cela passe soudainement ? Je ne peux pas non plus y répondre. La fatigue est restée, mais petit à petit, une certaine confiance en moi par rapport aux enfants est née et j’ai appris chaque jour à mieux les connaître, ce qui facilite aussi la relation avec eux. Je pense pouvoir dire aujourd’hui que nous avons retrouvé un certain équilibre (même si, pour l’instant, le couple et moi-même passons encore au second plan) et qu’après quatre mois de cette vie à quatre, j’ai l’impression que ça a toujours été comme ça.

Sophie D.