Témoignage de Solenn

Quand nous t’avons vu pour la toute première fois, ça a été un coup de foudre immédiat, pour nous deux. La sage-femme t’avait mis tout contre moi, en peau à peau. Tu étais tout chaud, tout moite, une odeur d’intérieur, animale et rassurante, celle du liquide amniotique. Nous t’avons regardé longuement avec l’amoureux, nous t’avons enveloppé, câliné et nous avons bien rigolé. Tu étais le plus beau bébé du monde à nos yeux, tout fripé, plissé, comme un petit Shar-Peï. Je t’ai respiré, je t’ai goûté aussi.
Ce moment si doux pour bébé et moi, l’était, je pense, un peu moins pour l’amoureux. C’est vrai qu’à ce moment précis un lit king size serait le bienvenu pour être ensemble. Papa est forcément est un peu loin… Mais bon, en même temps le gynécologue est entrain d’extraire le placenta et de me faire quelques points.
Bébé a tout de suite entendu le rire de son papa qui découvrait ses expressions si marrantes. On aurait vraiment dit un vieux bébé avec tous tes petits plis. Les mêmes que lorsqu’on reste trop longtemps dans l’eau.

Ensuite nous avons profité du séjour à la maternité pour se découvrir tous les trois. L’amoureux a dormi tous les soirs avec nous, sur un fauteuil en cuir ultra inconfortable, qui se dépliait en lit individuel… Il avait mal au dos presque autant que moi et je dois avouer que quand c’était mon tour de donner le biberon en pleine nuit et que je le regardais dormir tout coincé sur ce canapé trop étroit… Il me faisait un peu pitié, mais on était ensemble. On était dans notre bulle, bien, en sécurité. Même si le baby-blues n’a pas tardé à pointer le bout de son nez.

Et c’est là que tu te demandes comment font les filles qui sont resplendissantes sur les photos à la maternité. Moi, j’étais blanche, les traits tirés, bouffie avec les yeux rouges.
Le baby-blues m’a pris trois jours après l’accouchement et c’est lorsque j’ai reconnu la position recroquevillée de bébé que je tenais tout contre moi, la même, exactement la même que dans mon ventre, que j’ai fondu en larmes. À chaudes larmes. Bébé était dehors, j’étais vide et lui, si vulnérable.
Et puis j’ai culpabilisé très vite… D’abord de manière complètement irrationnelle à cause mon accouchement avec instruments… Comme si j’avais échoué, prise par la peur qu’il souffre d’un traumatisme. Comme si j’avais pu, par ma volonté, changer le cours des choses. Et puis nous avons eu une idée lumineuse avec l’amoureux. La veille de notre sortie, nous sommes descendus à l’étage des naissances bravant tous les interdits des bonnes sœurs ! Nous avons vu les deux sages-femmes qui m’ont aidé à donner naissance à bébé, nous avons débriefé et nous les avons remerciées.

Mettre des mots sur cet accouchement nous a fait du bien. À moi, parce que j’avais honte d’avoir eu si peur. À l’amoureux qui au moment où le gynécologue avait décidé d’utiliser les spatules lui avait gentiment demandé de sortir pour probablement ne pas à avoir à gérer son angoisse. L’amoureux et moi, nous étions séparés… Il s’était retrouvé dans le couloir, seul, m’entendant hurler comme jamais, terrifiée par la peur de ne pas y arriver, peur que mon bassin implose, peur de littéralement exploser. Ce que je décris ici, ce sont les sensations du cercle de feu sous péridurale, du passage de la tête. Et si la sage-femme haptonome qui m’a préparée m’en avait parlé, j’aurais su à ce moment précis que ça ne dure qu’un instant et que l’instant suivant bébé serait dans mes bras. Mais je ne le savais pas… C’est après plusieurs tentatives de poussée accompagnées de mes cris que la seconde sage-femme appelée en renfort, a fait rentrer l’amoureux, il n’a donc pas vu les spatules mais a vu naître son fils. Ce qui avec le recul je pense, vaut mieux que l’inverse. Vous ne trouvez pas ?
Un autre événement pendant ces quelques jours à la maternité m’a fragilisée… Et oui mes seins ont bien failli tout gâcher.
Je n’ai pas pu allaiter parce que mes canaux lactifères ont été sectionnés lors d’une opération de chirurgie (réparatrice). Mais j’ai quand même eu une énorme montée de lait que j’ai trouvée très cruelle. Dans beaucoup de maternité, le médicament pour couper la montée de lait n’est plus prescrit à cause de ses effets secondaires. Ma voisine de salle de bain, elle, son lait n’est jamais monté. La vie est parfois mal faite !
C’est là que j’ai haï la chirurgienne qui m’a opérée il y a dix ans. Pas parce que c’était une erreur, pas parce que si elle m’avait dit à l’époque que l’allaitement maternel serait impossible, je ne l’aurais pas fait. Non. Parce qu’à sept mois de grossesse je l’ai appelé pour demander si un allaitement était compromis et elle m’a affirmé que non ! Bullshit !

Notre séjour a malgré tout été très doux et ce sont vraiment de merveilleux souvenirs, suspendus. Notre bébé ne pleurait quasiment jamais, il était calme et serein, il aimait le moment du bain, dormait beaucoup, baillait aussi, et faisait notre émerveillement.

Et puis tu rentres à la maison, et l’amoureux donne des biberons et c’est mignon et tu peux « noyer » ton chagrin dans un Pimm’s. Alors tu te dis que ce n’est pas si grave de donner des biberons même si la société te fait bien comprendre que c’est MAL, que c’est égoïste. Bon les mamans qui donnent le sein sont aussi confrontées au jugement des autres, ceux qui trouvent que c’est impudique dans un lieu public, ceux qui pensent que passé six mois c’est bizarre.

Cette émotivité un peu encombrante, ne disparaît pas tout de suite… Et l’amoureux qui pourtant avait été prévenu par mes soins. Je lui avais bien expliqué plusieurs fois que potentiellement les effets d’une chute hormonale pourrait me rendre hyper sensible parce que pendant ma grossesse, j’avais eu, à la fin du second trimestre, deux semaines de larmes faciles et il m’avait gentiment dit : « Mais tu ne peux pas prendre un peu sur toi ? » et bien l’amoureux avec sa psychologie d’escargot me demande une semaine après l’accouchement : « Mais tu vas rester longtemps comme ça ? » Comme si j’en avais la moindre idée !!!

Il y a quelques semaines, il a revêtu son habit d’escargot une nouvelle fois (ou de bigorneau, au choix) : « Mon amour tu vas bien en ce moment ? (Rapport au fait que nous avons déménagé dans le sud et que nous sommes loin de nos amis et familles)… Non parce que j’ai bien remarqué que tu t’arraches les cheveux… »
Alors là, il m’a tellement gonflée que je lui ai envoyé un lien vers un article de presse sur la chute de cheveux post-partum ! NON, je ne m’arrache pas les cheveux mon amour, je les perds par poignée et pour couronner le tout, ton fils a une passion, c’est tirer sur mes jolies boucles et OUI c’est normal et HORMONAL ! Heureusement, j’en ai une tonne de cheveux sur la tête.

Mon baby-blues aura duré une dizaine de jours et chez moi ça aura donc ressemblé à une extrême émotivité, un peu de nostalgie, de la culpabilité aussi et tout ceci amplifié par une fatigue physique généralisée et ensuite POUF ! Vous redevenez vous-même avec votre caractère et vos nouvelles angoisses de maman toute neuve. Je ne me suis jamais sentie triste, simplement c’est un immense bouleversement dans votre cœur, dans votre tête et votre corps.
Une naissance, c’est une vague d’amour incommensurable qui vous submerge, vous emporte ailleurs, vous déstabilise aussi, vous remplit mais heureusement l’amoureux et moi nous savions nager.

Solenn

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