Témoignage de Noémie

La semaine la plus longue de ma vie…

J’ai été transférée dans un autre établissement, dès l’annonce du diagnostic au cours de ma grossesse. Donc il est vrai que j’appréhendais assez l’idée d’accoucher dans une autre maternité, tout d’abord parce que je ne l’avais pas choisie et je n’avais lu que des avis négatifs (bon vous imaginez bien, que je n’étais donc pas partie très optimiste). C’est donc dans cet état d’esprit, que j’ai donné naissance à mon petit garçon. Ce qui annonçait le début d’une semaine haute en émotion. À la hauteur de mon mal-être.

C’est du moins l’impression que j’ai ressentie lors de mon séjour à la maternité. C’est à 20h40 que le p’tit panda a pointé le bout de son nez. Autant vous dire que nous étions dans notre bulle d’amour; rien que tous les trois. Le peau à peau a bien duré 2h, avant qu’on l’emmène dans la salle d’à côté pour lui faire ses premiers soins (marche, mensurations…). Mon conjoint est parti avec lui. J’étais seule, sans mon téléphone, sans personne à qui parler. Cela a duré vingt bonnes minutes. Moi et mon ventre vide nous étions dans cette salle, qui semblait inévitablement froide finalement. Je trouve ça vraiment dommage que certaines maternités ne choisissent pas de faire les premiers soins dans la même salle, au plus près de la maman.

Dans cette maternité, les papas ne peuvent pas rester dormir, ce que je trouve complètement aberrant. À quel moment est-ce qu’on prive un père de découvrir son enfant ? À quel moment on prive un homme de soutenir sa femme la nuit ? À quel moment ? Sincèrement, je suis contre l’idée que seule la mère ai le poids d’assumer son enfant la nuit. Je ne pense pas que ce soit la meilleure des idées et je trouve que cette inégalité devrait changer, du moins pour les maternités où cette règle existe encore.

De ce fait, mon conjoint ne pouvait pas rester dormir, ce qui me rendait déjà bien triste. Sauf que ça ne s’est pas arrêté à ça. Un homme sage-femme est venu nous voir vers 23h, pour nous avertir que mon conjoint devait bientôt s’en aller. Mon fils était né depuis 2h10 et mon chéri devait déjà partir. Alors sur le moment et avec la fatigue, sans trop savoir pourquoi, et sans le recul nécessaire pour mieux rebondir, c’est vrai, nous l’avons écouté et il est parti. Il a passé la pire nuit de sa vie. Et moi aussi. Mais si c’était à refaire… Jamais oh grand jamais il ne serait rentré. Parce que cette cassure a été extrêmement violente pour lui. Il l’a très mal vécu. Et encore aujourd’hui, le souvenir de mon accouchement n’en est pas un bon. Quant à moi j’étais tellement épuisée que j’ai dormi une très grosse partie de la nuit, tout comme mon fils, et puis un peu triste aussi. Sauf que cette cassure brutale, cette séparation spontanée et inattendue m’a littéralement fragilisée pour le reste du séjour. Nous avons une relation extrêmement fusionnelle. C’est mon meilleur ami, mon confident, ma moitié. Cette aventure je ne l’avais jamais imaginé la vivre seule.

Et c’est à 7h le lendemain matin, que mon chéri nous a rejoint dans la chambre (ouf). J’étais de nouveau dans ma bulle d’amour. Malgré la souffrance que mon corps m’infligeait (c’est simple, j’avais l’impression qu’un tractopelle m’était passé dessus). La journée est passée assez rapidement finalement, avec son lot de visites, d’appels et autres bonheurs.
Mais le soir arrivait à grands pas. 20h sonnait avec angoisse (heure à laquelle les papas devaient quitter leur femme)… Et puis je m’écroulais. Littéralement. Je m’effondrais de douleur et d’abandon. Comme si mon corps n’allait pas survivre à ce manque de soutien et d’affection. Comme si mon coeur allait mourir loin de lui. Et ce n’était pas l’idée d’endosser seule mon rôle de mère qui me rendait mal, parce qu’il est vrai que pour cela, j’avais une extrême confiance en moi. Mais j’avais besoin de mon homme. De son soutien, son amour, ses bisous et ses câlins. J’étais tombée une seconde fois amoureuse de lui. J’avais besoin de l’avoir auprès de moi.

Et sincèrement j’ai été déçue ! Extrêmement déçue de voir qu’il y avait aussi peu d’informations concernant cette chute d’hormones, que ce soit dans les blogs, sur les chaines Youtube… Ce manque de transfert familial et de témoignages m’a laissé toute ébaubie. Parce que j’aurais aimé que quelqu’un me dise que cela pouvait se produire. Et surtout, quoi faire pour m’aider. Ce manque d’affection, ce manque de confiance en soi loin de la personne qu’on aime, se manque d’amour finalement. J’ai été submergée par cette violence sans que personne n’ai pu m’en parler auparavant.

Encore une fois, ce mal-être n’était en rien, lié à mon fils. Loin de là. J’étais très confiante. Mais bel et bien par le manque de mon homme. Ma maman m’avait parlé de son burn out après son séjour à la maternité qui a duré de nombreux mois.

Je pleurais tous les soirs au départ de mon chéri. C’était dévastateur. Lorsqu’il arrivait à la maison, il m’appelait. Mangeait au téléphone. Se douchait presque au téléphone (non quand même pas… Mais presque). Et surtout je m’endormais avec lui au téléphone. Bref, j’étais extrêmement mal. Comme si mon coeur se trouait littéralement. Comme si ma vie en dépendait.
Le personnel de santé n’a absolument pas été un soutien pour moi. Trop de travail, ce qui donne certainement une priorité aux bébés et non aux mamans. J’étais seule, avec mes peurs et mes angoisses inexpliquées. Tout en sachant, qu’il s’agissait d’un cercle vicieux, puisque je voyais que ça le rendait mal de me voir comme cela, ce qui me rendait encore plus mal par la suite…

La semaine a été très longue. Je suis restée six jours à la maternité parce que le p’tit panda avait la jaunisse. Ce qui nous a valu de longues heures de tunnel, de prises de sangs ratées et de consultations en pleine nuit… Le seul point positif que j’ai trouvé durant ce long séjour, c’est bel et bien la mise en place de mon allaitement qui s’est passé à merveille.
Tout ceci a pris fin dès mon retour à la maison. Alors je ne sais pas si on peut réellement parler de baby blues, puisque cette petite dépression n’était en rien liée avec mon fils, mais bel et bien en lien avec la séparation qu’il y avait entre mon homme et moi. Heureusement d’ailleurs que le lien avec mon petit garçon s’est fait immédiatement, que j’ai été submergée par une confiance intense quant à mon rôle à jouer auprès de lui. Comme si tous les gestes m’étaient dictés par instinct. Comme s’il s’agissait du rôle de ma vie.
Nous étions rentré à la maison, dans notre univers, notre cocon familial, notre bulle d’amour. J’étais bien. C’était fini.

Alors si j’avais un conseil à donner à toutes les futures mamans qui me lisent, ce serait de vous écouter. Si c’est important que votre conjoint reste auprès de vous durant le séjour, et bien choisissez votre maternité en fonction de ça. Imposez-vous face à ce que le personnel de santé vous dit quant au fait de partir à une heure donnée le jour de la naissance. Si vous avez besoin de plus de temps et bien donnez-vous le droit d’en bénéficier.

Il existe moult et moult homéopathie contre le stress, l’anxiété. Même si vous pensez ne pas en avoir besoin, et bien prévoyez tout de même de quoi vous détendre si cela devait vous arriver. Si c’était à refaire, je me serais prit l’Ipad aussi, pour regarder quelques films le soir, seule. Heureusement que ma maman m’a apporté des magazines pour m’occuper. Mais sincèrement, écoutez-vous. Et n’ayez pas honte si cela vous arrive. Personne ne vous jugera. Et ce n’est absolument pas une marque de faiblesse, mais une preuve d’humanité. Oui nous éprouvons des émotions et c’est parfois difficile de contrôler une chute aussi violente.

Noémie

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