Témoignage Anonyme

Je me souviens parfaitement de mon ressenti après mon premier accouchement : j’étais perdue. Paradoxalement je me sentais seule. J’étais démunie face à ce bébé qui était le mien. Je me sentais vide, incapable de répondre à ses besoins sans angoisser. À cette angoisse, cette boule quotidiennement présente, qui se réveillait à chaque cri, à chaque pleur de bébé. Que veut-il ? Que dois-je faire ?  Je suis la seule à pouvoir y répondre, la seule à savoir quoi faire.

On nous dit : «  Tu verras ce tsunami d’amour à la naissance que tu éprouveras. »
Ce quoi ? Ah non moi je ne le ressens pas. Oui c’est mon bébé, oui je l’ai souhaité, mais non je ne ressens pas ça. Je ne suis qu’angoisse, craintive au moindre mouvement. Je pleure, je mange peu, ça aide au retour de poids post-partum. Alors face à ça, face à cette anesthésie sentimentale s’ajoute la culpabilité.

Mais remettons un peu le contexte de l’évènement. Je pense que ça n’a pas aidé à se sentir sereine et heureuse. Déjà j’ai une personnalité introvertie, j’ai peu confiance en moi, je suis réservée et timide.  Je suis enceinte pendant que mon compagnon travaille à l’extérieur et ne rentre que les week-ends. Je suis loin de mes amis et de ma famille situés à 4h de route. Je ne suis « entourée » que de mes collègues. Alors ce n’est pas facile tout ça.
J’accouche donc dans cet environnement. Direct, à la maternité le personnel n’est pas aidant, pas emphatique. Je me souviens de deux anecdotes marquantes : bébé pleurait plus que de raison, il faisait nuit, sans doute la première ou deuxième nuit à la maternité, je le nourris, le change et rien n’y fait; je sonne pour avoir un peu d’aide et la réponse fut-elle : «  Si vous ne supportez pas d’entendre crier votre enfant alors mettez-lui une tétine ! » J’étais choquée. Et me revoilà à culpabiliser de devoir mettre une tétine car je ne sais pas répondre à ses besoins autrement. La deuxième anecdote reste dans le même style : le matin l’équipe passe tirer les draps, ramasser le petit-déjeuner et prendre la tension. Je pleure, les plateaux repartent plein mais ça ne dérange personne, les filles papotent entre elles et repartent comme si de rien.

Le retour à domicile est un peu plus aidé car mon compagnon prend ses trois semaines de vacances à ce moment mais arrive le moment où il faut repartir toute la semaine et attendre vendredi soir… Seule… Enfin non, il y a bébé désormais, qui pleure souvent, trop souvent…

J’avais posé des congés à la suite de mon congé maternité, j’ai pensé : « Quelle erreur ! » par la suite. Je voulais être comme toutes ces mères parfaites, aimer être avec son bébé, le regarder dormir, aimer le sentir tout contre soi. Mais non, moi je ne rêvais que de retravailler, ça m’a d’ailleurs sauvé en quelque sorte. Pendant ces quelques heures de travail j’avais du répit, je ne pensais plus bébé, je revivais. C’est affreux de penser ça mais voilà je ne suis pas la mère parfaite, la mère idéale sur papier glacé, je n’ai pas de leçons à donner. Mais finalement, avec le recul, je n’en ai à recevoir de personne.
Parce que je n’allais pas bien je suis allée voir un psychologue, une fois. Je n’ai pas persisté mais j’avais franchi une étape, reconnaitre mon mal-être. Et madame la culpabilité à frapper de nouveau quand on a su finalement que bébé était allergique aux protéines de lait de vache d’où ses pleurs… Pourquoi ne pas avoir vu plus tôt ? Presque cinq longs mois après sa naissance… Il souffrait, je souffrais, on souffrait…
Cela ne m’a pas empêché de faire un petit deuxième par la suite. Plus sereinement c’est évident.

Avec le recul, je pense que ce qui m’a été fatal c’est d’avoir écouté les gens. Je me disais qu’ils savaient forcément mieux, c’était soit des mères de famille soit des professionnels de santé. Grave erreur. Et bien sûr vivre ce bouleversement presque seule pendant dix mois après la naissance m’a achevé.  Et je culpabilisais toujours en pensant à ces femmes de militaires et autres, qui vivent seules aussi mais pendant des mois, sans retour le week-end et avec la peur du non-retour. Je me sentais égoïste.