Témoignage d’Esther

Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours rêvé d’être une maman. Je n’ai jamais eu de vrai objectifs de carrière car la maternité était pour moi un leitmotiv. Finir mes études pour avoir un emploi stable pour pouvoir ensuite faire un bébé.

Après dix ans de relation avec mon ami, nous avons décidé qu’il était enfin temps. J’ai arrêté la pilule au mois de mars… Et un mois plus tard j’étais déjà enceinte. Mon rêve était enfin en train de s’accomplir. J’ai vécu neuf mois merveilleux. Aucun symptôme désagréable n’est venu entaché ce moment délicieux. J’ai profité de chaque jour et peut-être même de chaque minute. Un réel bonheur. Je me sentais moi et je la sentais elle ! Donner la vie à un être humain était clairement ce pour quoi j’étais moi-même venue au monde.  Je me suis révélée et j’ai tellement aimé cette période de ma vie que j’aimerais être enceinte en permanence. Je ne supportais pas que les personnes de mon entourage aient hâte à la naissance. Je voulais profiter et ne pas trop me projeter.

Pendant ces neufs mois je me suis beaucoup renseignée. J’ai lu de nombreux livres car je voulais tout savoir pour ne pas me retrouver démunie à l’arrivée de bébé. J’ai pris des cours de préparation à l’accouchement ainsi que des cours de préparation en piscine afin de travailler la respiration et le ressenti des mouvements de bébé dans le ventre. Enfin bref, je me sentais prête à accueillir ce nouveau-né que j’aimais déjà tellement.

Nous avions beaucoup regardé la série « Baby Boom » et parlions souvent de ce moment qui approchait. Tout le monde le sait, ce n’est pas un mythe. Un accouchement c’est douloureux. Je le savais et j’en étais tout à fait consciente mais je savais également que comme toute les femmes dans le monde je surmonterais la douleur. J’éprouvais une certaine fierté à voir mon tour arriver et d’être paisible et sereine.

C’est alors que mon heure est arrivée. Avec quatre jours d’avance malheureusement. Moi qui était en pleine forme et qui la veille avait fait une trentaine de longueur à la piscine je ne pensais pas que bébé souhaiterait arriver aussi vite.

Les sacs étaient prêts et moi aussi…
34 secondes de contractions toute les 2m30… « Doudou je crois que c’est maintenant. »
J’ai pris ma douche tranquillement avec des contractions importantes et douloureuses. Mon corps tremblait comme une feuille et j’avais l’impression que mon corps entier était une grosse crampe. Quand la contraction était terminée j’étais fière de moi, d’avoir su gérer la douleur.

Et puis au moment de partir après avoir mis mes chaussures la douleur des contractions s’est intensifiée et la salive chaude est ensuite montée dans la bouche. Une grosse envie de vomir.
Nous avons dû prendre une bassine avec nous sur la route… Heureusement nous habitions à 3min de la maternité.
Lorsque nous sommes arrivés à la clinique  la prise en charge a été rapide. Col ouvert à 3 cm et des contractions efficaces. Nous pouvions rester… Cependant les contractions étaient toujours aussi fortes, et je vomissais après chaque épisode. Moi qui ne voulais pas de péridurale je me suis tout de suite imaginée vomir à chaque contraction pendant des heures et être beaucoup trop fatiguée pour accoucher dignement.
J’ai donc opté pour la fameuse péridurale. Très efficace, j’ai immédiatement été soulagée de la douleur.
Un centimètre par heure… Plus qu’à attendre sagement. Après 7h d’attente la sage-femme m’explique brièvement que bébé est en position OS avec la tête inclinée vers le haut et qu’à partir de ce moment il ne fallait plus appuyer sur la péridurale pour pouvoir sentir et accompagner bébé dans sa descente. Je n’avais rien compris mais j’ai acquiescé.

Sans la péridurale les douleurs sont vite revenues… Mais pas les contractions. Seulement les douleurs dans le bassin. C’est là que mon petit calvaire a commencé.

À chaque contraction, bébé descendait… Mais avec sa tête mal inclinée, elle venait directement taper dans mon bassin. Insoutenable… Et puis est venu le moment de pousser. Enfin ! C’est ce que j’ai pensé ! Ça y est le moment était venu et j’allais rencontrer mon amour.

Je vous préviens tout de suite que je vais très bien et bébé aussi, pas de panique.
La poussée était longue, très longue et j’avais l’impression d’être mauvaise. Je n’arrivais pas à tenir ma respiration suffisamment longtemps pour parvenir à la faire sortir. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait dans mon corps, tout était totalement différent de ce que m’avaient dit les sages-femmes de faire aux cours de préparation à l’accouchement. Je me sentais nulle… Au bout d’un moment je croyais qu’elle ne sortirait jamais… Je pleurais, j’hurlais de douleur et pourtant rien ne se passait. Comme dans les films j’étais en sueur et je criais… Mais malheureusement je n’en voyais plus le bout.
Et puis voilà, après 50 min de poussée la tête est enfin sortie, puis le corps.

Sauf que contrairement à ce que j’avais toujours imaginé, je n’ai pas été subjuguée d’amour pour cet enfant. Au contraire je ne ressentais rien. C’était ma fille j’en étais consciente mais je n’ai pas ressenti cette vague d’amour pour ce bébé que j’avais tant attendu. Je ne me suis pas dit : « Je suis maman. » ou « C’est mon enfant. » Non je me suis simplement dit : « Wahou c’est enfin terminé… »
Il y a eu la tétée d’accueil, nous avons ensuite regardé le placenta mais je m’en souviens à peine…
Et puis tout à coup tout s’est accéléré.
« C’est de l’eau qu’elle a perdu la maman ? » «Non c’est pas de l’eau. » « Papa va prendre bébé et il va sortir. Appelle tout le monde. »
Quel déchirement… Voir le papa partir avec bébé sans avoir pour quelle raison.

Puis neuf personnes sont entrées dans la salle d’accouchement.  Des fils, des perfusions, du bruits, des pressions atroces sur mon ventre, un médecin entre les jambes qui pique ma vulve. Je sentais tout mais je ne comprenais rien. L’impression d’être dans un film ou tout se passe très vite et où on comprend le déroulé de l’histoire une fois qu’elle est terminée.
Puis le froid. J’étais consciente mais absente… Complètement gelée.
Et là mon chéri rentre dans la pièce avec bébé. Il était tout penaud. Il souriait mais je voyais bien qu’il avait peur… Ensuite le reste est un peu flou.

Apparemment j’avais fait une hémorragie utérine et j’avais perdu 1,8L de sang. À une autre époque je ne serais certainement plus de ce monde.
« Madame a accouché d’un premier bébé en positon OS sans ventouses, ni forceps. »
« WAHOU félicitations ! »
C’est en entendant le discours des sages-femmes que j’ai compris que c’était bel et bien un exploit et que je n’avais pas été si « nulle ». Surtout en terminant par une hémorragie utérine.

J’avais essayé de ne pas imaginer mon accouchement mais je savais que j’arriverais à le gérer. Que je serais une battante comme toujours et que j’arriverais à vivre un moment unique. Finalement j’avais vécu un moment difficile qui n’a en rien été magique. J’avais failli y rester et j’en étais totalement traumatisée… J’ai mis du temps à prendre du recul et me dire que même si c’était difficile et douloureux tout s’était bien passé et surtout que tout le monde était en bonne santé.
Alors aujourd’hui je dis souvent aux futures mamans de ne pas stresser mais de ne pas non plus s’imaginer que c’est du tout cuit.
J’ai longtemps culpabilisé de ne pas avoir « aimé » mon enfant au premier regard. Mais en y réfléchissant je me dis que non seulement j’étais en train de me vider de mon sang mais en plus j’étais complètement vidée de mon énergie, à tel point que je n’arrivais pas à atterrir et bien me rendre compte que ma fille tant imaginée et tellement attendue, était là.
Les émotions sont différentes d’une maman à une autre… Ça se passera comme ça doit se passer. Étrangement j’ai hâte au prochain accouchement pour pouvoir le comparer au premier.

Esther

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