Témoignage de Yuya

Je n’ai pas donné la vie.

Date du terme, le papa m’accompagne à la Maternité Paule de Viguier à Toulouse pour un monitoring. Cette seconde grossesse ne fut pas de tout repos. Je dois m’occuper de l’ainé et gérer mon diabète gestationnel qui est deux fois plus violent qu’à ma première grossesse.
Le monitoring se passe bien mais une des sages-femmes n’est pas rassurée. Malgré mon insuline, mon diabète gestationnel inquiète l’équipe médicale.
La décision est prise : ils me gardent en hospitalisation pour la nuit. Demain matin, on me déclenchera.

Je me réveille péniblement après une nuit complète sous monitoring. On doit me déclencher mais… Les contractions commencent d’elles-mêmes.
Arrivée en salle de travail, on m’injecte tout de même du Cytotec pour accélérer le travail et approfondir les contractions.
Je suis sereine. Pour mon premier accouchement, j’ai dû avoir une césarienne d’urgence. L’équipe médicale est confiante et pense que je pourrai donner naissance par voie basse.
Les heures passent…
La péridurale aurait dû me soulager, si elle avait été bien posé.
La nuit est tombée et les contractions sont de plus en plus violentes sans me laisser un moment de répit.
L’équipe médicale affiche des visages inquiétants. Le cœur du bébé ne supporte pas les contractions (comme son grand frère).
Cette fois-ci, ils m’injectent un produit pour stopper les contractions… Aucun effet. Les contractions sont en continue.
Je hurle de douleur, je me tape le bas du dos contre la table de travail sous le regard inquiet du papa.
De nouveaux visages apparaissent dans la salle. Ils discutent de mon cas.
Une deuxième dose du produit pour stopper les contractions est injectée. Toujours rien…
Je hurle, je suffoque, j’ai mal… Ce n’est pas normal, quelques chose ne va pas.
Deux sages-femmes arrivent vers moi. Une m’enlève tous les bijoux, une autre me nettoie le visage à la Bétadine.
Ça y est… Je vais encore devoir vivre une césarienne. Mais la vie de mon bébé est en jeu.
Ils invitent le papa à aller se changer pour l’opération et attendre qu’on vienne le chercher. Il ne verra personne arriver…
Pendant ce temps, on m’allonge sur une table dans une salle froide… Tout est sinistre. Heureusement que l’équipe est agréable.
Ils m’injectent un produit dans la sonde de la péridurale. On me fait boire quelques chose… Quinze secondes après, je vomissais. Cette sensation horrible… Vomir sans pourvoir forcer sur son ventre à cause de l’anesthésie. Mais on me rassure, apparemment c’est normal, c’est pour vider tout l’estomac.
S’en est suivi le fameux test du froid.
L’anesthésiste imbibe de l’éther sur un coton et touche certaines parties de mon ventre et bas du corps. J’avais pourtant prévenu que je sentais le froid au niveau de mon ancienne cicatrice de césarienne, mais ils n’en ont pas tenu compte. J’entends : «  On commence. »
Oui… Ça va commencer, mais pas comme je le pensais.
Je ne suis plus maitre de mon corps. Une violente douleur traverse tout mon être. Je hurle de douleur. Je n’avais jamais hurlé de cette manière.
Et puis j’entends l’anesthésiste hurler à son tour : «  STOP. ON L’ENDORT VITE. »
Le noir.
Je me réveille dans la douleur en salle de réveille. On m’amène encore une fois un bébé tout propre et habillé. Est-ce mon bébé ? L’obstétricien vient me voir… L’anesthésie n’a pas marché.
Je m’entends encore hurlé sur la table d’opération… Cette douleur d’éventration. J’ai cru vivre l’enfer.

Après ses excuses, je me retrouve en tête a tête avec ce bébé sous l’œil du papa qui a été laissé à l’abandon. Prêt dans la tenue pour l’opération, il a attendu 45 min seul… Sans que personne ne puisse le renseigner. 45 min avec la boule au ventre pour ensuite le diriger vers une salle où son fils était allongé, avec des tubes dans la bouche et le nez. Bébé était en détresse respiratoire sévère.
Nous avons conscience que l’équipe médicale ne pouvait pas s’occuper du papa… Il fallait s’occuper de la césarienne d’urgence et du bébé.
Ce bébé qui pleure dans mes bras… Encore un bébé né par césarienne.
Encore ce sentiment de ne pas avoir donné la vie. À mes yeux, je n’ai pas « accouché ».

J’ai conscience que les maternités soient débordées, mais je pense qu’il serait bon d’inclure dans les ateliers proposés aux futurs mamans, un chapitre sur la césarienne. Pour enlever ce sentiment de culpabilité à ces futures mamans. Car une césarienne, ce n’est pas « naturel » aux yeux de tous. Nous avons ce sentiment d’avoir tout loupé.
Il serait aussi bon que les sages-femmes soient formées à parler de la césarienne, comme elles parlent d’un accouchement par voie basse.
Pour donner cette sensation d’avoir vraiment accouché, d’avoir donné la vie a son bébé.

Yuya Royal