Témoignage de Fanny

Nous sommes mercredi 16 avril et ma petite fille est prévue pour le 16 mai. Échographie de contrôle pour vérifier que ma petite puce pourra se frayer un passage lors de l’accouchement et le cas échéant programmer une césarienne.
« C’est un gros bébé, 3,5kg… Elle fera probablement 4,5/5kg. Elle va donc réduire ses mouvements dans votre ventre, et très rapidement ne plus avoir de place. »
Retour à la maison et effectivement ma puce bouge de moins en moins. D’habitude, certaines positions la gênent et elle me le fait bien savoir, mais là… Pas de réaction… Le médecin m’a avertie, elle doit bouger de moins en moins… Donc j’essaie de ne pas trop m’inquiéter.

Dimanche 20 avril.
Elle bouge de moins en moins, voire plus du tout… J’ai un mauvais pressentiment, j’appelle la maternité et en racontant ce qu’il se passe, je me rends compte que c’est grave. Les larmes me montent aux yeux, j’essaie de garder mon calme.
Arrivés à la maternité, nous sommes pris en urgence, le cœur de ma fille bat, je suis tellement rassurée ! Mais elle ne bouge pas… Ce n’est pas normal… Ils me font une prise de sang. Les résultats reviennent très rapidement, ils ont retrouvé du sang de Juliette dans le mien.
« Nous allons sortir votre bébé maintenant, c’est urgent… ». Je fonds en larmes, je dois expliquer à mon fils sans montrer mon affolement, que sa petite sœur va naitre aujourd’hui. Je le rassure comme si je voulais me rassurer moi-même.

Une vingtaine de minutes plus tard, je suis sur la table d’accouchement mais mon mari est là… Malgré ma peur et mon affolement, je remercie l’équipe médicale d’avoir permis à mon mari de pouvoir être présent à mes côtés lors de la césarienne. Très vite, Juliette sort de mon ventre, je les entends parler autour de moi : « Le liquide est très sale… », au téléphone : « Il nous faut du sang, le petit format, celui pour les bébés ».
Pas de cri, pas de pleurs… Ils ne me montrent pas mon bébé… Juliette est prise d’urgence pour lui prodiguer des soins vitaux… Je tremble, j’ai froid, je tremblerai une bonne partie de la nuit sans parvenir à me réchauffer et en pensant à ma petite fille.

On me met dans une salle de naissance, sans ma fille, je reste là, avec mon mari, longtemps, une éternité pour moi. Quelques heures plus tard je crois, on me montre mon bébé, dans une cage en verre, relié à des dizaines de fils.
« Madame, nous l’emmenons à l’hôpital, au service de réanimation, vous pouvez la voir et la toucher mais il faut faire vite, nous sommes pressés. » Première rencontre, elle est magnifique. Je lui prends la main, et à haute voix, au milieu de tous ces masques et blouses vertes je lui glisse : « Tu vas y arriver, j’ai confiance en toi ma petite étoile… »
Elle est donc partie, accompagnée de son papa me laissant seule dans une maternité, le ventre vide et le cœur en miettes, une bouteille d’Évian sur la table de chevet sur laquelle est écrit « maman ».
Je ne la reverrai que mardi. Deux jours sans elle, deux jours de solitude pour Juliette.

Quand j’arrive dans le service, poussée par mon mari sur un fauteuil roulant, j’ai du mal à respirer. J’aperçois son prénom sur le tableau des soignants. Je vais vomir, tout ce qu’on m’a dit est vrai, je réalise que Juliette est dans un service de réanimation pédiatrique. Je dois sortir, au bord du malaise… Quand je reviens, elle est là, branchée à toutes ces machines, qui la maintiennent en vie, au centre de toutes ces personnes qui veillent sur elle.
Cinq jours. Cinq jours sans la toucher. Nous venons la voir tous les jours, tous les après-midis, la voir lutter nous vide de nos forces. Nous ne savons pas encore si elle va vivre.

« Votre petite Juliette a fait une transfusion fœto-maternelle. Votre placenta a eu un dysfonctionnement, il a fonctionné à l’envers. Son sang est donc passé dans le vôtre, elle est née avec quatre grammes d’hémoglobine. Elle a donc subi deux transfusions. La première a bousculé son corps qui était habitué à fonctionner avec très peu de sang. Nous allons faire une IRM pour contrôler son cerveau. »
Au cours de son séjour à l’hôpital, les soignants ne nous ont jamais alerté sur quoi que ce soit. Cependant ils répondaient à nos questions et nous prévenaient quand un organe re-fonctionnait. C’est ainsi que nous avons appris que son cœur était reparti, son foie, ses reins, ses poumons… Et nous en avons conclu que tout cela allait très mal à son arrivée.

Jeudi. Je prends Juliette dans mes bras pour la première fois. Un immense bonheur me submerge. Mais ses yeux tressautent vers l’arrière. Cela m’inquiète. « Est-ce normal ce que fait Juliette avec ses yeux ? » On me dit que l’on devrait plus en savoir avec l’IRM.
Cet examen nous apprend que notre petite étoile a des lésions au cerveau à plusieurs endroits. Personne ne peut nous dire ce qu’il adviendra de Juliette.
Saura-t-elle marcher ? Parler ? Réfléchir ? Impossible de répondre à cette question. Nous sommes dans le doute le plus complet.
Juliette se remet. Lors de notre arrivée dans le service le mercredi, on nous apprend que Juliette va pouvoir passer dans le service de néonatalogie. Encore une étape de gagnée !
Enfin, quinze jours après sa naissance, Juliette notre guerrière sort de l’hôpital et rentre à la maison.

Juliette va avoir quatre ans dans un mois. Grâce aux médecins, aux infirmières à tout le personnel médical, que nous ne pourrons jamais assez remercier, elle est en vie. Grâce au suivi médical depuis sa naissance elle n’a aucune séquelle, Juliette est une guerrière. Notre guerrière.

Fanny

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