Témoignage de Charlotte

L’accouchement. Ce mot qui me tordait de douleur seulement à l’entendre prononcé avant même d’être enceinte, il faisait parti d’une de mes plus grandes peurs. Vous pensez bien que regarder Baby-boom était pour moi insoutenable !!! Il y avait un peu tout qui m’angoissait : la peur de ne pas réussir à gérer la douleur, les conséquences, l’après, enfin j’en étais terrorisée. J’aime maîtriser les choses et c’était beaucoup trop imprévisible pour moi, j’espérais au fond avoir une césarienne programmée. Néanmoins aimant me confronter à mes peurs, il était évident que ça n’allait pas m’arrêter dans mon envie de fonder une famille. 

Je suis alors tombée enceinte un jour d’octobre 2016, avec un accouchement prévu pour le 20 juillet 2017. Une évidence est venue à moi, je voulais être accouchée par ma meilleure amie, Fanny, sage-femme dans la clinique où j’allais accoucher. Mon gynecologue avec qui Fanny travaille, était tout à fait d’accord. Ça serait donc ce duo de choc que j’aurai le jour J pour accueillir mon petit prince.

Durant ma grossesse, mes peurs sur l’accouchement ont doucement disparu, les cours avec la sage-femme aidant. Étant dans le milieu médical, en effet je suis infirmière en cardiologie pédiatrique, j’avais quelques notions autour de l’accouchement, et je me suis détendue en me rendant à l’évidence et me disant que ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait maîtriser, prévoir ou programmer, moi la reine des listes, des plannings, de l’organisation, qui ne se laisse jamais dépasser par l’imprévu… J’avais enfin lâché prise et compris que tout pouvait arriver, l’accouchement parfait comme celui plus difficile. Delà ma peur a laissé place à l’excitation qu’engendre cet instant. L’inconnu était évidement stressant mais j’avais réussi à dépasser mes peurs.

Les jours se rapprochant de mon terme avaient une saveur particulière, je sentais que je vivais les derniers instants d’une époque, et que cet événement allait bouleverser ma vie, notre vie. Alexandre, mon mari, était prêt, moi aussi d’ailleurs, il rêvait que je l’appelle en lui disant : « Allez faut y aller. » Les jours avançaient mais aucun signe, je me sentais bien. J’étais juste terriblement impatiente de rencontrer notre petit prince.
Le jour du terme, rendez-vous à la clinique, Fanny m’y attendait, tout allait bien, mon col était ouvert à deux, déçue de ne pas devoir rester mais je suis repartie avec la nouvelle qu’on me déclencherait le lendemain. J’étais heureuse, je n’attendais que ça, pour des convenances de travail de mon mari nous avons préféré me déclencher le lendemain plutôt qu’attendre qu’il arrive plus naturellement.

Vendredi 21 Juillet j’avais rendez vous à 10h, surexcitée, ayant peu dormi, pomponnée comme je l’aime être pour les grands événements, jolie robe, mascara, rouge à lèvre et boucles d’oreille (of course!!!). Bah quoi? C’était LE rendez vous de notre vie !!!
Arrivée en salle d’accouchement, salle 5, Fanny m’y attendait, nos regards se sont croisés déjà remplis d’émotion de se dire qu’on allait vivre quelque chose d’extraordinaire. Ma meilleure amie allait mettre au monde mon bébé… Fanny a pensé à tout, j’avais une petite pochette « perfect day » qui m’attendait avec le nécessaire pour les heures à venir. J’étais plus que prête.

On a donc commencé à me passer le médicament à 11h pour me déclencher. Les premières contractions sont venues, très rapidement, déjà très rapprochées, mais peu douloureuses. La dilatation n’avançait pas trop, j’étais déçue.
À 14h, Fanny m’a rompu la poche des eaux, me disant que les contractions allaient s’accélérer et s’intensifier. En effet, la douleur s’est faite de plus en plus intense, j’arrivais néanmoins à la contrôler, pensant que la prochaine serait encore plus forte, je gérais ma douleur comme cela. Alexandre me voyant me crisper, essayait de me détendre comme il pouvait, m’encourageant, me soufflant des mots d’amour.
Puis vers 17h Fanny m’a proposé de mettre la péridurale, me disant que la douleur était peut-être déjà a son maximum. Péridurale en place, WAHOU !!! Le bonheur !!! J’ai alors retrouvé mon sourire, je me suis détendue, et avec ça mon col s’ouvrait de façon plus rapide. Les dernières heures sont passées de façon très sereines. On était à deux doigts (sans mauvaise blague) de toucher au bonheur ultime que procure la naissance d’un enfant. 00h00. Fanny m’ausculte, je suis à dix. Mon coeur s’emballe, mon corps tremble, mes yeux se remplissent d’émotion, ma main serre fort celle d’Alexandre, l’impatience mêlée à la peur, l’excitation et la joie.

Me voila prête à pousser comme une folle, je donne tout, j’applique ce que j’ai appris, je plonge mes yeux dans les yeux verts de Fanny quand je suis épuisée, je ressens l’énergie d’Alexandre, j’y suis presque. Encore un effort, 00h31 mon prince est entre les mains de ma meilleure amie, me le posant délicatement sur ma poitrine. Une vague d’émotion m’envahit, une explosion de bonheur, l’amour fou, l’inconditionnel, le plus pur, le plus sincère, Alexandre est très ému aussi, les larmes roulent sur ses joues, notre petit Marius est là. Il ne pouvait s’appeler autrement… Fanny et Marius c’est une vieille histoire d’amour, un clin d’oeil à notre fée.
19min de poussée, pas de réelle douleur insoutenable, de vraies sensations et un bonheur immense. Me voilà alors réconciliée avec le mot accouchement et tout ce qui l’entoure…

Puis le côté moins glamour… À attendre que mon placenta veuille sortir ! Le gynécologue me dit : « On a 30min, sinon j’irai le chercher, mais si c’est le cas on remettra un peu de péridurale. » Très bien, je suis sur mon nuage moi, que peut-il m’arriver de plus ?
Et la une douleur, de plus en plus forte, mais je me dis : « Bah ma cocotte fallait bien que tu souffres réellement quand même. » Alors j’essaie de tenir, mais je sens dans les regards que quelque chose n’est pas normal. Ça s’agite. Alexandre est perdu, je ressens une douleur insupportable… Mon gynécologue me regarde, me dit : « Charlotte je n’ai ps le temps je suis désolée ça va faire très mal. » Je crie, je m’excuse. Puis plusieurs personnes arrivent en courant, l’anesthésiste, une infirmière. Alexandre est prié de prendre Marius et de se mettre sur le côté et de ne surtout pas regarder par terre. Mais que m’arrive t-il?
Je n’ai plus mal, surement un miracle de l’anesthésiste, mais je sens que quelque chose de grave se joue. Je suis infirmière je connais ce genre de situation d’urgence, je reconnais ces visages pas sereins mais si professionnels, des mots familiers pour une infirmière viennent à mes oreilles : « Transfusion, il faut la remplir, 52/25 de tension. », je comprends alors que je fais une hémorragie… Je me sens loin de mon corps mais toujours consciente, on me met une couverture chauffante, de l’oxygène… Puis je me stabilise. Les soignants reprennent leurs souffles, Alexandre respire à nouveau. Je retrouve petit à petit les esprits mais je suis épuisée. On vient m’expliquer ce qu’il s’est passé, j’ai fait une inversion utérine qui a provoqué une hémorragie. Une très très rare complication, qui est une urgence car si l’utérus n’est pas remis en place, je peux le perdre et du coup subir une ablation. Ce qui a compliqué la chose est l’hémorragie qui est une urgence vitale, j’ai perdu 1,8L de sang (une femme en aillant 4L). La douleur était donc justifiée (je vous laisserai chercher comment on fait pour remettre un utérus en place après une inversion…).

J’ai compris la gravité de la situation quand Alexandre m’a embrassé me disant : «  J’ai cru te perdre, c’était horrible ». J’ai compris la peur que chaque soignant a ressenti quand chacun d’eux est venu me voir dans la chambre soulagé que j’aille bien. Je m’en suis voulue en pensant que Fanny a dû vivre un moment horrible dans sa carrière, avec la peur qu’il m’arrive quelque chose.

Étonnement je ne garde pas un mauvais souvenir de mon accouchement, j’ai adoré chaque moment (sans compter la fin), j’ai une reconnaissance particulière pour chaque personne qui a œuvré pour que ce moment soit magnifique et non dramatique. J’ai une grande fierté d’avoir eu ma meilleure amie à mes côtés pour ce moment inoubliable. D’avoir fait d’Alexandre le meilleur des papas et ça des les premiers instants…
C’est les larmes coulant sur mes joues, le coeur rempli d’amour que je finis ce témoignage me disant que oui, ce 22 Juillet 2017 est le plus beau jour de ma vie.

Charlotte

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