Témoignage d’Aurore

Hospitalisée pour « grossesse à risques », cela faisait quatre jours que j’avais comme maison, ma chambre d’hôpital. Mon terme était prévu pour le 25 octobre.

3h30 : Je suis réveillée en sursaut (et panique) par un hurlement à vous glacer le sang. J’entends le personnel hospitalier courir dans le couloir et toujours ces cris de douleurs. Je comprends alors rapidement que ma voisine de chambre est en train d’accoucher. Les gouttes de sueur perlent sur mon front, mon corps est raide, je n’ose plus bouger ni respirer. Quelques minutes plus tard, un cri de bébé retentit. Je m’apaise alors.

On m’avait dit de ne pas me retenir d’uriner car cela pouvait provoquer des contractions. Etant réveillée, je décide d’aller aux toilettes. En revenant m’allonger sur le lit, je sens comme une légère fuite. Je retourne aux toilettes de peur que ce soit du sang. Rien. Je retourne au lit et là je sens que quelque chose coule entre mes jambes. J’appelle de suite la sage-femme de garde.

3h50 : On m’installe un monitoring pour vérifier les contractions. La sage-femme me dit que j’ai fissuré la poche des eaux mais que l’accouchement peut arriver deux/trois jours plus tard donc pas de panique. Sauf que moi, je suis dans tous mes états ! Mon mari est à plus d’une demi-heure de l’hôpital, et au fond de moi, je sens que bébé est en route. Je demande alors à la sage-femme d’appeler mon mari : « Chéri, viens tout de suite, j’ai fissuré la poche des eaux ! »

4h : Je me retrouve seule en chambre avec le monitoring et je commence à sentir quelques douleurs mais localisées dans les reins. Rien de bien méchant mais je sens que le travail commence.

4h20 : Mon mari arrive dans la chambre, et il voit à mon visage que mes petites contractions ne me font pas du bien mais je les supporte. Il s’approche alors de moi, heureux comme tout : « C’est pour aujourd’hui !!! »
La sage-femme revient en chambre. Pas de contraction sur le monitoring. Normal, elles sont dans mes reins au bas du dos. Elle décide de m’ausculter pour voir où en est le travail. Mon lit est inondé, j’ai peur. Elle me fait une prise de sang pour la péridurale qui part au laboratoire directement et nous précise : « Monsieur, rassemblez toutes ces affaires, nous partons en salle d’accouchement, le travail a bien commencé. »
QUOI ? Non, ce n’est pas possible… Je ne suis qu’à 34 SA, c’est trop tôt !!! Prise de panique, je pleure toutes les larmes de mon corps et je me mets à trembler de partout. L’accouchement, ce que je redoutais le plus !!! Mon mari me rassure et reste auprès de moi.

4h35 : Une fois dans l’ascenseur, je demande à la sage-femme de combien je suis ouverte. Elle me répond : « 6cm. »
Ah oui, quand même. Et à partir de cet instant (mais je le réaliserai bien après mon accouchement), plus aucune contraction, plus aucune douleur !

4h40 : On m’installe, me prépare. C’est un homme qui m’accouchera. Il me dit que mes examens sanguins sont en court et que je pourrai avoir la péridurale d’ici 30 minutes. Il me dit que le travail doit se faire, qu’ils nous laissent et si l’envie de pousser ou quoi que ce soit arrive, nous devons les appeler.

4h45 : Mon mari commence à prévenir nos parents que le moment tant attendu arrive. Sauf que moi, je ressens l’envie de pousser. Je lui précise et il décide d’appeler. On revient, on m’ausculte et on me dit : « Vous n’aurez pas le temps pour la péridurale, il arrive ! ».
Quoi, quoi, quoi ??? Ce n’est pas possible, je veux la péridurale, je vais avoir trop mal !!! L’angoisse me ressaisit de nouveau mais il m’invite à pousser. Sauf que je n’ai pas eu le temps de suivre les cours de préparation à l’accouchement (bon en fait, ça ne m’aurait pas servi à grand-chose).
Je n’ose pas, je pousse mal et le sage-femme me le fait très bien comprendre  : « Si vous n’y allez pas franchement, je vais devoir aller le chercher et croyez-moi sans péridurale, ça ne va pas être agréable. » J’aurais voulu lui crier : « Qu’est-ce que tu peux en savoir toi, t’es un homme ?! »
Mais ma colère était tellement grande, que j’ai poussé, un grand coup : « C’est bien, c’est ça !!! » Ouf, on y est ! Sauf que je n’ai pas de contraction. Je dois redoubler d’efforts pour accompagner la sortie de mon fils. Entre chaque poussée, nous attendons. Nous attendons que cette envie de pousser revienne. Personne ne parle, nous sommes tous très concentrés. Mon mari est sur ma droite, une autre sage-femme sur ma gauche, et ils me soutiennent et m’encouragent à chaque poussée.

Puis, au bout de plusieurs tentatives, le sage-femme me dit qu’il voit les cheveux et si je veux les toucher. Je suis tellement dans ma bulle et je veux en finir, je refuse. Je sais que le passage de la tête va être douloureux et je sais qu’il arrive. Dans un dernier effort, je pousse et j’hurle. Je sens que mon bébé est sur le point de voir le jour. J’hurle comme je n’ai jamais hurlé. De douleur. Mais aussi de toutes ces épreuves que j’ai dû traverser les précédents jours, les précédents mois. Toute cette grossesse à risques pour laquelle il a fallu tenir moralement pour le bien de mon Petit-Tilleul. C’est un cri de douleur et d’extériorisation.

5h38 : Un bébé pleure. C’est le mien, c’est mon fils. On me pose sur la poitrine une petite boule chaude aux cheveux bruns. Je ne le vois pas très bien car il est enroulé dans un lange blanc. Mais il est né trop tôt, alors on vient me le prendre. Je me sens vide et fatiguée mais heureuse. Mon mari me souffle un : « Joyeux deux ans de mariage mon amour, c’est le plus beau cadeau que nous puissions avoir ! » C’est vrai, cela fait deux ans que nous nous sommes dit « oui » !
On appelle le papa. Il va pouvoir rejoindre notre fils. Je ne sais pas s’il va bien, combien il pèse et s’il respire seul… Je ne suis pas sereine. Le sage-femme m’explique que j’ai eu une petite déchire et qu’il va me falloir quelques points. Je redoute ce moment mais tout cela se passe bien. Une fois fini, il me félicite et me dit que j’ai été très forte et que j’ai fait un très beau travail. Cela me réconforte un peu.

6h : Une couveuse rentre dans la salle avec mon tout petit bébé dedans. Petit-tilleul pèse 1,960kg et mesure 44cm. Il respire correctement tout seul. Presque deux kilos, je suis soulagée. On m’explique qu’ils doivent l’emmener en soins intensifs pour surveillance. Le papa les accompagne. On me le repose cinq secondes sur moi, mais encore une fois je ne le vois pas bien.

6h20 : Je me retrouve toute seule. Je dois rester sous surveillance pendant deux heures. Je ne réalise pas tout à fait ce qui vient de se produire. Je suis épuisée, heureuse et apeurée. Je n’ai plus de nouvelles de mon Petit-Tilleul et je me sens abandonnée de tous. Les minutes deviennent des heures.

8h : Mon mari revient. Il a l’air tellement heureux ! Il me montre une photo papier que les sages- femmes ont pris à sa naissance pour me montrer et garder en souvenir. Il me raconte que tout va bien et qu’il est déjà bien éveillé : « Il observe tout autour de lui, c’est fou ! »

8h30 : On nous remonte en chambre et on nous sert le petit-déjeuner. Je veux aller voir mon fils et on me dit que c’est encore trop tôt, qu’il faut que nous nous reposions un peu. Une sage-femme passera me voir tout à l’heure pour m’aider à prendre ma douche.

11h : Douche prise, je me sens bien mais les points tirent un peu. Mon mari me transporte en chaise roulante jusqu’au service néonatal. L’accès est bloqué et nous devons nous présenter comme les parents de Petit-Tilleul. Ça me fait tout drôle.

Et je le vois enfin, dans son petit incubateur. Mon cœur devient alors tout mou. Mon petit bébé, mon tout !

Aurore

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