Témoignage d’Apolline

Le déclenchement (de convenance) est un sujet dont on parle peu. J’ai eu deux grossesses assez proches : je suis tombée enceinte de ma deuxième quand ma première avait huit mois. Et bien que cela soit un choix murement réfléchi, en fin de grossesse je n’en pouvais plus. Je fais de très bonnes grossesses, mais ça n’est pas un état que j’apprécie. Sur les dernières semaines pour la deuxième grossesse comme la première, je n’avais qu’une hâte : ACCOUCHER. Tout au long de ma deuxième grossesse j’ai pensé à ce déclenchement. Étant allée jusqu’au terme pour ma première fille, je me préparais à en faire de même pour la seconde. J’ai essayé de me renseigner sur le sujet et j’ai trouvé peu de témoignages de mamans déclenchées volontairement et qui l’avaient bien vécu.

Arrivée au huitième mois de grossesse, porter ma première fille, l’habiller, jouer avec elle, me baisser, lui mettre les chaussures, et tous les gestes simples du quotidien étaient épuisants. Alors, j’ai demandé un rendez-vous à la maternité à 39 SA. C’était un jeudi. Quand la sage-femme m’a demandé le motif de ma venue, j’ai demandé très simplement si je pouvais être déclenchée.
Sa réponse a été d’une simplicité sans nom : « Oui, quand voulez vous qu’on fasse ça ? » Je m’attendais à un refus, à un : « Vous êtes en bonne santé, terminez votre grossesse. » Au lieu de cela, elle m’a dit : « Vous avez un premier bébé, c’est épuisant je comprends. » J’étais un peu surprise tellement je m’étais préparée à un refus.
Alors j’ai pris rendez-vous le mardi 26 septembre, je serai donc à 39 SA+5. Dès que je suis sortie de ce rendez-vous j’ai appelé mon mari, ravie, pour lui dire. J’étais très sereine face à ce choix et lui aussi. Il me soutenait quelque soit mon choix, de continuer la grossesse ou de me faire déclencher.
Seulement, quand j’en ai parlé à des ami(e)s : ce fut l’incompréhension. « Mais pourquoi ? », « Mais enfin ce n’est pas naturel. », « Mais tu fais de bonnes grossesses, qu’est-ce que ça change quelques jours ? » Je me suis sentie un peu blessée de me faire « juger » de choisir cet accouchement. Pourtant, j’étais si fatiguée. De son côté, mon mari a dit à sa chef qu’il ne serait pas là mardi, que j’étais déclenchée. Un peu trop transparent. Il a obtenu le même genre de remarques, pas spécialement méchantes, mais on a senti le jugement. Alors j’ai arrêté d’en parler pour les trois jours restants.

Mardi 26 septembre, je suis allée accoucher, avec mon mari et ma petite valise, très sereine. J’ai déposé ma première fille à la crèche, je lui ai fait un gros bisou et je lui ai dit que ce soir ça ne serait pas moi. Elle était prête, j’étais prête, mon mari était prêt. J’ai accouché en 3h30 avec une sage-femme vraiment super. On m’a posé ma péridurale avant la perfusion qui déclenche les contractions, je n’ai donc eu absolument aucune douleur.
C’était également un choix de ma part, je pouvais avoir la perfusion avant la péridurale. Je savais que j’accouchais vite, je ne voulais prendre aucun risque, et sentir cette douleur horrible de l’accouchement ne m’intéressait pas. J’ai accueilli mon bébé dans le plus grand des bonheurs. Nous allions toutes les deux très bien, on m’a laissé mon bébé un très long moment sur moi avant de lui faire ses soins. Au vu de cette expérience très positive, j’ai recommencé à dire que c’était un déclenchement autour de moi quand on me posait des questions sur l’accouchement. Dans ma maternité on appelle ça un accouchement de convenance. Et si dans le milieu médical, tous m’ont comprise, dans le milieu personnel, personne ne m’a comprise, sauf les mamans fatiguées qui étaient passées par là et qui s’en souvenaient.

Je voudrais donc un peu banaliser la chose. Je suis sortie deux jours plus tard de la maternité, heureuse et comblée par mon beau bébé. Je n’ai jamais regretté ce choix mais si j’avais écouté les remarques parfois blessantes de mon entourage, je serai allée plus loin, épuisée, et mon accouchement ne se serait peut-être pas si bien passé.

Apolline

https://www.instagram.com/apollineehkirch/