Témoignage de Marie-Laure

Maxence est né le 29 décembre 2017… Cinq semaines et un jour avant son terme. Aucun signe ne laissait présager une naissance prématurée pour ce petit bout pressé de découvrir le monde. À 5h du matin, je découvrais avec surprise que j’avais perdu le bouchon muqueux. Mais je me disais : « Ce n’est rien, ça arrive de le perdre un mois avant ! ». Puis en allant me recoucher, les contractions se faisaient de plus en plus douloureuses et régulières… Mon mari s’est réveillé, j’ai appelé les urgences. Spasfon et douche chaude ne faisant aucun effet, on se décide à partir à la maternité mais je suis persuadée que c’est du faux travail et qu’on va me renvoyer chez moi…

Nous arrivons aux urgences vers 8h15, le verdict tombe : poche des eaux fissurée, notre fils pointera certainement le bout de son nez aujourd’hui. Et là, je ne réalise pas. Je ne veux pas, c’est trop tôt. Trop tôt parce que rien n’est prêt à l’appartement, trop tôt parce que psychologiquement je ne suis pas prête, trop tôt parce que je ne veux pas que mon fils naisse à cette période de l’année, trop tôt tout simplement… Mais à aucun moment je ne me dis que mon fils sera un prématuré, la sage-femme ne nous en parle pas, on ne se pose même pas la question. Mon mari rentre vite à la maison pour me préparer une valise de maternité express (évidemment rien n’était prêt !).
Douze heures plus tard, Maxence est né. Son petit cœur commençait à faiblir depuis quelques heures, il était temps. On me le pose sur moi : qu’est-ce qu’il est beau, le visage plein de douceur, mais il ne respire pas… Pourquoi il ne respire pas ? Je ne comprends pas, je ne m’affole pas non plus. Je l’admire sans comprendre. La sage-femme essaie de le réchauffer, mais il ne bouge pas. Alors au bout d’à peine vingt ou trente secondes, ils l’emmènent. Je ne sais pas ce que je ressens à ce moment-là. Encore aujourd’hui, plus de trois mois après, je n’arrive toujours pas à qualifier ce que j’ai pu ressentir. Au bout de quelques temps, ils appellent mon mari, qui finit par revenir pour me montrer une vidéo de notre fils, qui bouge, qui vit.
Ce n’est que 2h après qu’ils finissent par me le ramener, dans sa couveuse. Cela ne dure pas longtemps, ils le remontent rapidement en néonatalogie. Et moi je dois encore attendre… Vers 1h du matin, on vient enfin me chercher et on m’emmène voir mon bébé. Je peux enfin le prendre dans mes bras, enveloppé dans une couverture. Il a les yeux ouverts. Nous resterons dix jours à la maternité, Maxence hospitalisé en service de néonatalogie.

Le lendemain, après une nuit très courte où j’ai eu l’impression de revivre mon accouchement, je me réveille, et file directement au service de néonatalogie, sans me poser de question. Je veux voir mon bébé. Il est là, tout nu (en couche quand même), dans sa couveuse, une petite électrode à son pied qui le relie à la machine pour surveiller les battements de son cœur et sa respiration. On me le pose alors en peau à peau, en attendant qu’une puéricultrice vienne me voir à 9h pour m’apprendre mes premiers gestes de maman : les soins, le change, la mise au sein… Au final, on sera vite rodés mon mari et moi ! Mon bébé ne respire que d’une narine (on suspecte qu’il a un canal bouché, heureusement dix jours plus tard l’ORL affirmera qu’il n’en est rien, il a dû naître avec une rhinite, ouf !), il est tellement fatigué que la mise au sein est difficile. On lui donne ensuite 10ml de lait au DAL au doigt. Il s’épuise tellement vite !
Au fil des jours ça ira mieux, même si tout prend énormément de temps. Pendant dix jours, je vis tel un robot, calée sur une routine précise, toutes les trois heures : je monte en néonatalogie, je sors mon fils de sa couveuse (je suis obligée de le réveiller alors qu’il dort paisiblement, c’est cruel !), je le change, je lui fais ses soins, je le pèse, je tente de le mettre au sein avec plus ou moins de succès, le repèse pour savoir combien il a bu, je complète au biberon avec du lait tiré, je lui fait faire son rot, je le garde un peu contre moi, le repose dans sa couveuse ou le met en peau à peau, je tire mon lait en parallèle pendant une vingtaine de minutes. Puis je reste avec lui ou redescends dans ma chambre pour déjeuner ou dîner (souvent pour retrouver un plateau repas complètement froid ou des post-its des sages-femmes me cherchant pour m’ausculter). À peine une demi-heure plus tard, il faut déjà remonter. Pendant huit jours je n’ai pas mis le nez dehors. Mes seuls déplacements consistaient à prendre l’ascenseur pour aller en néonatalogie. Je ne me sentais ni femme, ni mère. J’avais l’impression d’être une machine. Une machine éblouie devant la beauté de son fils, mais une machine quand même, une vache laitière. Adieu le glamour et l’intimité quand on tire son lait, certes dans un recoin de la pièce, mais visible par tous.
Les deux derniers jours, j’ai eu le droit de sortir de l’hôpital, je n’ai jamais été aussi contente de prendre l’air. Mais il me manquait quand même mon fils alors je rentrais vite le retrouver.

Chaque jour se ressemblait. Chaque jour j’avais envie de pleurer (ah les hormones !). Au bout de six jours j’ai eu le droit de prendre Maxence en berceau dans ma chambre et de passer la nuit avec lui. Je devais remonter pour chaque soin toutes les 3h, sauf les soins de 3h et 6h du matin que je pouvais faire en chambre. La première nuit fut horrible. Personne ne m’avait dit que mon bébé ne dormait pas la nuit, nous avons donc passé notre première nuit blanche ensemble. Je n’arrivais pas à lui faire prendre le sein, je n’arrivais pas à le calmer. Mais je ne voulais pas appeler à l’aide, après tout, j’étais sa mère, je devais pouvoir gérer. Vers 6h, j’ai fini par monter au service de néonatalogie, et j’ai craqué. Je me sentais seule et démunie. Personne ne venait m’aider. Ce jour-là fut le jour de la « régression » de Maxence, il ne voulait plus manger, il était très fatigué (heureusement on m’avait prévenue que cela pouvait se produire mais ce fut quand même psychologiquement difficile à accepter). Je ne pouvais retenir mes larmes, j’étais trop épuisée, et surtout je me sentais tellement coupable. Qu’avais-je donc fait à mon bébé ? C’était de ma faute s’il était arrivé trop tôt… Puis le lendemain il allait mieux.
Me voyant si fatiguée, les auxiliaires de puériculture m’ont conseillé de leur laisser Maxence entre minuit et 6h, pour que je puisse dormir. Je m’y refusais au début, me sentant coupable de laisser mon fils entre d’autres mains, puis j’acceptais finalement (et heureusement car depuis notre retour à la maison je n’ai jamais redormi plus de 3-4h d’affilées !).

Après plusieurs jours, on voit arriver les bébés, les nouveaux parents, j’avais l’impression d’être une des « anciennes », de connaître les lieux, les façons de faire, les puéricultrices. C’était mon nouvel environnement. En voyant certains bébés, si fragiles, si petits, je réalisais la chance que j’avais d’avoir eu Maxence en plutôt bonne santé. Il était certes petit mais il ressemblait à un beau petit nourrisson. Et ce que j’ai ressenti ne doit rien représenter par rapport à ce que peuvent ressentir les mamans de grands prématurés. Je leur voue une totale admiration !

Le sentiment de culpabilité commence à peine à me quitter aujourd’hui… Je me dis toujours que s’il n’était pas arrivé si tôt, il n’aurait pas tant de soucis de digestion, de remontées acides, de sommeil… L’allaitement n’aurait pas été si pénible pendant le premier mois (heureusement maintenant tout va bien de ce côté-là, on ne complète plus du tout au biberon, mais tout a mis du temps à bien s’installer et à se faire sereinement).
Aussi, j’ai mis du temps à faire le deuil de ma grossesse, je n’ai pas eu la phase « Ah j’ai hâte qu’il sorte maintenant ! », je n’ai pas pu prendre des photos de mon gros ventre du dernier mois, je n’ai pas pu dire adieu à ma vie à deux…
Maintenant tout va mieux, je ne regrette rien. Mon fils est ma merveille au quotidien. C’est dur, souvent, il souffre encore beaucoup, pleure, ne dort pas, n’accepte que les bras, mais à côté de ça il sourit, me regarde, commence à vouloir échanger. Un seul sourire et on oublie les moments difficiles.

Marie-Laure

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