Témoignage de Stéphanie

En ce début d’année 2014, je suis enceinte de six mois. Je dois accoucher le 23 mars 2014 mais je suis arrêtée depuis fin octobre : trop de route, on ne prend pas de risque.
On me dit juste de me reposer sans autre conseil. Pourtant, en ce début janvier, je sens que mon gynécologue perd son sens de l’humour. Il veut me revoir dans quatre jours et il a un air grave. Quand je le revois, le verdict ne se fait pas attendre : « C’est une MAP, on fait un monitoring et on fait la première injection de corticoïdes. »

MAP, ces trois lettres déclenchent une panique immense… Je commence alors un traitement (Adalate). Ce médicament me donne mal au crâne, me donne soif mais semble faire son effet. Je reste hospitalisée huit jours. Moi qui lis beaucoup, je me mets en stand by. J’ai peu de visites. Je dors mal. Je passe le temps jusqu’à ce qu’on m’autorise à sortir.
Comme notre maison est en travaux, on décide de m’installer chez mes parents. J’ai un suivi par une sage-femme deux fois par semaine pour contrôler que tout va bien pour ce petit être.

Onze jours plus tard, le monitoring montre des contractions régulières. Je les sens à peine mais elles sont là… Camille, la sage-femme, me dit que si ça ne s’arrête pas, je devrai aller à la maternité dans l’après-midi. Je suis à 33SA+2. C’est bien trop tôt… Les contractions ne s’arrêtent pas, alors ma maman m’emmène à l’hôpital, j’y vais avec mes affaires comme me l’a conseillé Camille.
On m’examine et on se rend compte que j’ai une fissure de la poche des eaux… Encore un coup dur… Je culpabilise car je ne m’en suis pas rendue compte. On me fait une prise de sang afin de déterminer s’il y a une infection ou non…

Les journées se rythment à nouveau selon les passages des sages-femmes, des auxiliaires, des visites et des larmes… Autant la première hospitalisation a été relativement « sereine », autant la seconde génère beaucoup de tristesse. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à faire grandir mon enfant normalement ? Pourquoi moi ? Pourquoi nous ?

Jeudi on m’annonce que j’ai une chorioamniotite, une infection de la poche des eaux qui peut être très dangereuse pour Bébé.
Le vendredi on m’annonce qu’on devra me déclencher le dimanche ou le lundi. Je fonds en larmes, une fois de plus. On attend les 34SA tout en m’expliquant que : « Bébé sera mieux dehors que dedans. » Mais comment est-ce possible que mon corps devienne nocif pour le bébé que je suis censée protéger ? Les larmes coulent encore beaucoup.
Le samedi, une pédiatre nous explique froidement ce qu’il va se passer. On nous propose de visiter le service de néonatologie où je m’effondre dès que je vois une couveuse.
Je m’imagine notre rencontre. Je rêvais d’accoucher en maison de naissance et on s’apprête à faire naître mon bébé avec sept semaines d’avance.

Le dimanche, le jour J.
On me descend au bloc obstétrical vers 8h30. Anne, la sage-femme me met le monitoring et me met le tampon qui doit permettre de faire maturer le col. La première bradycardie nous alerte et nous met en panique. Mon bébé récupère vite mais la gynécologue de garde veut partir en césarienne. Anne la convainc d’attendre mais c’est peine perdue. Alors que le travail se met seulement en route, mon bébé a une deuxième bradycardie. Je n’ai pas de péridurale alors ça sera une césarienne sous anesthésie générale.
Ma fille (j’apprendrai que mon bébé est une fille par une auxiliaire de puériculture) a crié mais je ne l’ai pas entendue. Ma fille est partie dans une couveuse de la taille d’un char d’assaut mais je ne l’ai pas vue.
J’ai dû attendre plus de 5h30 pour qu’on me monte en réanimation/néonatologie et pour découvrir mon tout petit bébé de même pas 2 kg.

Quand je l’ai vue, elle était sédatée. Elle dormait, les mains et les pieds attachés ! Si petite et pourtant si agitée… Elle voulait enlever les tuyaux qui l’aidaient pourtant à respirer.
Elle s’est battue comme une guerrière et elle est rapidement passée de l’intubation au « bubble », un masque qui aide les alvéoles à s’ouvrir; puis aux « lunettes » et enfin sans aucune aide.
L’alimentation a été plus compliquée, elle n’avait pas de force pour téter (et on ne lui en a pas laissé l’occasion non plus). Elle a eu une sonde pendant de longues semaines.
Elle est sortie de la couveuse au bout de quinze jours. Elle a passé sa première nuit à la maternité avec moi pour ses « un mois ».
Pendant tout ce temps, son papa finissait à la hâte notre maison et passait nous voir quand il le pouvait. Moi j’avais gardé ma chambre à la maternité afin de pouvoir la voir quand je le voulais. J’ai dû faire face à une équipe soignante pas toujours compréhensive (et qui ne m’a jamais aidée dans mon souhait d’allaiter).

Aujourd’hui, elle garde de sa prématurité, une petite trace sous le nez (souvenir du bubble) mais elle a rattrapé son « retard ».
Elle a marché à 15 mois (13 en âge corrigé).
Elle a parlé très tôt (à deux ans, les phrases étaient bien construites).
Elle a été propre le jour à 2 ans et demi ; la nuit à 4 ans.
Elle est maligne comme tout et a un sens de l’humour inouï.
Elle nous a montré dès le plus jeune âge qu’elle avait de la ressource et elle continue de le prouver à chaque jour qui passe.
Nous avons eu de la chance : notre « préma » n’en a gardé aucune trace visible. Moi en tant que maman, je reste affectée par ce qu’il s’est passé, bien que ma deuxième grossesse m’ait guérie.

Si vous devez passer par là, soyez entourés, protégez-vous, préparez-vous à affronter des mauvais jours tout en espérant les bons. On nous avait prévenus : avec les bébés prématurés, il y a des jours où tout va très bien et d’autres où on a l’impression de reculer mais ce que l’on sait, c’est que ce sont de vrais guerriers !

Stéphanie
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