Témoignage de Céline

Je m’appelle Céline, j’ai 27 ans et j’ai accouché le 05 Septembre 2017 d’une petite Éloïse. Je prends mon courage à deux mains pour vous parler de mon expérience concernant la prématurité mais également tout ce qu’il y a eu autour de cela.

Tout a commencé mi-août lors de ma dernière visite avant mon accouchement, j’étais à 36 SA (accouchement prévu pour le 06 octobre) ma tension artérielle étais à 15/10, test de protéinurie positif alors que la semaine passée tout était parfait. Donc, passage aux urgences, monitoring de contrôle et diagnostic : pré-éclampsie. Le stress m’envahissait surtout que l’on me disait que mon bébé était petit et ne pesait qu’1k990. Cependant, on m’a rassurée en me disant qu’ils ne s’inquiétaient pas pour moi et que la pré-éclampsie devrait rester stable.

Mais il n’en a rien été… Le dimanche de cette semaine je rentrais aux urgences pour des saignements… Et ils décidèrent de me déclencher : « Le bébé grandira mieux à l’extérieur. » m’ont-ils dit. Mais j’avais peur, je savais que ce n’était pas le moment, que mon bébé n’était pas prêt. Dès le lendemain ils m’ont posé un Propess, qui n’a rien donné. Le surlendemain ils m’ont mis un gel mais rien à faire, le col ne bougeait pas malgré les contractions.
À 21h, perfusion d’ocytocine, s’en suit la péridurale, et l’attente… Les contractions ne faisaient pas leur travail assez vite et bébé commençait à ne plus supporter. Et là ils m’ont dit : « On part en césarienne, on n’a plus le temps, bébé est à 60% de chance de survie si on continue. » J’ai été bousculée, un tas d’émotions se sont installées : culpabilité, tristesse, angoisse, peur, joie… J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps avant de partir au bloc. Une fois là-bas, ma péridurale ne fonctionnait pas, anesthésie générale, salle de réveil pendant 3h, pas de bébé à mes côtés, pas de pleurs sauf les miens, les premiers mots à mon réveil on été : « Où est mon bébé, comment va-t-il ? » Et on m’a répondu  : « Eloïse va très bien, elle est en néonatologie car il faut qu’elle prenne du poids, elle pèse 1kg970 et mesure 43cm, papa est avec elle. » Je n’ai cessé de pleurer en salle de réveil.

Le lendemain, j’étais tout aussi triste, sans force (anémiée), et douloureuse aussi bien physiquement que psychiquement. Mon conjoint descendait au service de néonatologie puis remontait pour me donner des nouvelles, me montrer des photos d’Eloïse, me rassurer… Il a fait preuve d’un courage exceptionnel et je le remercierai toute ma vie d’avoir été présent à chaque instant, de ne pas avoir failli, et de nous donner tellement d’amour.

Je suis descendue après mon premier lever pour rencontrer ma merveille et essayer au travers de ces deux hublots de lui dire à quel point je l’aime, que je suis là pour elle, même si je ne suis pas encore capable de la tenir dans mes bras, de tenir debout je vais me requinquer au plus vite pour assurer au mieux ce joli rôle que la vie me donnait, celui d’être maman.
Mais ça a tellement était dur de la voir dans cette couveuse, de se dire que c’était dans mon ventre qu’elle aurait dû terminer sa croissance et non dans ce cocon. La première fois que je l’ai vue, j’étais émerveillée mais rongée de culpabilité de lui faire vivre cela, de nous faire vivre cela, de ne pas avoir pu aller au bout de ma grossesse, de ne pas avoir pu la faire suffisamment grandir pour qu’elle soit auprès de nous. Et, même si les soignants nous rassuraient par leurs mots, je devais prendre conscience sans elle que j’étais devenue maman. Ce qui m’a aidée en parti a été de pouvoir tirer mon lait et de lui apporter chaque jour en néonatologie et de la voir évoluer très rapidement.

Une semaine après je l’ai rejoint en chambre mère-enfant et là, tout était différent, mais tout aussi dur, mais tout aussi magique… Je pouvais m’occuper de mon bébé qui était passé en berceau chauffant, nouvelle victoire, elle mangeait très bien et, prenait du poids rapidement. Mais j’avais tellement peur et j’étais tellement fatiguée que souvent je craquais, c’était essentiel pour mieux affronter et m’en occuper.
J’avais tellement peur de lui faire mal elle était si petite, mais les soignantes m’ont tellement bien accompagnée, elles m’ont soutenue, écoutée, rassurée, soulagée avec beaucoup d’humanité, de compréhension. Je ne les remercierais jamais assez.
Car en néonatologie on est seule, c’est un service où les visites sont règlementées, et mon conjoint avait repris le travail, il ne pouvait pas être à mes côtés sauf le soir où il venait pour partager le repas et lui aussi prendre petit à petit son rôle de papa. Pour mon bébé, il fallait qu’elle prenne du poids pour sortir de néonatologie donc chaque biberon était essentiel, lorsqu’elle ne buvait pas, on me mettait la pression, enfin certains soignants la mettaient : « Il faut qu’elle mange, forcez-la un peu. » C’était très compliqué pour moi et j’en ai gardé un stress lorsqu’elle ne mange pas, je ne suis pas très bien.

Pour finir je dirais qu’il est essentiel de passer par toutes ses émotions lorsque l’on passe par cette expérience qu’est la prématurité dans ces conditions d’hospitalisation en néonatologie. Mais je voudrais dire à toutes celles et ceux qui lieront ceci, qui attendent un bébé, qui vivent ou qui vivront cette expérience de tenir bon, d’être courageux, et de se donner beaucoup de force en s’aimant très fort car je pense que l’amour est la clef du supportable de toute expérience dans la vie.

Céline