Témoignage de Camille

Après une année d’essais je tombe enceinte, nous étions tellement heureux et attendions avec impatience l’échographie de datation. J’étais un peu angoissée avant de passer le pas de la porte de mon gynécologue. Est-ce que le bébé allait être bien placé ? Est ce que son cœur va battre ? Une fois installée nous voyons de suite le bébé et le gynécologue nous dit que tout va super bien. Quelques secondes après nous l’entendons dire : « Oh oh ! Vous voyez ? Il y a deux poches donc deux bébés. »
Un  « Oh putain comment nous allons faire ? » sort naturellement de ma bouche. Mon mari est heureux et moi je pleure ! Je n’avais jamais imaginé avoir des jumeaux, je m’imaginais déjà grosse avec des vergetures, des cernes sous les yeux et les cheveux sales par manque de temps pour soi. Après plusieurs semaines (voir mois) je commence à accepter cette grossesse gémellaire d’autant plus que je ne prends pas de poids et que mon ventre reste « petit ». Ma grossesse se passe merveilleusement bien ! Je n’ai pas de nausées, je suis en pleine forme et nous passons de très bonnes vacances d’été en Italie puis à Belle-Île en mer avec au lendemain de notre retour à Paris l’échographie des 23 semaines prévues ! L’échographie se passe, tout est bon ! Ils gigotent bien et on nous confirme que ce sont bien deux garçons ! Place à l’échographie du col et là c’est le drame. La gynécologue voit en direct une très grosse contraction que je ne sentais pas du tout et mon col est très rétréci. Le calvaire commence.

Je suis hospitalisée une semaine début août pour menace d’accouchement prématuré. J’ai la visite des pédiatres qui me disent que si je venais à accoucher mes bébés ne pourraient pas être réanimés et nous devrions les laisser partir. C’est le choc. J’ai l’autorisation de rentrer chez moi à condition de me reposer le plus possible. Je passe mes journées allongée alors qu’il fait beau dehors (merci Paris et la vie en appartement), incapable de préparer la chambre de mes trésors et le stress m’envahit. Je ne veux pas les perdre. Les médecins m’ont dis que chaque semaine était une semaine de gagnée. Je me fixe de les garder jusqu’à au moins 35 semaines.

Je tiens 5 petites semaines. Le 7 septembre 2017 a 16h31 et 16h35 je donne naissance par voie basse à mes jumeaux Louis et Marin nés bien trop tôt à 29 sa + 1 jour. Ils pèsent respectivement 1kg100 et 1kg195 pour 37 cm.
On me les pose dix secondes chacun sur la poitrine je les embrasse et leur combat contre leur prématurité commence.
Ils sont tout de suite transférés au service Réanimation – Néonatale de la maternité de Port Royal là où j’ai accouché.
Les pédiatres sont confiants : ce sont des petits guerriers mais il faut vivre au jour le jour. Chaque journée est une journée de gagnée ! Facile à dire mais pas facile de se le dire.
Il fallait les découvrir et apprendre à les aimer avec leurs masques à oxygène et leurs sondes gastriques ! Notre crainte était de ne pas les reconnaître, pas évident de les différencier avec tout ce qu’ils avaient sur eux. Ils ont eu quelques petits soucis (intubation, staphylocoque doré) mais nous avons eu la chance d’être entourés d’une équipe médicale extraordinaire (merci à l’équipe de Port Royal).
Je n’imaginais pas ma nouvelle vie de maman débuter de la sorte, j’imaginais rentrer chez moi avec mes fils mais je suis rentrée seule avec mon mari et mes enfants sont restés dans leurs couveuses. Moi qui pensais être rassurée une fois rentrée à la maison, ce fut tout le contraire. Une fois la porte d’entrée passée je me suis écroulée en larmes.
Nous allions les voir tous les jours mais je ne voulais pas y aller seule les premières semaines, j’avais toujours la crainte qu’en arrivant on m’annonce une mauvaise nouvelle. Nous appelions le matin au réveil et le soir avant de nous coucher avec toujours cette boule au ventre : est-ce que tout va bien ? Est-ce qu’ils vont me dire que quelque chose ne va pas ?
Pendant toute la durée de leur hospitalisation qui a durée deux mois et demi nous vivions dans notre bulle, nos amis nous disaient : « Oh mais vous pouvez encore faire des grasses matinées avant qu’ils rentrent ! » ou encore : « C’est chouette vous êtes parents mais vous avez encore votre vie de couple sans enfants ! » À cette période là, heureusement que mon mari me raisonnait car je pense que j’aurais pu me fâcher. Je n’avais qu’une envie c’était être avec mes enfants chez nous !

Début novembre on nous a annoncé que Louis et Marin sortiront le 13 Novembre. Nous étions heureux mais petit à petit que les jours passent, je commençais à avoir peur du retour à la maison, peur qu’ils ne respirent plus, qu’ils ne mangent plus, peur de ne pas réussir à m’en occuper. Mais tout s’est effacé le jour où nous sommes sortis de la maternité avec notre poussette double : nous étions enfin tous les quatre réunis. Nous avions envie de crier notre bonheur sur tous les toits !
Le 13 Novembre j’ai a nouveau accouché de mes deux enfants et je les ai ramenés enfin à la maison ! Leur séjour en néonatologie a été une sacrée épreuve pour notre couple, je pense qu’on est sortis encore plus forts de tout ça, nous sommes plus unis face aux épreuves de la vie. Avoir des enfants changent la vie mais avoir vécu l’angoisse d’une grande prématurité nous permet de nous dire désormais que notre vie a changé en mieux : nos enfants sont en bonne santé et c’est le principal. Tant pis s’ils nous réveillent trop tôt ou pleurent la nuit (heureusement ils ne le font pas souvent )

À toutes les mamans et à tous les papas qui vivent actuellement ce que nous avons vécu il y a plusieurs mois désormais : gardez espoir pour vos bébés, faites leur confiance, ils sont très forts, je dirais même qu’ils sont plus forts que nous. Le peau à peau permet de tisser des liens avec son bébé, et selon les infirmières il s’agit même du meilleur médicament possible ! Donc ne lésiner pas ce moment très très agréable…

Camille Bourlier

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