Témoignage d’@angelmailys

Je suis déjà maman d’une fille de treize ans et j’ai toujours été angoissée mais l’arrivée de la dernière fait que mes angoisses ont pris de l’ampleur.

Ma petite Maylann est née par césarienne programmée à 36 SA car je suis atteinte d’une maladie génétique et ayant un utérus cicatriciel, le risque de mort foetale et maternelle au delà de 37 SA était trop important. J’ai donc eu une injection de Célesten à 32 SA pour préparer l’arrivée de Maylann et je suis rentrée à la maternité le lundi 5 février. J’avais posé la question à ma gynécologue pour connaître les risques dus à cette naissance prématurée mais elle nous avait rassurés en nous disant qu’il n’y avait aucune raison qu’elle aille en néonatalogie. En effet, elle avait eu les injections pour que ses poumons soient à maturité donc il n’y avait pas vraiment de soucis à se faire.
Je descends donc au bloc ce 6 février, très sereine, persuadée qu’une fois remontée je serai avec mon bébé mais tout va se passer différemment. Une fois remontée du bloc, le papa de Maylann me l’apporte près de moi, j’ai envie de la prendre sur moi, de faire du peau à peau et de pouvoir lui donner le sein mais une puéricultrice arrive est m’annonce qu’elle me laisse Maylann juste cinq minutes et qu’ensuite elle part en néonatalogie car son taux de glycémie est trop bas. Je ne comprends pas vraiment, je me dis que c’est sûrement pas trop grave mais je n’y été vraiment pas préparée, je pensais passer notre première nuit ensemble.

Je me sens impuissante, je ne peux pas aller près d’elle car je dois être suivie pour la césarienne en maternité du coup je l’abandonne. Oui je le vis comme un abandon. J’appelle la néonatalogie deux fois pendant la nuit afin de savoir comment elle va, mais ce n’est pas terrible car sa glycémie est toujours basse.
Le lendemain papa m’amènera voir Maylann en fauteuil. Et là je vois mon bébé avec une sonde gastrique, je ne comprends pas, on ne m’avait rien dis au téléphone. Une infirmière vient donc me dire que c’est momentané, qu’elle a encore du mal pour boire elle-même. Elle est là sous mes yeux, branchée de partout, si fragile avec ses 2kg300 et à chaque bip je me retrouve paniquée. J’ai envie de pleurer mais je ne veux pas que Maylann le ressente alors je la serre dans mes bras le plus longtemps possible mais c’est difficile avec la césarienne de rester très longtemps.
On me parle d’une chambre mère-enfant pour que je puisse être près d’elle mais on me dit aussi que si je viens ici, je n’aurai plus les soins car le lieu est uniquement prévu pour Maylann. Je décide donc de venir dès le lendemain, tan pis pour ma santé, la sienne est bien plus importante. En arrivant le lendemain je vois que la sonde a été retirée, Maylann l’avait enlevée il y a quelques minutes, la petite chipie ! L’équipe veut essayer la tétée avant de lui remettre. Ça y est, c’est enfin notre moment à nous, et là, tout se passe bien elle prend comme il faut, mais la fatigue l’emporte très vite. Je passe donc ma journée dans la chambre près d’elle, sursautant à chaque bip de la machine, me sentant coupable, impuissante. Les jours passent, Maylann ne prend pas de poids, au contraire sa courbe chute, on essaye les tétées pesées et on voit qu’elle ne prend que 20 à 30g car elle se fatigue vite et dort beaucoup. J’ai envie de baisser les bras, de lui donner le biberon pour qu’elle prenne enfin du poids car moi je n’y arrive pas, je suis incapable de la nourrir correctement. Même si papa et la grande soeur viennent me voir chaque jour, je me sens de plus en plus isolée, de plus en plus fragile, je m’en veux tellement de lui faire subir ça car sans ma maladie, on en serait pas là.
Je finis par m’effondrer, l’allaitement ne marche pas, je vois Maylann qui ne prend toujours pas de poids, je me sens seule et être enfermée est vraiment difficile. Cela fait déjà quatre jours que je n’ai pas vu un rayon de soleil, le seul bruit que j’entends c’est celui des machines et être loin de ma grande fille est difficile pour moi. Je m’imaginais rentrée à la maison au bout de quelques jours, mon bébé en pleine forme, je ne m’attendais pas à vivre tout ça.
Je finis donc par craquer le lundi suivant, c’est décidé j’abandonne mon rêve d’allaitement, je préfère tirer mon lait et être sûre que Maylann prenne du poids. Je me retrouve donc à tirer mon lait après chaque biberon (qui dure 45min tellement elle est épuisée) et à la nourrir tous les trois heures. Je pensais que tout irait mieux mais c’est aussi difficile, je n’ai quasiment pas une minute à moi, je me sens vide, mais je m’accroche, il le faut, elle a besoin d’une maman forte. Je suis tellement inquiète pour elle en permanence, elle est si petite, si fragile, je surveille constamment sa respiration et sa température, j’ai si peur de la perdre. Finalement après trois jours intenses de combat pour pouvoir réussir à lui faire prendre du poids, ça y est elle a pris 100g. Alors ça peut paraître peu, mais pour moi c’est énorme.
Le pédiatre nous annonce un retour à la maison dans l’après-midi mais avec un suivi PMI tous les deux jours. Quel beau cadeau de Saint Valentin je me sens si heureuse ! Fin du calvaire ? Non malheureusement. Quitter le milieu médical me laisse seule avec mes angoisses. Est-ce que je fais bien ? Va-t-elle vraiment bien ? Et si quelque chose se passe comment vais-je faire ?

Finalement cela fait une semaine que nous sommes rentrées, c’est encore difficile, c’est toujours la croix et la bannière pour qu’elle mange sans s’endormir. Je surveille toujours tout, je pleure encore énormément et son poids est à 2kg600 ce qui est encore peu mais elle se bat énormément, je la trouve si forte et si courageuse. J’aurais aimé être plus prête à la prématurité, les équipes savaient que tout pouvait bien se passer, comme être compliqué. Alors mon grand regret c’est de m’être retrouvée seule à gérer ça, seule face à mes peurs et je sais que ce passage aura marqué ma vie.

https://www.instagram.com/angelmailys/