Témoignage de Pauline

Parce que chaque personne a une histoire et que rien ne se fait sans raison, vous devez savoir le point de départ de tout ça.

Après presque deux ans d’amour, sept mariages d’amis, deux déménagements, nous sommes enfin installés dans notre appartement ! Mais à l’étranger… Nous habitons en Espagne. C’est un détail assez important pour l’histoire ! Un an plus tard, en 2015 on décide de fonder notre famille !
Super projet, rempli d’amour, de joie, bref le bonheur !!!

Je suis tombée enceinte après seulement un cycle de règles, on peut dire que s’est allé plutôt vite ! Après près de dix années de pilule je n’y pensais pas ! Je me dis que nous sommes vraiment faits l’un pour l’autre ! Et si seulement nous avions su ce qui allait nous arriver…

Ma grossesse se passe bien, je grossis, je mange, j’ai mal au ventre, je suis fatiguée, j’ai des nausées, je dors mal, le classique ! Mon bébé va bien et nous attendrons jusqu’à la naissance pour découvrir son sexe, nous aimons bien le suspens !
Mais à l’échographie des 5 mois et demi (en janvier) tout bascule. Mon gynécologue nous annonce que le bébé a un retard de croissance et qu’il faut faire une échographie plus précise pour connaître la cause du problème. Je ne vous raconte pas la difficulté pour comprendre tout ça dans une langue étrangère…
Bref, deux jours plus tard et 45 minutes d’échographie plus tard le verdict tombe. Notre bébé a une malformation. Je ne pensais pas qu’un jour ça pourrait m’arriver à moi, mais si…
Parce chaque chose a un nom, le nom qu’on pose sur mon ventre c’est « gastroschisis », ce que l’on traduit en français par « laparoschisis ». Notre bébé a ses intestins qui se développent en dehors de son ventre. Il paraît qu’il n’en a qu’une petite quantité donc ce n’est pas un cas grave…
Nous n’avons plus qu’à chercher sur internet ce qu’il en est ! C’était une erreur bien entendu mais bon il fallait bien que l’on trouve de l’information. Merci internet de nous montrer des images trash. On a tellement pleuré et on s’est tellement demandés : « Pourquoi nous ? »
Je fais quand même une amniocentèse pour vérifier qu’il n’y a rien d’autre. Dans ces moments-là on va au bout des choses pour être certains que notre bébé sera viable… Ça me donne des frissons rien que de l’écrire. En quatre jours nous avons rencontré toute l’équipe qui allait s’occuper de notre bébé le jour de la césarienne : le chirurgien, les pédiatres, le service de néonatologie, l’hôpital, etc. Autant vous dire que nous étions rassurés et sereins sur ce qui allait se passer. La césarienne est prévue au retour des congés de Pâques, ça sera donc un lundi matin 7h, le 04.04.2016, on s’est dit que c’était un signe (4×4=16).

Je poursuis donc ma grossesse à la maison avec une échographie toutes les deux semaines et ça c’est top ! Tout se déroule pour le mieux. On prépare la chambre de bébé et son arrivée comme si de rien était ! Notre entourage est bien plus inquiet que nous. De toute façon on ne peut rien faire donc ça ne sert à rien de se ronger le cerveau et tout le personnel de santé est au courant et nous disent qu’il n’y a pas de souci à se faire, c’est une opération qu’ils connaissent… Je cherche quand même à trouver des témoignages de parents qui auraient vécu l’hospitalisation de leur bébé mais c’est assez rare. Bref, je me prépare un peu toute seule. Mon mari m’aide bien mais bon lui aussi est dans la même situation que moi.

Le Jour J arrive ! On va enfin connaître le sexe de notre bébé et voir sa tête ! Ce jour-là à l’hôpital c’est un peu « the place to be » ! Rien que pour moi et pour notre bébé il y a plus de vingt personnes dans la salle d’opération. Autant vous dire que je ne comprends pas tout ce qui se passe et je pense que c’est mieux comme ça, je me mets un peu dans ma bulle et à poil au milieu de tout le monde !
Heureusement, Julien est là pour me tenir la main (il a failli ne pas être présent mais notre gynécologue a insisté pour le faire entrer), on avait un peu négocié ça avec lui avant. Il voit tout ce qui se passe. On entend ses premiers cris ensemble, je m’effondre en larmes ! Je ne savais pas que c’était ça devenir maman ! Julien a vu ses pieds et ensuite bébé est parti, je crois que nous ne nous en sommes même pas rendus compte tant il y avait d’émotions. Notre gynécologue nous demande si on veut savoir enfin le sexe de bébé… C’est lui qui nous l’annonce, je pense vraiment que c’était l’aboutissement de son travail et très légitime que ce soit lui qui nous le dise. Nous sommes parents d’une fille ! Nous avions décidé du prénom la veille au soir (avec bien du mal !) et ça sera donc Alice.

Nous étions plutôt bien préparés jusque là, mais je n’avais pas imaginé la longue attente avant de pouvoir la voir… J’ai attendu 12h avant de pouvoir voir ma fille. Elle était si petite dans sa couveuse et bien évidemment intubée et branchée, on le savait mais de la voir ça n’a pas été facile. Et puis on ne pouvait pas trop la toucher. C’est bizarre, je ne sais pas si je me suis sentie mère tout de suite… Ça a duré quatre jours comme ça… Alors je tirais mon lait, c’était tout ce que je pouvais faire pour elle, et je passais autant de temps que possible à côté d’elle.
Un jour on nous a appelés : « On lui enlève les tubes venez vite ! » On a aidé à la tenir puis on a pu la porter ! C’était pour nous une deuxième naissance ! J’ai passé mes journées à faire du peau à peau. Alice a passé 16 jours en néonatologie avant de rentrer à la maison.

Ses premiers jours ont été compliqués pour moi, parfois je me disais qu’elle allait mourir, parce qu’elle avait des yeux bizarres, je pensais qu’elle n’était pas normale, que nous n’allions jamais sortir d’ici, que ce qu’il nous arrivait n’était pas normal, qu’on avait rien demandé !
Le jour le plus horrible, je n’ai pas d’autre mot, a été le jour où j’ai dû rentrer à la maison. Car après une césarienne, on reste cinq jours à l’hôpital et on rentre chez nous même si bébé lui reste. Ce jour-là j’ai cru qu’on m’arrachait le cœur, j’ai eu la sensation d’abandonner ma fille, de la laisser seule, toute seule, entre les mains de quelqu’un d’autre… Je n’avais qu’une idée en tête : retourner la voir. Là j’ai compris le sens de la phrase : « Mon enfant est ma chair. » C’est comme ça que j’y allais de 9h du matin à 21h. Les infirmières me disaient de sortir manger et m’aérer un peu, ce que je faisais, un peu… Et puis quand papa arrivait, il prenait le relais pour le peau à peau. Je pouvais aller plus librement faire pipi et tirer mon lait !

Heureusement que nous avons été deux pour surmonter tout ça. Dans ces moments-là il faut se concentrer sur soi et oublier un peu les autres. L’important c’était nous trois, malheureusement ce n’est pas facile à accepter pour tout le monde. Être à l’étranger nous a permis de vivre ça sans l’angoisse des autres, car notre entourage était autant, voir plus, angoissé que nous ! Certaines de mes amies ont été des oreilles (ou plutôt des messengers !) très attentives et douces qui me comprenaient, même si personne ne pouvait comprendre ce que je vivais, elles faisaient tout comme.

Les gens nous demandaient si nous arrivions à bien dormir. Oh que oui ! Nous étions épuisés donc le soir c’était souvent omelette ou pâtes, une douche et au lit! Je tirais mon lait le soir et le matin vers 6h avant de passer ma journée avec elle, ses tuyaux et les infirmières. Je n’ai pas parlé d’elles mais bien des fois elles m’ont prises dans leur bras. En écrivant ces mots, je ressens encore leurs mains me rassurer, je suis en larmes… J’ai l’impression que tout remonte d’un coup… Elles ne me jugeaient pas, elles me connaissaient, même si on ne parlait pas la même langue, elles voyaient quand ça allait ou pas, elles savaient que c’était une épreuve difficile, je pense qu’il faut pleurer pour faire passer la douleur, cela doit faire parti du processus… Presque 3 ans après c’est toujours là, c’est toujours en moi, je n’ai rien oublié. D’ailleurs j’avais écrit sur un carnet tout le récit de sa naissance, pour moi et aussi pour elle. Je ne sais pas quand je lui donnerai, peut-être à l’adolescence quand elle me dira que je suis une mauvaise mère et que je ne l’aime pas ou alors quand elle attendra son premier enfant !

Quand je pense qu’on se demande encore les bienfaits du peau à peau ça me rend folle. Pour elle comme pour moi, ça a été un véritable médicament, une vraie thérapie. Je ne me sentais bien et utile qu’avec elle. D’ailleurs quand nous sommes rentrés à la maison, elle avait bien saisi que sur maman c’était l’endroit le plus douillet !

Pour terminer mon histoire, qui en réalité ne s’est pas terminée ici, Alice a été réopérée en urgence le 4 juillet 2016, pour ses 4 mois puis le 9 août. Elle a fait une péritonite mêlée à une occlusion intestinale. On est passé cette fois à quelques heures de la mort… Le choc d’une opération en urgence a été tellement brutal. Je n’ai pas la force ni le courage de tout raconter dans ce même témoignage mais je le ferai.

Aujourd’hui Alice est une petite fille joyeuse, pleine de vie, dans les courbes, autonome (un peu trop !), joueuse, câline, le ventre un peu marqué par les opérations mais ça on en reparlera à l’adolescence et inévitablement très proche de sa mère !

« L’amour maternel est le seul bonheur qui dépasse tout ce qu’on espérait. »

Pauline

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