Témoignage de Sabrina

Après une grossesse compliquée j’ai dû être arrêtée à trois mois de grossesse. Et le 23 août 2017 à 19h53, j’ai donné naissance à une petite princesse, cette enfant j’en rêvais depuis des années, je savais qu’elle allait donner un sens à ma vie, qu’elle allait devenir tout pour moi.

« Mes amies, mes proches, ma famille et celle de mon conjoint m’avaient dit que c’était merveilleux, que chaque jour qui passe je l’aimerai un peu plus. Ils m’avaient dit que la grossesse était longue et périlleuse et parfois même fastidieuse et compliquée, ils m’avaient dit que l’accouchement était souvent difficile et qu’il fallait se dépasser, on m’avait dit que nos réactions face à la vie, face à tout ce qui se présente changent du tout au tout, on m’avait dit que les heures qui suivaient l’accouchement étaient riches en émotions fortes, on m’avait dit que la mise en route de l’allaitement était difficile, on m’avait prévenue des nuits blanches, on m’avait prévenue que les bébés ne savent s’exprimer qu’en pleurant et que par moment on se sent démunis. Mais je ne savais pas qu’il était possible d’aimer autant, je ne savais pas que j’allais aimer encore plus mon homme, je ne savais pas que ces deux êtres seraient toute ma vie et que plus rien d’autre qu’eux ne compterait désormais. Je ne savais pas que les pleurs de mon bébé allaient me le faire aimer encore plus, je ne savais pas que voir l’amour débordant dans les yeux de mon conjoint lorsqu’il regarde sa fille allait me faire tant chavirer. Je ne savais pas que je serais désormais si heureuse et ça je le leurs doit à tous les deux, ils sont et resteront ma raison de vivre.» Voici ce que j’ai pensé et écrit sur mes réseaux sociaux le jour de la naissance de notre fille…

Tout ça je l’ai ressenti pendant deux mois, je n’ai vécu que du bonheur bercée par mes hormones et l’adrénaline. Puis au fil des semaines la fatigue physique s’installe, l’allaitement me fait rencontrer des difficultés. La vie reprend son cours, mon conjoint a reprit le travail avec des horaires bien prenants et je me retrouve seule à la maison avec mon bébé à devoir « essayer » de gérer ma personne (je dis bien « essayer » parce que franchement c’est pas tous les jours faisable de garder un minimum de féminité), notre maison (toutes les taches du quotidiens : ménage, courses, rangement, repas, lessives, repassage, etc.). Mais aussi notre fille : allaitement, soins, bains, jouer, éveiller, micro siestes, balade, réveils la nuit pour manger mais pas que, aussi la gestion des pleurs, des coliques, rendez-vous pédiatre, ostéopathe, sage femme, etc.
Et là je me rends compte que malgré ses sourires, notre princesse me demande énormément d’attention et j’apprends par la force des choses que je dois m’oublier, arrêter d’être égoïste et ne plus penser qu’à moi. Oui je n’ai plus le temps de me coiffer, oui je n’ai plus le temps de me maquiller, oui je n’ai plus le temps de m’épiler ou me faire des soins ou même mettre du vernis ou même d’aller chez l’esthéticienne, oui les douches où je prenais mon temps sont parties aux oubliettes, oui faire à manger de bons petits plats c’est mission impossible, oui faire le ménage c’est opération commando, même aller au WC parfois c’est juste compliqué, alors reprendre une activité sportive (ce dont j’avais le plus envie), j’oublie carrément… Je dois désormais tout organiser et toujours m’adapter à notre princesse.

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me sentir seule, non seulement parce que mon conjoint n’était pas là pour m’aider dans les taches du quotidien au vu de ses horaires. Même si je comprenais que le soir, lorsqu’il rentrait de son travail, qu’il ait envie de se reposer un peu, je m’énervais parce que moi aussi j’étais crevée de ma journée et j’avais besoin d’aide et d’un vrai dialogue, ce que je n’avais plus depuis des mois. Il y avait des jours où je me disais : « C’est pas possible j’en peux plus, je ne veux plus, je ne peux plus m’occuper de mon enfant, je n’ai plus la force. ».
Je me sentais aussi seule vis-à-vis de ma vie sociale car même lorsque je sortais avec ma princesse et des amies, j’étais toujours en train de la surveiller ou de la nourrir et donc pas vraiment présente dans les conversations avec les autres. Le pire lorsque je suis devenue maman, c’est que j’étais sure et certaine de savoir ce qui était bon ou non pour mon enfant et je ne voulais pas déléguer quoi que ce soit et essayer de continuer de tout faire comme avant. Sauf que plus rien ne pouvait être comme avant, un petit être sans défense n’avait que moi la journée pour le faire vivre et elle devait devenir ma seule et unique priorité, j’ai eu du mal à l’accepter.

Le jour où ma princesse a commencé à faire ses dents tout en ayant encore des coliques, elle a passé toute une journée à pleurer. Le soir j’étais lessivée alors je suis allée au lit en pensant que le lendemain serait un jour meilleur et qu’une bonne nuit de sommeil me suffirait. Sauf que le lendemain idem, mon bébé n’a fait que de pleurer toute la journée et LÀ, j’ai craqué, je n’ai pensé qu’à une chose pendant des heures : pourquoi ai-je fait cette enfant ? Elle ne m’aime pas, elle ne fait que pleurer alors que je suis épuisée et à bout de nerfs… Comment puis-je en finir ? Puis-je partir et la laisser avec son père ? Non je souffrirais trop, partir définitivement de ce monde est-ce que cela me soulagerait ? J’y ai réfléchi pendant des heures et des heures et en larmes j’ai fini par appeler mon conjoint en lui demandant de rentrer en urgence car sinon j’allais faire une erreur, j’étais épuisée physiquement mais aussi mentalement. Tout ce que j’avais à faire à la maison, ou m’occuper de ma fille, ou m’occuper un peu de moi, tout ça tournait, tournait dans ma tête en boucle. Le lendemain j’en ai parlé avec ma sage-femme qui m’a parlé de la dépression de la femme qui se révèle parfois bien avant d’être enceinte mais aussi et le plus souvent post-partum car on est plus qu’employée, femme, ou femme de, on est aussi maman et cela est un énorme changement et c’est très dur mentalement, ma sage-femme m’a donc conseillé d’écrire tout ce que je ressentais tous les soirs.

Sauf que je n’arrivais pas à garder tout cela pour moi, c’était trop lourd, j’avais besoin de conseils et d’aide et je n’arrivais pas à tout dire à mon conjoint. J’ai alors contacté une amie qui est aussi maman, je lui parlais déjà beaucoup depuis des années et elle a été très présente pendant ma grossesse, elle a toujours été là, tous les jours même à distance (merci les réseaux sociaux) dans les évènements de ma vie de maman, cette femme, cette maman n’imagine même pas à quelle point elle m’a aidée et peut-être sauvé ma vie depuis qu’elle m’a tendu cette main, cette oreille, en me lisant et m’épaulant chaque jour. Au fur et à mesure, grâce à elle, j’ai réussi à m’organiser, à retrouver confiance en moi, j’ai aussi compris qu’être maman ce n’est pas toujours évident mais que ça nous rend plus fort. C’est aussi énormément de temps et d’organisation, ma princesse a aussi grandi et commence à jouer et s’occuper un peu toute seule et me demande aussi moins les bras, ce qui m’a permit de souffler un peu et d’apprendre à m’organiser autrement…

À toutes ces femmes, ces mamans à bout, qui n’en peuvent plus et qui se tourmentent, s’il vous plait ce n’est une honte, parlez-en, il faut se faire aider, on ne sort pas seule de cette situation. La dépression post-partum est vraiment lourde à gérer pour vous, mais aussi pour votre bébé qui est une éponge (j’en paie encore les conséquences avec ma fille qui a beaucoup de mal à se détacher de moi car elle doit certainement avoir peur que je l’abandonne), mais c’est aussi compliqué pour votre conjoint qui vous voit ainsi et n’arrive pas à vous aider. Je voulais préciser aussi que chaque bébé est différent, nous nous avons une princesse qui ne faisait pas de siestes (ou des micros siestes donc pour s’organiser tout était très compliqué) et qui ne faisait pas non plus ses nuits. Mais je vous rassure au fur et à mesure des mois votre bébé prend son rythme et tout rentre dans l’ordre, vous retrouver un peu de temps pour vous.

Sabrina Drouvin

sabrina.drouvin@gmail.com