Témoignage de Julie

Je m’appelle Julie, j’avais 30 ans quand je suis devenue maman pour la première fois.
Ce qu’on m’a dit avant de devenir maman ?
Il y a eu le discours guimauve (qui à se vouloir bienveillant est un ramassis d’absurdités culpabilisantes) : « Tu vas voir ça va être formidable, ton enfant sera ta chaire, toi seule le comprendra, n’écoute personne d’autre que ton instinct… C’est toi la maman… Être maman c’est un lien magique, tout est inné car on a ça en nous, nous les femmes… »
Et puis j’ai eu le discours cynique : « Ah t’es enceinte ! Bah Bon courage ! Ta vie est finie ! Repose toi maintenant car après tu ne pourras plus !!! Les enfants c’est bien mais chez les autres hein, haha !!! » (Rire gras)

Du coup, dans toute cette palette, tu essaies de prendre le meilleur… Et puis arrive le jour où tout ça n’est plus de la théorie ou du discours rapporté mais de la pratique !
Je suis rentrée de la maternité avec un enfant qui était le mien… Mais dans ma tête, j’avais du mal à me dire que c’était le mien ! Je me le suis répétée plusieurs fois intérieurement pendant un moment… C’est LE MIEN ! C’était essentiel de le comprendre car cela implique ta responsabilité. Et ça bizarrement, je l’avais bien saisi. Je me suis donc mis une pression de malade ! A manger debout le midi tellement je stressais, le moindre bruit pendant sa sieste me donnait des vertiges et puis tout devait être fait… Appartement ok, linge ok, bébé ok, repas ok.

Et maman ? Maman…
Je ne me suis pas sentie maman de suite. Moi, dans un premier temps, je me suis sentie prisonnière. Prisonnière d’un appartement, d’une ville où je ne connaissais personne, de mon corps qui avait pris une claque après la grossesse, prisonnière de l’attente… L’attente d’une amélioration, l’attente de ma femme qui rentre de son travail, l’attente de plus de preuves… Qu’on me donne des preuves… Les preuves que tout va s’arranger.
Les médecins et spécialistes appellent ça dépression post-partum.

Ils n’y connaissent rien… En réalité ça s’appelle une putain de descente en enfer ! En plus de me sentir moche, et inintéressante, je me sentais seule… Un mélange détonnant qui ne favorise pas la confiance en soi je vous l’accorde. Le pire pour moi a été de me sentir inintéressante… Ma femme me racontait ses histoires de travail, ses collègues… Moi je n’avais plus rien à raconter. De mon point de vue, je disparaissais. Disparaitre mais toujours garder le paraître ce qui est un paradoxe merveilleux. Être mal mais ne pas montrer aux autres que tu es mal… Car être une jeune maman et être malheureuse c’est terrible pour l’enfant aux yeux des autres mais pas forcément pour la maman…

Tant de gens veulent des enfants et toi tu en as un et tu n’es toujours pas heureuse !! Je pense qu’il faut abattre ces foutaises qui disent aux jeunes mamans que tout est merveilleux et inné ou à contrario que tout va être galère et fatigue… J’ai appris que ça n’allait pas être simple. J’ai appris que tout n’allait pas être compliqué non plus. Je me suis inscrite sur moult forums… Parlant de parentalité, de dépression post-partum, de clubs de mamans via internet…

J’ai rencontré deux mamans qui se sont révélées être aux antipodes de ma personnalité. J’ai opté pour une autre marche de manœuvre… Ne pas me chercher d’amies MAIS devenir ma propre amie. En acceptant le quotidien et en apprivoisant mon fils qui, peu à peu grandissait, je me suis sortie petit à petit de ce marasme mental dans lequel je m’étais moi même enfermée.
Ouvrir la porte. Voilà ce que j’ai fais. J’avais un fils grognon et impatient. Car à force de vouloir être parfaite je l’ai rendu, LUI, exigeant.
En devenant maman, nous n’avons pas besoin d’exigence mais d’indulgence.

« Si tu dois attendre trois minutes pour ta purée de potiron tu attendras mon gars ! »
« Tes parents peuvent prendre le petit aujourd’hui ? Allez paf Netflix toute la journée pour maman ! » Ce n’est pas évident à faire au début, car la culpabilité est un fidèle ennemi.
La première journée où mon fils était chez mes beaux-parents, j’ai fait le ménage une bonne partie de la journée…
J’ai parfois encore du mal à lâcher prise… J’apprends tous les jours. Je pense m’améliorer.

Je m’appelle Julie, j’ai 33 ans dans quelques jours. Mon fils a bientôt trois ans. J’ai fait une dépression post-partum car la perfection était mon objectif.
Aujourd’hui l’amour est mon unique leitmotiv.

Julie

https://mamanmouki.wordpress.com/