Témoignage de Charlotte

C’est vrai c’est cliché, ou peut-être que l’immigration fait en sorte que l’on s’attache rapidement aux gens que l’on rencontre, comme une ancre, un point d’attache solide et parfait.
Ou peut-être étions nous simplement fait l’un pour l’autre, mais la seule chose à retenir là-dedans c’est qu’à la seconde où je l’ai rencontré j’ai tout de suite eu envie d’avoir des enfants avec lui, un coup de poing dans la face.
En 2014, nous avons déménagé pour la Colombie Britannique, un paradis : l’océan, la faune, la flore et tout ça au pied de notre maison.
Qui ne voudrait pas fonder une famille dans un cadre aussi parfait que celui-ci ? J’ai arrêté la pilule fin mars et mi-Avril j’étais enceinte, sans farce, fertile tu dis ?!
Un mélange de joie, d’angoisse, de peur de l’inconnu et d’euphorie plus tard quand nous avions notre première échographie et c’était réel : un enfant grandissait en moi.

 Et c’est là que ça a commencé. Ça s’est immiscé doucement mais durablement dans nos vies : les nuits blanches, l’angoisse, les pleurs, la peur, je n’arrivais pas à me défaire de mes doutes et de mon anxiété. Au début j’avoue avoir mis mes peines et angoisses sur le dos des hormones, elles ont le dos large, elles sont capables d’en prendre ! Mon bébé et mes phobies grandissaient, j’avais juste le sentiment de ne plus être moi – même et médecins, sages-femmes, famille, personne ne comprenait réellement ce qui était en train de se passer…
Puis avec le recul je me rends compte que je n’en ai pas vraiment parlé nous plus, je pense que j’avais honte de ressentir tout ça, après tout, on l’avait tellement voulu cet enfant, pour qui je me prenais pour ressentir autant de malaises psychologiques alors qu’il y a autant de gens qui rêveraient d’être à ma place, de tomber enceinte aussi rapidement et dans d’aussi bonnes conditions, et j’avais le culot de pleurer ?!

Donc nous nous sommes débattus, vraiment fort, vraiment seuls aussi, (nous n’avions pas vraiment d’amis à Powell River et nos familles sont en France) jusqu’à ce que nous retournions à Montréal, l’homme aillant une super offre de retour à son ancien job.
La fin de la grossesse s’est plutôt bien passée, nous avons retrouvé nos amis, construit notre petit nid, doucement.

 Et Louis est venu au monde un très froid soir de Janvier. Pertes des eaux à la maison, accouchement idéal, en moins de cinq heures il était dans mes bras. Je regardais mon amoureux, pleurer de joie, transit d’émotions, les yeux pleins d’étoiles devant la nouvelle petite vie que je venais de mettre au monde.
Encore aujourd’hui j’ai beaucoup de mal à écrire ses lignes, ça me fait mal en dedans, à assumer le fait que je n’ai pas versé une larme. Je n’ai rien ressentis. À part mon corps endolori.

J’étais triste, sans savoir pourquoi, je me sentais coupable et si malheureuse. Les jours qui ont suivi la naissance de notre fils, j’ai essayé tellement fort de ressentir ce dont tout le monde parle, l’amour immédiat et sans fin, je l’attendais ma grande histoire d’amour…
Deux semaines après la naissance de notre fils, l’homme est retourné au travail et je me suis sentie totalement perdue, j’ai pleuré toute la journée en attendant qu’il revienne. Un sentiment de vide et de détresse profonde. Comme si je n’étais plus maître de rien, j’avais l’impression que le monde s’écroulait sous mes pieds, et ça a duré comme ça, une journée en succédant une autre, avec pour seul sentiment une profonde tristesse.

Ce que je trouve le plus triste dans la dépression post-partum c’est la pression que nous nous mettons sur les épaules. J’avais l’impression d’être un monstre, comment ne pas aimer ce petit être si beau, si fragile, tout droit sorti de mes entrailles, une partie de moi que je tenais dans mes bras et la seule chose à laquelle je pensais la plupart du temps, c’est que je n’y arriverais jamais. Que l’homme s’en sortirait bien mieux sans moi. Que je n’étais pas digne de ces deux-là.
Aujourd’hui je peux le dire, j’ai souvent eu envie de disparaître.

Je vous passe les détails des hôpitaux, des visites chez le psychiatre, du début de la prise des antidépresseurs, du jugement (il y aurait bien trop à dire), de l’isolement, de l’éloignement de beaucoup de nos amis.

Je connais la dépression, surtout quand il s’agit de la dépression post-partum, ça fait peur. Je ne blâme personne, j’aurais peut-être fait la même chose… La naissance d’un enfant est quelque chose de tellement beau, être face à une maman écroulée psychologiquement et physiquement c’est difficile à voir, alors imaginez ça de l’intérieur.
La seule chose que je veux retenir de ça, c’est l’amour infini et la patience de mon amoureux. Il a porté notre famille à bout de bras pendant six mois, le temps que je me relève et encore après quand mon fils et moi avons appris à nous connaitre. Il ne m’a jamais jugé et mieux que ça, nous avons vaincu ça main dans la main, ENSEMBLE. C’est ensemble que nous sommes devenus une famille et je ne l’échangerais pour rien au monde. Tranquillement nous avons trouvé notre équilibre, les quelques amis présents pendant cette période sont restés, le tri se faisant tranquillement.

 Mon petit amour à maintenant trois ans et cela va faire six mois que je ne prends plus de médication. Je suis encore fragile par moment et je garde des séquelles de tout ça, comme un diagnostic d’anxiété généralisé et de l’hypersensibilité, mais je travaille fort à trouver le positif là-dedans.
J’aime notre famille, j’aime notre histoire. J’aime la bulle protectrice que nous nous sommes créés.
Mon garçon est la plus belle chose qui me soit arrivée, avec lui je suis devenue une maman, peut-être pas celle que j’aurais rêvé d’être mais c’est celle que je suis et dans ses yeux pleins d’amour et ses rires la seule chose que je ressens c’est qu’on s’aime et que c’est parfait comme ça.

Charlotte