Témoignage Anonyme

Le baby blues… Cette expression que l’on connaît de loin, dont personne ne te parle, ni ta gynécologue, ni les sages-femmes…
Je ne sais pas pourquoi, mais ayant été une femme enceinte très stressée, je m’attendais à vivre ces deux ou trois petits jours d’émotions entremêlées…
Seulement voilà, chez moi, le baby blues a duré presque cinq mois… C’est ce que l’on appelle la dépression post-partum, beaucoup moins glamour comme terme…

Après neuf mois d’une grossesse relativement facile jusque là, ma gynécologue décide de me provoquer suite à de l’hypertension. Nous voilà donc à 39SA + 4, il est 7h du matin et je suis terrifiée… Mon col est ouvert à 3cm depuis trois jours, on décide donc de me perfuser pour accélérer le travail. Aucune douleur, aucune contraction, encore et toujours cette angoisse de souffrir, de ne pas gérer la douleur, mais très pressée de découvrir cet Amour qui vit en moi depuis neuf mois. Un mélange de sentiments contradictoires…
Il est 12h, la situation n’a pas bougé, ma gynécologue décide de me percer la poche des eaux et me prévient que le travail ne risque pas d’être terminé de si tôt.
16h, on m’annonce que si je veux la péridurale, c’est maintenant ou jamais, l’anesthésiste est sur le point de quitter l’hôpital… On m’installe, je ne parviens pas à me détendre et le docteur a du mal à me piquer, après 30min, la péridurale est placée, ouf, une étape de plus de passée ! On se revoit dans 1h, d’après la sage-femme… Seulement voilà, 5min après la péridurale, ma tension baisse d’un coup, je me sens partir, je suis blanche, j’ai des sueurs…
Nous décidons d’appeler la sage-femme et là, je ne comprends plus trop, une, deux, trois sages-femmes arrivent, ma gynécologue les suit. Elles sont à six autour de moi, je regarde au monitoring, le cœur de mon bébé décélère… Mon pauvre bébé… Il peine à reprendre son souffle, lui qui est habitué à une tension élevée… Après quelques minutes, qui paraissent des heures, il revient à lui. Ma gynécologue m’installe et décide de césariser en urgence…
20min après, notre tout petit, notre garçon tant attendu venait au monde…

Je l’ai entendu de loin, ce cri magnifique, le premier son merveilleux sorti de la bouche de mon bébé, et j’ai cru que mon cœur allait exploser. Je l’ai vu dix secondes et l’ai trouvé magnifique, mon bébé tout rose et propre (merci la césarienne).
1h30 plus tard, me voilà rentrée dans ma chambre absolument groggy et tellement fatiguée. J’avoue que lorsque l’on me l’a posé dans les bras, je n’ai pas réalisé que mon fils était né…

Je n’ai pas vécu la césarienne comme un échec, mais j’ai été vraiment surprise de la douleur que je ressentirais le lendemain. Émotionnellement, je n’arrivais pas à me réjouir, j’étais un peu amorphe et vraiment fatiguée. Les jours passent, à la maternité nous avons énormément de visites, papa s’occupe à merveille de notre chéri et moi… Moi… Et bien, à vrai dire, j’avais l’impression de ne servir à rien… Je venais de mettre au monde un bébé, et je me sentais vide et inutile… Aussi contradictoire que ça puisse paraître… Et ce sentiment est resté en moi pendant des mois…

Les premiers soins, premières couches, premiers bains, ont été donnés par papa et de mon lit, je me sentais passive. À la sortie de la maternité, nous sommes rentrés chez nous, et la douleur physique m’empêchait de m’occuper de mon bébé comme je le voulais. Je me souviens avoir souhaité aller promener le chien avec la poussette et cette sortie a été traumatisante… Marcher cinq minutes me faisait atrocement mal… Je suis rentrée triste et me sentant tellement faible…

Je pleurais de douleur, de bonheur dès que je posais les yeux sur ce bébé magnifique que nous avions conçu, de tristesse de ne pas pouvoir m’en occuper comme je le voulais, de fatigue car impossible pour moi de dormir réellement… J’ai pleuré presque tous les jours pendant des mois. Mon fils était un bébé très nerveux et angoissé, il a énormément pleuré ses premiers mois de vie (coïncidence ? Je ne pense pas), il a eu énormément de soucis de coliques et plus il pleurait, plus je me sentais impuissante… Il ne voulait QUE les bras, impossible pour nous de nous relaxer, de manger, nettoyer la maison, et ne parlons pas des sorties…
Moi qui pensais avoir un bébé calme et serein, je me suis retrouvée avec un bébé stressé et qui pleurait presque toute la journée. C’est tellement difficile en y repensant, j’ai dû faire le « deuil » de ce bébé imaginé pendant toute ma grossesse…
Je me suis sentie comme emprisonnée par ce bébé aux besoins intenses, sans pouvoir avoir une minute à moi… Les bébés de mes amies, eux, ils dormaient la plupart du temps, pourquoi le mien n’en faisait pas autant ? Était-ce de ma faute? Que faisais-je de mal ? Je n’arrivais pas à combler ses besoins, j’avais constamment l’impression que mon bébé n’était jamais satisfait… Et ça me rongeait de l’intérieur.

À l’inverse des autres mamans, j’avais hâte que mon bébé grandisse et que les trois mois soient enfin passés et que les coliques cessent. En y repensant, je regrette car les premiers mois de vie ne se rattrapent jamais et mon tout petit bébé a déjà tellement grandi….
Quelle claque, quel bouleversement, quel amour que d’être maman. Personne ne m’avait prévenue de ce choc émotionnel tellement intense. Personne. Je n’étais pas préparée à ça…  Je me sentais dépassée en permanence, le ménage, les courses, les biberons, les changes, le bain, les heures d’endormissement interminables…

Mon amoureux a été d’un secours énorme, il a été d’une patience d’ange. Entre mon fils et moi, il a tout supporté. Mes crises de nerfs, mon mal-être physique, le manque de sommeil (car oui, mon fils n’a jamais aimé dormir, il ne fait pas beaucoup de siestes et les nuits sont toujours difficiles), les pleurs interminables…
Je ne l’en remercierai jamais assez et l’aime encore plus depuis cette « crise » que nous avons surmontée… Mes proches ont également été très présents, j’ai toujours appelé à l’aide quand ça n’allait pas et réellement, cela a joué un rôle dans ma « guérison ».

Aujourd’hui, mon petit coeur a onze mois, et cette page de ma vie est toujours très présente, je n’accepte pas avoir souffert de cette dépression au moment où mon enfant avait le plus besoin de moi. J’aurais dû être patiente, heureuse et totalement centrée sur mon bébé. Ça n’a pas été le cas et ce sera pour moi une deuxième cicatrice à porter toute ma vie, plus douloureuse que celle de ma césarienne…

Je vous rassure, aujourd’hui, tout va pour le mieux. Depuis ma reprise du travail, j’ai appris à profiter de mon bébé et à relativiser les choses. Mon fils est un enfant plein de vie, très tactile, qui évolue rapidement et qui a toujours énormément besoin d’attention et de présence (bébé césarienne parait-il). Parfois, c’est encore difficile, je doute énormément de ma capacité à être mère, je doute de mon instinct, j’ai souvent l’impression de ne pas être à la hauteur et je voudrais être plus patiente. Mais n’est-ce pas ça être mère, toujours vouloir s’améliorer, se rapprocher de la perfection, se remettre en question en permanence ?

Mon fils aura bientôt un an, un an du rôle le plus difficile de ma vie, un an et je revis ces moments comme s’ils dataient d’hier… Un an d’amour démesuré, de doutes et de difficultés et vous savez, si c’était à revivre demain, je le referais sans hésiter…