Témoignage Anonyme

J’ai toujours été de nature plutôt anxieuse mais bizarrement avant d’essayer d’avoir un bébé je n’avais jamais pensé à la grossesse ou à maternité comme quelque chose d’anxiogène. C’est donc très optimiste et pas inquiète pour un sous que je me suis lancée dans le projet bébé ! On eu beaucoup de chance puisque je suis tombée enceinte dès le premier cycle ! Malheureusement on a vite déchanté puisque j’ai rapidement compris que quelque chose n’allait pas : en fait je faisais une grossesse extra-utérine (GEU). J’ai donc dû être opérée et attendre trois cycles avant d’essayer de nouveau. C’est là que les angoisses ont commencées !

Encore une fois, on a eu beaucoup de chance puisque dès le premier cycle d’essai j’apprenais que j’étais de nouveau enceinte. Mais cette fois-ci je n’étais pas sereine du tout et la peur de perdre ce bébé était permanente d’autant plus que j’ai eu des saignements pendant les cinq premiers mois de cette grossesse, entraînant des arrêts de travail et donc beaucoup de temps pour m’imaginer les pires scénarios. C’est donc une grossesse très stressée que j’ai vécu – persuadée que la venue au monde de ma puce ferait disparaître cette angoisse permanente de la perdre.

La naissance de ma fille a été compliquée : j’ai su qu’un bébé était décédé dans la salle d’à côté alors que j’étais en plein travail et juste après la naissance de ma fille j’ai fait une hémorragie menant à faire sortir mon mari et ma fille de la salle et à une séparation de 7h avec ma fille – le temps que l’on s’occupe de moi et que je reste en observation.

Après sa naissance, j’étais sur un nuage pendant quelques jours, mais très vite je me suis sentie très mélancolique, le cœur noué, sans savoir vraiment pourquoi. J’étais folle d’amour pour ma fille, mais quelque chose n’allait pas. De retour à la maison, mon mari ne pouvait prendre que quelques jours puisqu’il venait de commencer un nouveau travail. Dès qu’il a recommencé à travailler, je me suis sentie très seule : comme l’impression d’être isolée dans ma bulle alors que le reste du monde continuait à vivre « normalement ». En plus, ma fille avait des coliques et du reflux donc pleurait beaucoup et dormait peu augmentant mon mal-être : je me demandais sans arrêt si elle n’avait pas un problème de santé que je n’avais pas identifié et si quelque chose de grave n’allait pas lui arriver. J’étais aussi habitée par une sorte de culpabilité : l’impression que je devrais être la plus heureuse des mères mais que je n’arrivais pas à profiter de ces moments magiques qui étaient en train de m’échapper.
Le temps passait, ma fille grandissait et je l’aimais d’un amour inconditionnel mais chaque jour je pleurais. Je rencontrais aussi un problème de sevrage puisque ma fille refusait le biberon. C’était d’autant plus difficile pour moi que j’avais perdu beaucoup de poids depuis ma grossesse (je suis un moment passée à -5kg du poids que je faisais avant ma grossesse).

J’avais consulté une psychologue un mois et demi après la naissance mais avais eu un très mauvais feeling avec elle : elle m’avait dit exactement tout ce que je ne voulais pas entendre et elle avait pour moi répondu à tous les clichés que je m’étais fait d’une consultation avec un psychologue, me parlant notamment de mon rapport à ma propre mère et je ne me retrouvais donc pas du tout dans tout ce qu’elle me disait. J’ai donc décidé d’arrêter de la voir. C’est seulement aux sept mois de ma fille que j’ai décidé de vraiment prendre les choses en main et que j’ai consulté un nouveau psychologue et un psychiatre.
C’est à ce moment-là que le diagnostique a été posé : je faisais une dépression ! Le psychiatre m’a demandé si j’acceptais de ne pas être mise sous traitement et de voir un psychologue deux fois par semaine puisqu’il estimait que j’étais en train de réussir à me sortir seule de mon état dépressif. C’est donc ce que j’ai fait. J’ai vu un psychologue deux fois par semaine pendant environ trois mois puis une fois toutes les deux semaines pendant six mois supplémentaires. Petit à petit j’ai identifié les raisons qui m’ont menées à cet état ainsi que mes faiblesses ce qui m’a permis de mieux accepter ce qui m’arrivait et à mieux vivre avec mes démons. Petit à petit, j’ai arrêté de pleurer quotidiennement et j’ai commencé à vivre pleinement des moments de joie avec ma fille sans avoir le cœur serré. Et ma fille a également l’air plus heureuse et plus sereine !

Aujourd’hui je suis maman d’une deuxième petite fille. Pendant ma deuxième grossesse j’ai été suivie par la psychologue de ma maternité à ma demande ce qui m’a permis de vivre une grossesse beaucoup plus sereine et apaisée. Ma deuxième puce n’a que deux semaines mais je suis très vigilante à mon état psychologique et à la moindre alerte je n’hésiterais pas à consulter de nouveau. S’il y a bien quelque chose que cette histoire m’a enseignée c’est que s’occuper de soi c’est aussi s’occuper de ses enfants donc oui mes filles sont une priorité mais je ne dois pas m’oublier non plus ! Si je suis heureuse, elles auront toutes les raisons de l’être aussi !