Témoignage Anonyme

Avant tout, je dois dire que j’ai eu une grossesse exemplaire : aucun souci de santé, pas de stress, plutôt un sentiment de plénitude qui régnait, les hormones du bien-être sans doute. Lorsque j’ai accouché, c’était pareil. J’ai apprécié ce moment magique, la rencontre tant attendue avec mon bébé. Je l’ai aimé dès son premier souffle, dès le premier regard ; je n’oublierai jamais ce sentiment.

Malheureusement, les jours qui ont suivi ont été moins évidents. Dès le lendemain, j’ai ressenti les effets du baby-blues, la chute des hormones, les larmes incontrôlables, et puis la peur de ne pas y arriver. Ce sentiment n’a d’abord duré que quelques jours.
Une fois rentrée à la maison, passés quelques jours, je me sentais mieux. Je donnais tout l’amour que j’avais à offrir à mon enfant. Je savourais chaque moment passé ensemble, malgré la fatigue, malgré les questions qui me taraudaient.
Mais un autre sentiment sous-jacent a commencé à faire surface : devoir être une mère parfaite. Je m’étais auto-imposée cette injonction. Je refusais de laisser pleurer mon bébé même quelques secondes, je le portais autant que nécessaire, voire plus. Ma fille souffrait de RGO, donc elle ne supportait pas la position allongée. Les siestes, c’était sur moi, sur le canapé. Je ne sortais que très peu et toujours avec bébé.
J’ai commencé insidieusement à me couper de mes amis. Les conversations ne m’intéressaient plus, tout ce qui comptait c’était l’amour pour mon bébé et son bien-être. Je ne parlais de rien d’autre avec mon mari. Le bébé était au cœur de notre vie. Avec la fatigue accumulée, comme toute maman (et avec la pression que je m’infligeais), ces injonctions de vouloir être une mère parfaite se sont transformées en angoisse, en peur. Peur de ne pas y arriver, de ne pas faire assez bien, peur de reproduire des schémas négatifs de mon enfance, peur de transmettre des défauts, mes propres peurs, peur que cet enfant devienne le reflet de moi-même, car oui, je souffrais et souffre encore d’une faible estime de moi-même…

Là où tout a commencé à devenir trouble, où j’ai commencé à ressentir les véritables premiers signes de la dépression post-partum, c’est lorsque j’ai expérimenté les vraies crises d’angoisse… Ces attaques de panique étaient effrayantes et violentes avec des manifestations physiques : difficulté à respirer, tremblements, vomissements, maux de tête, etc. Et puis des pensées violentes, tristes, effrayantes ont commencé à faire leur apparition : je m’imaginais, je me voyais faire du mal à mon enfant ou à moi-même. Ces pensées, on les appelle dans le jargon médical, les « phobies d’impulsion » : ce sont des pensées obsessionnelles qui provoquent des ruminations extrêmement douloureuses et qui pourtant ne sont quasiment jamais suivies par un passage à l’acte. J’ai été hospitalisée une nuit et on m’a laissée repartir chez moi.
Pourtant, je ressentais un sentiment de culpabilité de plus en plus fort, avec toujours cette peur aussi forte de mal faire, de ne pas y arriver, et puis une envie de rien. Une sorte de dépersonnalisation, je n’existais plus. Seul mon bébé et mon rôle de mère avait de l’importance, et pourtant c’est lui qui m’angoissait. Je me suis coupée du reste du monde. J’étais isolée, seule, personne ne pouvait me comprendre, je me sentais empêtrée dans les crises d’angoisse qui revenaient de façon incessante et toujours plus douloureuses.

J’ai finalement, après un épuisement total, été hospitalisée dans une clinique psychiatrique. Oui, moi la petite jeune fille toujours parfaite, bonne école, qui aime faire rire les gens, toujours de bonne humeur… Je pensais que ça n’arrivait qu’aux autres. Grosse erreur.

Aujourd’hui, je vais mieux. Je trouve toujours de crise d’angoisse, mais elles sont moins nombreuses. Je retrouve plus ou moins l’envie et ai confiance en mes capacités de maman. Le conseil que je pourrais donner aux autres mères est de ne surtout pas se laisser enfermer dans la solitude. Ma dépression post-partum a été diagnostiquée tardivement. Ma fille a aujourd’hui trois ans et je souffre toujours de certains symptômes. Il ne faut pas hésiter à en parler à des professionnels, et vite au risque de sombrer dans ce mal qui n’est bon ni pour une mère, ni pour son enfant.