Témoignage de Maryon

Nous sommes le 30 Mai 2016, je suis enceinte de 23 semaines d’aménorrhées, aujourd’hui j’ai mon rendez-vous pour la T2. Je me rends chez un échographiste, je précise en arrivant à l’accueil que depuis quelques jours j’ai le ventre dur, souvent en soirée. Elle m’invite à patienter, en y repensant, je peux le décrire comme une arbalète, avec la corde qui ne faisait que se tendre plus les quarts d’heures passaient.

1H30 de retard, rien d’anormal jusqu’ici, je rentre dans la salle pour être auscultée, j’explique comme à mon arrivée que depuis quelques jours j’ai le ventre qui durcit.
Je m’installe, l’échographie qui n’a duré qu’une minute, son visage se ferme, il me tient la main, le verdict tombe: «  Vous avez le col ouvert presque à 4, ce sont des contractions de travail que vous avez, vous allez accoucher, il faut que vous partiez le plus rapidement possible vers la clinique la plus proche. » Elle était là, la flèche de l’arbalète, nous l’avons prise en plein cœur.
Il termine la consultation pour vérifier qu’il n’y ai pas d’anomalies ou un problème avec mon placenta, sur ce point là tout va bien, c’est mon col apparemment il serait « béant ».

Le trajet m’a semblé durer une éternité alors que la clinique la plus proche était à 5 minutes, durant ce trajet je comprends, que notre belle histoire que l’on était en train de s’imaginer aller prendre fin, je ne sentais rien, je n’avais aucune douleur, nous ne comprenons pas ce qui a pu se passer.
Quand nous sommes arrivés en salle d’accouchement, je suis réexaminée par la gynécologue de garde qui confirme que je suis presque à 5, que la poche des eaux est bombante, je ne comprends rien du tout à ce qu’elle me dit, ou alors je n’en ai pas envie ?

La sage-femme bienveillante, m’explique le protocole pour stopper les contractions, je vais devoir prendre des comprimés toutes les 20 minutes (ADALATE) pour les arrêter.
Cela fonctionne, mes contractions se dissipent peu à peu, un petit espoir, mais à l’examen du touché vaginal, on me dit que mon col s’ouvre encore et que la poche descend de plus en plus.
Je demande à mon mari de sortir de la pièce, pour m’entretenir avec la sage-femme, j’ai eu envie de ne parler qu’avec elle, car je voyais encore de l’espoir dans les yeux de mon mari, sauf que j’avais très bien compris… « On a fait le protocole mais je vais devoir accoucher aujourd’hui ou dans la nuit. » Elle me le confirme, je lui demande donc de l’expliquer encore une fois à mon mari, car je savais très bien que si je lui disais, il n’entendrait rien.

Par la suite on me prépare, l’anesthésiste me pose quelques questions, je vais connaître cette légendaire péridurale, qu’il va tenter par trois fois de me poser, en étant seule face à deux sage-femme, je suis en panique, je tremble, je suis gelée, mais qu’est il en train de se passer ? Mon mari loin de moi, dans un couloir à attendre.
Justement cette attente sans fin, dans cette salle où nous sommes seuls avec horloge et ces heures en rouge qui défilent, avec le monitoring posé sur mon ventre, ainsi qu’une belle phrase dite par l’auxiliaire : « On vous le pose simplement pour les contactions, vous n’entendrez pas son cœur. »

Nous attendons, au bout de douze heures interminables, mon mari dort à même le sol en me tenant la main et moi je regarde les heures défiler, jusqu’à ce que je sente cette envie de pousser, en quelques secondes mon fils d’à peine 500g et 28cm nait, nous sommes le 31 Mai 2016, il est 2h00 du matin.
À cet instant précis, le temps s’est arrêté, une partie de moi même est parti avec lui, je suis vide de tout, je deviens spectatrice de ma propre vie. L’auxiliaire tente pendant plusieurs minutes de faire sortir le placenta en appuyant sur mon ventre, je reste face à mon mari lui tenant la main, les larmes n’arrêtent pas de couleur sur mes joues, en lui demandant pardon, il n’y a que ces mots que j’arrive à prononcer.
Nous remontons à 4h30 du matin dans la chambre, dans le service de maternité, un sandwich en guise de repas, comme fond sonore les pleurs de ces bébés nés à terme, je ne dors pas, je reste assise sur ce lit, à regarder mon ventre déjà un peu arrondi, mais Maxence n’est plus là.

Par la suite tout le monde nous est tombé dessus, gynécologue, psychologue, sage-femme, chef de service, pédiatre, légiste… Même pas 24h et on devait déjà reprendre le train en marche, pour que tout soit en règle, nous avons foncé, pour tout faire dans les temps, pour Maxence.
Pour cette étape-là, j’étais comme entraînée par le mouvement, je faisais ce qu’on me disait de faire, sans me poser de questions, mais puisqu’il fallait le faire nous l’avons fait. La déclaration de naissance car Maxence est né vivant, sauf qu’en France il n’y a pas de réanimation avant 24 SA (mais quels sont les riques pour une bébé qui naît aussi tôt ?). Puis la déclaration de décès, nous avons eu un livret de famille. Sans en être une vraiment, arrivés à trois puis repartir à deux d’une maternité, il n’y a aucune logique.
Pour les obsèques, c’était le même schéma, je n’ai pu m’occuper de rien, mon mari a tout géré, nous étions simplement nous deux pour l’accompagner, c’était le 3 juin 2016, et le seul souvenir que j’en ai c’est que j’ai eu envie de vomir toute la journée, j’étais littéralement épuisée, mon corps était hors de mon contrôle.

Les mois ont passé, mais ni le temps, ni les mots, ni les séances chez le psy m’ont guérie. Ce qui m’a aidé c’est de croire en moi, en mon mari, qu’on puisse avoir notre revanche, vaincre cette béance. Une année s’était presque écoulée et il faut le savoir, quand on perd un enfant, tout le monde se demande quand est-ce que l’on va en avoir un autre, comme si on allait changer de voiture, parce que l’autre est foutue. Nous avions décidé de laisser faire la nature, en décembre 2016, j’ai fait une fausse couche, ça a été l’élément déclencheur et j’ai décidé de changer de gynécologue.

Celui qui me suivait, me disait que tout allait très bien, qu’il fallait attendre et laisser faire la nature que c’était dans la tête, que j’avais certes fais une fausse couche, sauf que si je ne passais pas mon temps à faire des tests de grossesse je l’aurais peut être jamais su. Il m’a aussi dit que j’avais simplement des kystes aux ovaires mais rien d’alarmant, que la raison de mon accouchement prématuré était certainement dû à une béance du col. À confirmer lors de ma prochaine grossesse, l’autopsie de Maxence n’a rien donné de grave donc ça venait forcément de moi. Puisque j’étais en bonne santé, pourquoi je ne retombais pas enceinte ? Pourquoi avais-je des cycles allant jusqu’à 68 jours ?!

J’ai alors rencontré DIEU (mon nouveau gynécologue) qui en un seul rendez-vous m’a diagnostiquée OMPK (Ovaires MicroPolyKystiques) j’avais plus de 20 mini kystes aux ovaires ce qui expliquait mes cycles interminables, une vaginose (bactérie au niveau de flore qui retarde la fécondation) ainsi qu’une béance du col confirmée par échographie en 3D.
Il m’a prescrit un traitement pour la vaginose, et 15 jours après j’étais enceinte, soit le 8 Mai 2017. Beaucoup de questions, mais beaucoup de réponses heureusement, car il faut le savoir avec la béance du col, j’ai vécu une grossesse alitée partiellement, j’ai du subir une intervention à 13 S. pour la pose du cerclage (on ferme le col artificiellement pour limiter les risques d’accouchement prématuré) puis on me l’a retiré à 36 SA. J’ai passé ma grossesse avec le col entre 25 et 15mm, des contrôles toutes les trois semaines, mon fils lui se portait à merveille, c’était mon col qu’il fallait surveiller. J’ai finalement accouché à 37+3 par déclenchement.

Nous avons donc eu notre arc-en-ciel, après la tempête, il y a 16 mois, il est en pleine forme, il nous comble d’amour. Nous ne cachons pas nos angoisses, ni nos peurs face à nos proches qui eux ont bien souvent la mémoire courte. 

Ce 31 Mai 2016 mon insouciance s’est envolée avec Maxence, il est ma plus grande force car il m’a montré le chemin de la vie, qu’il fallait se battre sans relâche pour ceux que l’on aime et surtout continuer d’avancer. Pour la grossesse d’Alexis ma seule inquiétude était de savoir si j’allais accoucher à terme, si le cerclage tenait bien. Comment expliquer que la couleur des murs de sa chambre ou encore celle de la poussette m’importaient peu, la seule chose dont j’avais envie c’était d’y arriver, de prendre ma revanche. Je n’aurais jamais pensé que devenir mam’Ange me donne autant de force et que de devenir Maman me donne encore plus envie de parler de cet enfant qu’il y a eu avant Alexis car comme je le dis: « J’ai deux enfants un qui tient dans mon cœur et l’autre qui me tient la main. »

Maryon

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