Témoignage de Marine

Il y a huit ans, le 3 janvier 2011, nous devenions parents de Gabin, un joli bébé métissé, aux cheveux aussi nombreux que bouclés. Un joli bébé, souriant et costaud. Nous avons appris à nous connaître tous les trois, petit à petit, comme le font les jeunes parents. Gabin a été accueilli avec joie et enthousiasme par notre famille et tous nos amis.

C’est un jour comme les autres, le 17 mai 2011, que Gabin est parti. Un jour, où son papa avait travaillé toute la nuit. Un jour, où ma chef m’avait donné un jour de congé, et où Gabin allait malgré tout aller chez sa nourrice pour que je puisse rangé un peu notre nid. Sortir des vêtements plus grands, parce que notre bébé grandit à vu d’oeil. Après avoir nettoyé, rangé tout ça en musique, je me souviens encore des chansons que j’ai écoutées et fredonnées ce matin-là. Mon homme est rentré du travail, nous avons discuté, préparé le repas, etc.

Et il y a eu ce coup de téléphone, ces minutes où le monde nous a engloutis, où tout s’est passé si vite, mais tellement hors du temps… Gabin ne s’était pas réveillé de sa sieste… Voilà les mots que j’ai entendus et que je devais transmettre à mon homme qui me regardait et sentait bien que quelque chose se passait… Nous sommes montés en voiture, mon homme a roulé vite, klaxon enfoncé tout le long de la route qui nous mènerait à notre bébé… À notre arrivée les pompiers tentaient de ramener notre fils à la vie… Ces longues minutes, lui sur cette table, nous dehors… Et puis, d’une seule voix nous avons dit : « Stop ! » Nous avions senti qu’il était déjà parti… Le voir, là, endormi, bien trop loin… Et puis, il fallut aller à l’hôpital. Gabin au creux de mes bras dans le camion des pompiers… Les médecins qui tentent de nous soutenir, de nous guider sur cette route si sombre qui nous attend mon homme et moi… La séparation.

Je ne me souviens que très peu des heures et des jours qui suivirent, seulement des bribes… Ma maman a tout de suite proposé que l’on vienne chez eux. Nous nous sommes laissés portés, je crois bien.
Et puis, il y eu le jour de l’enterrement, de la musique, il en fallait beaucoup, il adorait ça.
Nous avions demandé que les personnes présentes soient vêtus de blanc.
Futiles détails, tout ce que je voyais c’est que Gabin n’était plus là, son sourire, sa bouille si mignonne…
Les jours, les semaines, les mois sont passés avec difficulté, souffrance, silences et cris parfois entre mon homme et moi. Nous assistions régulièrement à un groupe de paroles, où nous avons rencontré des parents endeuillés comme nous. Ces rencontres nous ont fortement soutenus. Notre entourage a été là, présent, beaucoup, et puis nous avons décidés à deux de rester dans la vie, parce que Gabin nous portait.

Nous attendions toujours les résultats des examens pratiqués après le décès de Gabin, et j’ai appris en octobre 2011, que j’étais enceinte pour la deuxième fois. D’abord la peur, l’angoisse que ça recommence… J’ai rapidement pris la décision d’être suivie par une psychologue spécialisée dans le deuil périnatal. J’avais peur de réagir violemment à l’accouchement et comment j’allais pouvoir accueillir ce deuxième bébé alors que je pleurais encore mon Gabin ?

Louise est arrivée en Juin 2012, une jolie petite fille, toute brune comme son grand frère, mais bien plus petite. Les jours, les nuits, les siestes et tous ces moments où l’angoisse de la perdre elle aussi furent terribles parfois. Et puis, j’ai appris, nous avons appris tous les trois ensemble…
Comme pour conjurer le sort, Louise irait à la crèche.

La vie a suivi son cours, toujours avec des pensées pour Gabin.
Et un troisième bébé est venu agrandir la famille en février 2016. La grossesse a été un peu plus compliquée à gérer pour moi, à partir du moment où j’ai su que je portais un petit garçon. L’annonce du sexe du bébé par l’échographiste a été complètement inattendue au moment de la première échographie. J’avais peur, encore, mais j’avais beaucoup appris avec le temps. J’ai géré comme j’ai pu, dans la plus grande douceur possible.  

Léon est arrivé, un bébé costaud, comme son frère, brun et chevelu comme ses ainés.
Il fallut gérer les moments de sommeil, tout aussi angoissants que pour sa soeur, mais nous avions appris à nous connaître, mon homme et moi.
Les questions sont venues, il y a quelques mois, pour Léon.
Qui était ce grand frère ? Où est-il ? Qui il était lui, Léon au milieu de son frère et sa soeur ?
Nous avons rencontré une pédopsychologue extraordinaire qui a su rassurer Léon et lui expliquer les choses avec plus de recul que nous, qui étions parfois un peu déstabilisés.
C’est comme si tant d’années après, mon coeur se remémorait cette sensation, cette douleur, ce vide.

J’ai oublié beaucoup de choses de ces moments comme si mon cerveau avait volontairement mis quelques souvenirs de côté pour laisser la place aux jolis souvenirs : son sourire, ses cheveux si doux…
Il y a eu ce gouffre dans lequel il a fallu survivre, parce que nous lui avions promis. Ces moments où les mots ne parviennent pas à dire ce qui nous met à terre. Chacun de notre côté, nous avons repris pied, unis mais dévastés. Chaque début d’année, pour son anniversaire, ainsi qu’au mois de mai, nous nous faisons un point d’honneur à ne pas travailler, un jour pour s’aérer, s’arrêter, et simplement penser à Gabin, un peu plus que les autres jours.
Voir la mer, souvent, c’est notre moment.
Parler de lui avec son frère et sa soeur.
Chaque année, en mai, nous participons également à la journée Une Fleur, Une Vie. Où nous pouvons échanger, être écouter ou même écouter d’autres parents endeuillés. 

Marine

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