Témoignage de @lilaetlaine

Ce que j’aurais aimé savoir avant de tomber enceinte… Non, je reprends, ce que j’aurais aimé savoir avant que mon mari et moi on se regarde, l’air complice et plein d’espoir et qu’on se dise : « Ça y est, on se lance : on fait un joli bébé ! », c’est que…

Ça n’allait pas être tout beau et tout rose et que petit à petit la magie de vouloir « faire un bébé » laisse peu à peu la place à un calcul de cycles, à une prise de température, à un « c’est ce soir et pas demain », à une angoisse permanente et un flot de larmes à l’approche et à l’arrivée de mes règles tous les mois…
Ce sont des sanglots inconsolables pendant deux bons jours à chaque fois que l’on fait pipi sur un test et que l’on brûle d’attente de voir les deux petites barres tant attendues et que ce n’est finalement qu’une seule qui se dessine de manière si marquée sur le test si lourd de conséquences…
C’est un démarrage de procédure PMA avec des examens tellement impersonnels, humiliants et si longs…
C’est moi qui regarde mes chaussures et qui fait tout pour ne pas pleurer et une situation taboue qui s’installe doucement à chaque fois qu’on nous dit : « Alors, après un si beau mariage, à quand le bébé ??? »
C’est se surprendre à regarder avec un peu trop d’insistance et de jalousie tous les ventres ronds que l’on croise dans la rue ou dans son entourage proche.
C’est aussi se rendre compte que l’on perd un peu foi en la vie, en la bienveillance et en l’optimiste qui d’ordinaire nous tiennent compagnie…
C’est se rendre compte, aussi, que son couple est solide quand Monsieur doit passer au laboratoire avant d’aller travailler et que Madame doit à son tour passer au même endroit, quelques heures plus tard, pour récupérer l’échantillon tant attendu et rempli d’espoir que l’on doit porter dans son soutien-gorge pour garder une température à 37 degrés avant l’arrivée sur les lieux avec un regard et une attente gonflés au maximum et avec une certaine fébrilité…
C’est essayer de rire (mais plutôt jaune) de cette situation quand on en parle le soir…
Et c’est pleurer, mais cette fois de joie, quand quinze jours plus tard, la secrétaire du centre PMA me téléphone en pleine formation professionnelle pour me lancer un gros « félicitations » par téléphone alors que je commence à vaciller sur mes jambes…
Alors c’est y croire, c’est se projeter, c’est rêver devant les articles bébés, c’est errer dans « LA » pièce prévue pour une chambre grise, bleu ou rosée en souriant bêtement…
Et c’est se prendre une énorme claque et un coup de poignard inoubliable quand, lors de la première échographie de contrôle des six semaines (centre PMA), la gynécologue qui nous suit me remet gentiment à ma place en me disant : « Je répondrai à vos questions quand j’aurai fait toutes mes mesures. » Et voir petit à petit une ride du lion s’installer sur son visage et c’est…
Entendre, loin, très loin que le bébé a arrêté sa croissance à un peu plus de quatre semaines de vie et que je dois rester comme ça encore une semaine pour s’assurer du non-développement de l’embryon avant de prévoir une prise de médicaments ou un curetage sous anesthésie générale.
C’est donc apprendre qu’une fausse couche peut donc survenir comme ça, de la sorte, sans forcément un détachement de la petite graine.
C’est attendre et rester une semaine comme ça… Les vomissements étant bien évidemment fort présents et me rappelant bien la situation avant d’entendre la confirmation du diagnostic avancé par la gynécologue et c’est devoir faire un choix quant à « l’évacuation du bébé », de MON bébé pour prévoir les choses (vous comprenez hein ???).
C’est rester avec mon petit ventre quasiment trois semaines avec un cœur encore battant dedans, avec des symptômes de premier trimestre de grossesse bien trop présents et affreux avant de passer au bloc opératoire et se réveiller meurtrie par l’incompréhension, l’injustice, l’ignorance de ce qu’on m’a réellement fait et la douleur entre les jambes, au ventre et… dans l’âme.
Et, c’est rassembler le peu de forces qu’il nous reste pour finalement retenter l’expérience trois mois plus tard : un 24 décembre avec un espoir si proportionnel à toute la magie de Noël que j’affectionne tout particulièrement (mais avouons-le nous avec un sourire désormais devenu plus timide).

Et c’est vivre pleinement notre rôle de parents depuis maintenant presque 16 mois avec notre petit roi qui a fait vivre une grossesse merveilleuse à ses parents (bon hormis le premier trimestre qui restera pour moi un moment si difficile sur les plans physique et moral) et qui a aussi offert à ses parents une arrivée au monde si belle, si merveilleuse, si inoubliable, si chargée d’émotions quand je repense à ce 20 septembre 2016…

Voilà, ceci est le récit de notre vie de parents qui a eu un départ si chargé d’embûches mais qui me fait dire tous les jours qu’on a bien fait de ne rien lâcher et qui me fait sourire quand, aujourd’hui, je regarde mon salon parsemé de petites voitures.

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