Témoignage de Laure

J’ai aujourd’hui 31 ans et suis la maman d’une petite L. tellement magnifique et pourtant ce fut un long chemin pour en arriver à ce dénouement si merveilleux.

Très jeune enfant je suis tombée dans les travers de l’anorexie jusqu’à mes premières années de jeune adulte. J’ai vécu avec une maman qui en souffrait elle aussi et qui n’a pas pu ou pas su m’en préserver.
Une image de soi complètement déformée, une relation avec son corps et avec les autres terriblement complexe.
Une rencontre à 16 ans qui a bouleversé le reste de ma vie.
Une envie de bébé très forte mais insuffisante pour que cela fonctionne.
De longs mois d’attente, de traitement. Et avec le recul j’ai envie de dire heureusement.
Quand j’ai commencé les traitements j’avais déjà fait un long chemin d’apprentissage et j’avais enfin compris que l’état dans lequel j’étais ces dernières années n’était pas tolérable ni viable.
De longs mois voire de longues années de psychothérapie pour enfin se rendre à l’évidence et admettre cette fragilité qui était la mienne.
Une grossesse dans la vie d’une jeune femme équilibrée ce n’est pas rien. C’est éprouvant il faut bien se l’avouer. Neuf mois à porter la vie, un accouchement, neuf mois pour s’en remettre voir plus. Alors dans la vie d’une ancienne anorexique le travail est encore plus difficile.

Je me souviendrai toujours de ce 18 mars 2016 où j’ai appris que j’étais enceinte. Une joie indescriptible s’est emparée de moi.
Ma grossesse s’est plutôt bien passée hormis quelques nausées, un peu de fatigue mais rien de bien méchant. Et pourtant cette joie qui se mêle à des sentiments plus mitigés. Ce corps qui change et que l’on a du mal à accepter. Cette sensation d’être énorme et surtout la sensation qu’il ne sera plus jamais comme avant. Et pourtant on se laisse à penser que c’était mieux avant. Alors on s’en veut de penser comme cela avec ce petit être à l’intérieur de vous qui grandit. Alors on se ressaisit et on avance. J’ai peu de relation avec ma famille, aucune avec ma mère et très peu avec mon père alors c’est la famille que j’ai choisie qui a su m’épauler. Mon amoureux tout d’abord et mes Amies avec un grand A. Chacune à sa manière a su trouver les mots pour me rassurer.
Et puis mon accouchement on en parle. Un moment de rêve. Pas de péridurale. Dilatée à 9 à l’arrivée à la clinique. Sept minutes top chrono et trois poussées plus tard elle était là avec nous, si parfaite comme je l’avais imaginée. Quelques instants magiques plus tard et cette sensation qui réapparaît, ce corps changé, modifié et qui pourtant ne porte plus la vie. Je pense que ce moment-là a été un des plus difficiles pour moi. J’ai été vraiment décontenancée, intérieurement j’avais l’impression de perdre pied de n’être plus jamais aussi mince.
Pourtant j’ai pris huit kilos pendant ma grossesse et j’ai fait un bébé de trois kilos donc je me rends bien compte que l’image que j’ai de moi est toujours faussée. Affronter mon regard dans le miroir est un combat de tous les jours mais petit à petit on arrive à sortir plus souvent victorieuse et c’est la seule chose qui compte.
Cette maladie est sournoise comme beaucoup d’autres. Elle fera partie de moi à vie. Chaque fois que le moral sera un peu plus bas elle refera plus ou moins surface. Mais ma fille aura été mon coup fatal sur cette maladie car aujourd’hui rien n’est plus important qu’elle et son sourire pansera mes plaies chaque fois c’est certain. En y repensant j’ai adoré porter la vie et je souhaite réitérer l’expérience. Avec le recul une chose est sûre, je ne changerai rien.

Un bébé ne résout pas nos problèmes il faut être conscient de ce que nous vivons avant de nous lancer dans une telle expérience.
La grossesse m’a aidée dans ce cheminement. Le corps humain est tellement bien conçu. Une chose est sûre : il ne faut pas sous-estimer une grossesse, certes ce n’est pas une maladie mais c’est un chamboulement physique et psychologique. Même si je me suis rapidement remise pour ma part j’ai senti mon corps se remettre pendant au moins une année après mon accouchement.
Aujourd’hui quand je me regarde dans le miroir je ne vais pas vous dire que je me vois toujours telle que je suis mais j’essaie de ne plus me juger.

Laure Sescosse

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