Témoignage de Laura

« Je suis enceinte… », « Je suis enceinte… », « Je suis enceinte… ». Il m’a fallu répéter ces mots plusieurs fois en regardant ce ventre encore plat dans le miroir de ma salle de bains.  J’ai été tout de suite angoissée à l’idée de changer, de voir ce corps que je n’aimais pas spécialement par manque de confiance en moi, se déformer.  J’avais peur que cet être que je ne connaissais pas encore et qui vivait en moi  s’accapare mon corps et me l’enlève à tout jamais.

J’ai vécu des débuts de grossesse difficiles. Pourtant cette grossesse était désirée mais elle est arrivée si vite. Je suis tombée enceinte en quinze jours. Je ne pensais pas que ça arriverait si rapidement. J’ai été déstabilisée, bouleversée, chambardée..
Et un jour mes hanches se sont élargies. Et un jour mes fesses ont gonflé. Et un jour mes cuisses se sont remplies.
Mon corps a changé en un rien de temps mais pas vraiment là où je m’y attendais. Mon ventre restait le même, mes seins demeuraient inexistants mais mon corps de jeune femme se transformait en celui d’une femme, d’une mère. Je mesure 1m76 et pèse 59kg, j’ai de tout petits seins ronds, des os pointus et apparents, et tout d’un coup ce corps plutôt filiforme a accepté des formes…
Coup dur. Je n’imaginais pas tout cela. Je n’aimais pas mon reflet dans le miroir. Je n’aimais pas ce corps. Je n’aimais pas ce nouvel état.

Et puis le temps est passé. À quatre mois et demi de grossesse j’apprends que ce petit haricot qui grandit en moi est une petite fille. Ma grossesse a pris une autre tournure. Je me suis remplie d’une joie immense. Je rêvais secrètement d’avoir une petite fille et j’angoissais à l’idée d’être enceinte d’un garçon. Pourquoi ? Je ne saurais l’expliquer. Mais j’ai enfin aimé ces changements, j’ai enfin commencé à accepter ce qui m’arrivait, à accueillir la nouvelle à sa juste valeur : la plus belle chose que tout être puisse vivre n’est-elle pas de donner la vie ?

Et puis mon corps s’est modifié mais je n’ai pas pris beaucoup de poids. 13kg bien répartis. Car n’oublions pas que je suis grande. Au fur et à mesure de ma grossesse, j’ai admis que les changements étaient inévitables, que la petite châtaigne (c’est comme cela que nous l’avons nommé durant ces neuf mois) qui grandissait dans mon ventre avait elle aussi le droit de prendre de la place. J’ai néanmoins du dire adieu à mon rêve d’avoir un jour une belle poitrine généreuse. Car oui, si mes fesses se sont remplies, mes seins beaucoup moins… Je n’ai pas pris une taille, pas pris un bonnet…
J’ai essayé de faire attention à ne pas voir apparaître de vergetures mais malheureusement elles ont rapidement pointé le bout de leur nez, sur mes fesses…
Second coup dur. Je n’en ai pas eu sur le ventre et j’étais loin d’imaginer que l’on pouvait en avoir ailleurs en fait… Novice que je suis !
Et puis j’ai accepté.
« Arrête d’être égoïste et de ne penser qu’à toi et ton corps. Vis cette grossesse comme elle le mérite ma vieille ! »

Alors non, je ne dirais pas que j’ai adoré être enceinte, mais ce qui me paraissait important au début, le fut moins durant les deux derniers trimestres. Je n’ai pas forcément mis en avant mon ventre, ces nouvelles formes, ces douces rondeurs mais qu’est-ce que j’étais fière dans la rue quand on me regardait !
Et puis le fait de ne pas trop changer, de faire attention à ce que je mangeais, tout c’est bien entendu envolé quand ce 25 octobre 2017 à 8h42 quand on m’a collé sur la joue la plus belle chose au monde : ma fille. Car oui, j’ai accouché par césarienne. Une césarienne programmée parce que notre châtaigne avait décidé de ne pas se tourner et de pointer le bout de ses fesses avant le bout de son nez.

Et puis tout est allé très vite, mes kilos accumulés durant ces neuf mois se sont très vite envolés. Mon corps se vidait de son eau. Et au bout d’un mois j’avais retrouvé ce corps qui était le mien. Bon mes hanches se sont malgré tout un peu élargies mais pour le poids je suis revenue à celui qui s’affichait sur la balance avant d’apprendre la plus grande nouvelle de ma vie.
Ces doutes futiles, ces angoisses primaires qui m’ont envahies au tout début concernant mon corps et les changements que ce dernier devait accepter sont bien loin aujourd’hui.
J’adore être maman et j’adore ce que ma fille a laissé sur mon corps : une cicatrice rien qu’à moi, une « blessure de guerre » comme la nomme non sans humour ma moitié. Elle a laissé sur moi des traces, les traces que je redoutais au début et dont je suis fière aujourd’hui.

Laura