Témoignage de Laura

Assez sportive, j’ai fait de la gym jusqu’à dix jours avant mon accouchement. Avant ma grossesse, je faisais de la gym (gym suédoise) deux ou trois fois par semaine, je courrais le weekend ou allais à la piscine. Ce n’était pas tellement dans une logique d’avoir un « beau » corps, mais ça faisait partie de mon hygiène de vie, de ma routine, plus pour le mental : j’avais besoin de me défouler dans les activités sportives pour être zen.

Problèmes en suites de couches…
J’ai accouché par voie basse avec utilisation de forceps et grosse épisiotomie. J’ai énormément souffert, pas tellement sur le moment mais dans les jours qui ont suivi. Dans la nuit suivant la naissance de ma fille, je n’ai pas fermé l’œil à cause de la douleur liée à l’œdème de l’épisio et au trauma lié aux forceps (alors que ma fille, elle, a dormi comme un loir la première la nuit). Allaitant ma fille, je n’avais droit qu’au Doliprane et à des anti-inflammatoires légers, je sonnais tout le temps pour avoir des poches de glace. Je ne pouvais pas me lever, souffrais le martyr pour aller aux toilettes.
De retour à la maison, je souffrais toujours autant. La PMI à laquelle j’allais pour faire peser mon bébé m’a dit que ce n’était pas normal et qu’avec une épisiotomie comme ça, la maternité aurait dû me prescrire des consultations avec une sage-femme en suites de couches. Ils m’en ont trouvé une (super PMI quand même) qui est passée le lendemain (J+7 de l’accouchement).
Dès qu’elle m’a vue, elle m’a dit que quelque chose n’allait pas, que ce n’était pas normal de souffrir autant (moi j’étais persuadée que tout le monde avec une épisiotomie vivait ça, on en parle tellement peu…). Après examen, elle m’a envoyée aux urgences : désunion d’épisiotomie externe (la quasi-totalité de mes points a sauté) et je faisais une infection (39 degrés de fièvre, j’ai fait des pics à 40,5 dans les jours qui ont suivi). Là-bas, ils m’ont expliqué qu’on ne recousait pas (douleur atroce et pas sûr que ça tienne dans tous les cas) et qu’il fallait que ça se referme tout seul : je suis restée alitée trois semaines, avec soins infirmiers quotidiens, je ne pouvais pas m’occuper de ma fille puisque que je ne pouvais quasi pas me lever et encore moins la porter. Heureusement, le papa est resté à la maison durant ce temps là et nos mamans ont pu venir nous donner un coup de main.

Rééducation longue et inaboutie…
À la visite post-natale de bilan avec ma sage-femme (deux mois) le verdict tombe : état du périnée catastrophique (je m’en doutais, j’avais un poids énorme, des douleurs dès que je portais ma fille), bonne cicatrisation mais pas souple du tout (j’avais mal, impossibilité de reprendre les rapports, impossibilité de commencer la rééducation). J’ai fait des massages du périnée tous les jours jusqu’à ce que je commence ma rééducation (trois mois et demi après mon accouchement) et ça allait beaucoup mieux. Après vingt-cinq séances de rééducation (et des exercices quotidiens à la maison), j’ai récupéré un peu de tonicité du périnée (2/2,5 sur 5) mais on ne progressait plus. Ma sage-femme m’a prescrit une sonde pour la maison à coupler avec mes exercices habituels, et je dois toujours porter une ceinture quand je porte ma fille ou que je marche beaucoup.

Se réapproprier son corps…
Évidemment, impossible de reprendre le sport pour l’instant. Onze mois après mon accouchement, c’est dur. Cela faisait vraiment partie de moi, de ma routine. Je n’ai jamais été dure avec mon corps (pas de régime, pas de sport à outrance non plus, pas d’anorexie, etc.). Mais à la suite de tout ça, j’ai ce sentiment qu’il ne suit pas mon esprit. J’ai beau avoir perdu tous mes kilos de grossesse, c’est l’harmonie physique/mental qui me manque : je n’ai plus ce moyen qui me permettait de me dépenser, d’être bien, je ne peux plus me servir de mon corps comme je le souhaite en quelque sorte.
J’essaie de trouver d’autres modes de détente, je fais du yoga alignement, ce qui me fait énormément de bien pour me réapproprier mon corps mais j’ai toujours ce sentiment qu’il me manque quelque chose (et les douleurs régulières me le rappellent). Je garde espoir mais le temps me semble très long, d’autant plus qu’à chaque cycle, je reperds en tonicité du périnée (règles très abondantes qui m’épuise et épuisent mon périnée).
Je trouve difficile, onze mois après, de toujours souffrir des conséquences de mon accouchement avec ce sentiment que tant que je n’aurais pas pu reprendre une activité physique qui me permet de plus me dépenser que le yoga, je ne pourrais pas passer à autre chose.

Je n’avais jamais entendu parler de telles complications, je connaissais le risque d’infection de l’utérus (endométrite, qu’on a soupçonné dans mon cas mais heureusement l’infection est passée avec les antibiotiques, pas besoin d’intervenir), les risques liés à la péridurale, mais c’est tout.
Je ne savais pas que des points sur des muqueuses, ça pouvait « sauter », même si on restait couché. J’aurais aimé le savoir, plutôt que de me retrouver dans une situation où je croyais « normal » d’avoir aussi mal, j’aurais aimé qu’on me dise que dès qu’il y a des points/cicatrice (que ce soit césarienne ou épisiotomie) il faut quelqu’un qui passe à la maison vérifier, plutôt que de me retrouver dans l’angoisse de l’inconnu. Il y a plus grave, je le sais, mais dans un contexte où l’accouchement est épuisant, où notre vie est bouleversée avec l’arrivée de bébé, la chute des hormones, un allaitement difficile et douloureux pour ma part, l’information est essentielle. J’ai été très bien prise en charge aux urgences et surtout, j’ai une sage-femme exceptionnelle, bienveillante, optimiste, encourageante, patiente (avec les douleurs liées à ma cicatrice j’appréhendais énormément la rééducation). Le plus important c’est ça, l’information (on parle de tout à la préparation à l’accouchement mais très peu des suites de couches) et l’accompagnement post-partum. Sans oublier, toujours, le soutien sans faille du conjoint !

Laura