Témoignage de Charlotte

La grossesse, on retrouve beaucoup de livre sur ce sujet. Pour ma première grossesse j’en ai lu plusieurs, j’avais énormément besoin de me rassurer.
Mais aucun livre ne m’avait prévenue du bouleversement que j’allais vivre. Du haut de mon 1m60 et 50kg, mon poids et mon corps ne m’ont jamais posé de problème. J’ai toujours été sportive, active et bien dans ma peau.
Jusqu’au sixième mois, ma grossesse est passée totalement inaperçue car mon ventre restait plat. Je fermais mes jeans taille 36. Et à partir du moment où j’ai été en arrêt de travail, mon ventre est sorti d’un coup. Mon entourage a enfin visualisé ce ventre et pris conscience que j’étais vraiment enceinte. Ce ventre qui portait la vie est alors devenu le centre de l’attention. J’ai très mal vécu cette période car les gens ne me parlaient plus à moi en premier, mais ils regardaient mon ventre et me disaient : « Alors il pousse ce petit ventre !? », « Et comment il va ce bébé ? », « Tu bouges petit bébé ? » Et puis les paroles s’accompagnaient de gestes. Des personnes que je connaissais ou non, posaient leurs mains sur mon ventre, sans me le demander.
Je vivais extrêmement mal cette intrusion dans ma petite bulle que je partageais avec mon bébé et mon conjoint. J’étais alors devenue un utérus sur pied. Mon malaise s’accentuait lors des consultations gynécologiques. On m’auscultait, mesurait l’utérus, pesait, faisait des échographies… Le gynécologue me demandait : « Comment se passe la grossesse ? » Mais à aucun moment un professionnel ne m’a demandé  : « Comment TU vas Charlotte ? »
Alors je commence à ne plus apprécier cette grossesse, j’ai hâte que mon bébé soit là, je prends sur moi et n’en parle pas, même à mon conjoint. Vous imaginez une femme enceinte se plaindre, alors que certaines n’arrivent pas à l´être. Et puis vient l’heure de la naissance de ma fille. Enfin se bébé tant imaginé est là dans mes bras. La vague de bonheur me fait oublier que ça été très dur de passer de « femme » à « utérus porteur de la vie ».
Et puis chaque grossesse est unique, ma deuxième grossesse a été totalement différente. Mon esprit était prêt à vivre ce chamboulement. Mais cette fois-ci c’est mon corps qui a été en souffrance. Du deuxième mois au huitième mois, chaque journée était rythmée par des douleurs. Selon les médecins, j’avais une sangle abdominale bien trop musclée qui n’arrivait pas à se détendre pour faire de la place à ce bébé et aussi un utérus contractile. Résultat : je ne pouvais pas rester debout plus de cinq minutes, j’avais plus cinquante contractions par jour. À cela ce sont ajoutés des vertiges positionnels, dès que je tournais la tête. Ce fût très difficile de subir toutes ces douleurs et de rien pouvoir faire, ni prendre de médicament étant donné que je suis allergique au paracétamol.
La seule activité qui m’était autorisée était le yoga prénatal. Avant ma grossesse je pratiquais déjà du yoga. Je connais les bienfaits sur mon corps et mon esprit.  C’est donc naturellement que je me suis tournée vers le yoga pré-natal. Deux fois par semaine, ma professeure m’accompagnait dans ma pratique du yoga afin de retrouver une unité entre mon corps et mon esprit. Cela a été très bénéfique pour la suite de la grossesse. J’ai appris à diminuer ces douleurs et calmer mon esprit. Cette grossesse était très médicalisée (monitoring tous les cinq jours).
Et à mon arrivée à la clinique le jour de l’accouchement, l’auxiliaire de puériculture qui s’est occupé de moi c’est assis avec moi et m’a posé la question que j’aurais tant aimé entendre lors de ma première grossesse : « Et comment vous allez ? Parlez-moi de votre état d’esprit à quelques heures de la rencontre avec votre bébé. » Nous avons discuté dix min, j’ai vidé mon sac et il m’a redonné de l’énergie, de la confiance pour ce nouvel accouchement. Cet accouchement à durer trois heure contre treize heures pour ma première. Et puis enfin, je le rencontre ma merveille, mon fils.

Mes grossesses je ne les avais pas imaginées comme ça. J’ai souffert mentalement pour la première, physiquement pour la deuxième. Mais lorsque je vois mes enfants ce n’est que le bonheur, la fierté, l’amour qui me viennent à l´esprit. Et si c’était à refaire, je recommencerais sans aucune hésitation ! Je sais désormais qu’une femme enceinte a le droit de dire que ça ne va pas, qu’elle n’aime pas son corps, ou cet état de grossesse. Il ne faut pas la juger. Au contrainte il faut prendre du temps avec elle, la comprendre et l’accompagner pour passer cette étape.

Charlotte A.