Témoignage de Gaëlle

Nous sommes en 2013. Je n’ai connu qu’un homme, et il m’a donné trois enfants, m’a larguée pour une autre et m’a finalement rendu ma liberté. Je suis, je le pense du moins, une sacrée maman solo dorénavant mais je décide enfin de vivre. Je découvre en mai 2013 que je suis enceinte d’un homme que je connais à peine. Du haut de mes 30 ans je sais enfin qu’un réel accident existe et qu’il me faut trouver une solution. Le garder d’abord… La raison l’emporte ensuite… Je ne peux pas, je n’en veux pas.

12 juin 2013 : depuis deux semaines déjà cette date est programmée. Gravée à jamais. Date que je pensais d’abord peu importante…  Un calmant d’abord pour me détendre qui me fera « tourner la tête », cette question ensuite à quelques minutes de l’intervention, les jambes écartées après une dose d’endorphine (provoquant le décollement placentaire) : « Je dois savoir madame si votre décision est toujours la même. Ensuite j’aspirerai et il n’y aura plus de retour… »
Ce moment où ton coeur te dit  « non » et ta tête  « oui ».
Ce moment où  tu réponds  : « Oui…» Et puis ce bruit. Cette aspiration…
Je me souviens avoir eu froid , je me souviens que je tremblais et qu’une personne à côté de moi me tenait la main et m’expliquant chaque étape en me caressant le front parfois.
Je me vois fondre en larmes… Je vois cette magicienne me présenter une jarre transparente, je vois dans ce contenant une méduse, une simple méduse. Et ma magicienne me dire  : « Regardez madame, vous voyez, ça n’est rien, ça n’existe pas. »
Horrible ou pas , libre à chacun de le penser, cette magicienne m’a sauvée. Le voir m’a sauvée… Mon deuil était fait et je continue à croire qu’il fallait que je le vois pour savoir qu’il en était ainsi… Elle le savait, elle m’a aidée, elle m’a sauvée.

Il s’en est suivie une surveillance de trois heures, emmitouflée telle une paupiette dans une culotte jetable, recroquevillée sur le lit, la douleur s’est ensuite réveillée. Mais je ne pleurais plus, cette douleur me faisait du bien… C’est horrible de se sentir vidée mais soulagée… J’ai même pensé être instable et sans coeur tant je ne regrettais pas mon choix.
Je suis rentrée le soir comme si de rien n’était, le corps endolori mais pleinement consciente qu’il ne me fallait que mes trois petits déjà présents pour continuer à vivre sereinement.

J’ai tout gardé, tous les papiers concernant cette grossesse qui n’aura duré que sept semaines et quatre jours. Je n’ai pas d’échographie, je n’en n’ai pas voulue. Je ne le regrette pas. Il a existé, il est dans ma tête, un peu dans mon coeur mais je n’avais pas besoin de plus concret.
Comme tout ce qui compte le plus dans ma vie il a fallut me tatouer pour me soigner, mais cette dame, qui m’a montré ce qui sortait de moi, croyez le ou pas, a su faire en sorte que j’accepte ce que j’avais fait.

Gaëlle

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