Témoignage Anonyme

En couple depuis six ans et à bientôt 25 ans, je suis l’heureuse maman d’un petit garçon de six mois. Mais si j’ai choisi de témoigner aujourd’hui, c’est parce que la vie n’a pas toujours été aussi belle…

Il m’a fallu du temps pour me relever de la perte de mon papa en février 2015 et je me suis battue pour trouver la force d’avancer dans la vie. Puis il y a deux ans, j’obtenais mon diplôme et mon premier poste en tant qu’assistante sociale. J’étais très heureuse de cette nouvelle vie professionnelle qui allait démarrer. J’avais enfin l’impression que tout roulait dans ma vie.
Je démarrais ma carrière avec un poste situé à cinq minutes à pied de chez moi, c’était l’été, il faisait un temps magnifique et je respirais le bonheur avec mon chéri avec qui j’étais depuis déjà quatre ans. J’avais toujours eu en moi l’envie très forte d’être maman jeune et la perte de mon papa m’a conforté encore plus dans l’idée de rapidement fonder une famille.

On avait souvent parlé d’avoir un bébé avec mon chéri et je pensais qu’on avait les mêmes envies. Il me disait qu’il voulait attendre encore, que l’on ait une bonne situation tous les deux pour subvenir aux besoins du bébé et moi je lui répétais que l’on y arriverait. J’allais démarrer dans la fonction publique et lui travaillait en intérim dans une entreprise depuis plus d’un an. On s’aimait plus que tout et je me disais qu’on serait soutenu par notre entourage alors je ne voyais pas ce qui pouvait nous empêcher de faire cet enfant. Je lui explique que je ne supporte plus de prendre la pilule, que pour moi le simple fait de prendre ce cachet pour m’empêcher d’avoir un bébé me rend malade. Il finit par me dire de ne plus la prendre et qu’on s’adaptera. On a essayé de se protéger autrement, mais cela n’a pas duré et vous savez comme moi ce qui peut arriver lors de rapports non protégés.

Je ne me suis pas aperçue de suite que j’étais enceinte. Nous sommes partis en vacances en Espagne pendant une semaine. Je me sentais ballonnée mais j’attendais mes règles donc je ne me suis pas inquiétée. Puis nous sommes rentrés, toujours pas de règles. Je fête mes 23 ans et décide deux jours plus tard de faire un test qui se révèle positif. Je pleure un long moment, de joie puis de peur et de tristesse parce qu’au fond de moi je devais m’attendre à ce qui allait arriver.
Je réfléchis longtemps à la manière dont je pourrais annoncer la nouvelle à mon chéri puis je me laisse finalement envahir par les émotions lorsqu’il rentre du travail. Je m’effondre en larme dans ses bras et je lui dis que j’ai fait un test. Il me répond d’un air affirmatif : « Ah et il était négatif, ce n’est pas grave. » Après plusieurs secondes j’arrive à me calmer et lui répondre qu’il était bien positif. Il ne réagit pas, il ne me dit rien. Il finit par me demander si je suis sûre. Je lui montre alors le test. Je lui dis qu’il n’a pas l’air heureux de cette nouvelle et il me répond qu’il ne s’y attendait pas, qu’il ne sait pas quoi me dire. Nous restons là-dessus car il faut se préparer. Le soir, nous sommes invités à manger chez des amis. J’en parle à une amie qui me demande si je suis heureuse, je lui réponds que je ne sais pas car nous n’allons peut-être pas le garder.

Après ça, il s’est passé plus d’une semaine de discussions intenses avec celui que je considérais comme l’homme de ma vie. J’essayais de lui faire entendre l’importance de cette grossesse pour moi. Je lui disais qu’elle me permettrait peut-être de soulager la douleur que je vivais depuis l’absence de mon père. Et il me disait qu’il comprenait, qu’il ne me disait pas ça pour être méchant mais que les choses étaient devenues claires pour lui, il ne se voyait pas avec un enfant maintenant.
Plus les jours passent, et plus la douleur était intense. Je savais que je partageais mon corps avec un petit être que je ne pourrais certainement pas laisser grandir. Pourtant j’y ai cru jusqu’au dernier moment.
J’ai pensé qu’il changerait d’avis à l’échographie mais ce rendez-vous chez le gynécologue m’a brisé le cœur. Le médecin a très vite compris qu’on s’aimait mais que nos avis étaient divergents concernant cette grossesse. J’ai passé le rendez-vous à pleurer, mon compagnon n’a presque rien dit et mon médecin habituellement très froid a été d’un grand soutien émotionnel. Il nous a renvoyés vers une conseillère conjugale et familiale, que nous n’avons pas tenu à rencontrer car elle serait ma future collègue. Le médecin nous explique que je suis à quatre semaines et que nous avons jusqu’à la semaine prochaine pour nous décider si jamais nous souhaitons avoir recours à une IVG médicamenteuse. Nous finissons par rentrer chez nous, encore au nombre de trois, avec un choix douloureux à faire dans les jours à venir.

Après encore de nombreux échanges douloureux sans trouver de terrain d’entente, je finis par dire à mon compagnon que je ne prendrais aucune décision sans en avoir parlé avec la psychologue qui m’accompagne depuis le décès de mon père. Il accepte sans soucis. Vient alors le jour du rendez-vous avec ma psychologue où je me livre sur ce choix douloureux. Je pleure beaucoup, je suis perdue. Ma psychologue sait à quel point j’aime mon chéri plus que tout, c’est mon premier amour et il a une place particulière dans ma vie.

Nous discutons pendant presque deux heures et je ressors de ce rendez-vous en me répétant les quatre solutions que la psychologue m’a permis d’identifier. Il est clair que ces quatre possibilités étaient logiques vous me direz mais j’étais incapable de m’en rendre compte par moi-même. Je rentre donc chez nous où mon compagnon m’attendait. Il me demande comment s’est passé le rendez-vous et je ne perds pas de temps à lui présenter les quatre solutions. Je lui explique qu’il nous est possible de rester ensemble et de garder le bébé (solution que je préfère vous l’avez deviné), de rester ensemble sans le bébé, de se séparer mais de garder le bébé ou encore de se séparer et de ne pas avoir de bébé. Il est resté un moment sans rien dire puis il finit par me répondre que pour lui la meilleure solution est de rester ensemble sans le bébé. Je lui réponds alors que moi je ne pourrais pas rester avec lui. Il m’a demandé si j’étais sérieuse puis il s’est levé pour faire ses affaires.
Mon cœur continuait de se briser en le voyait faire ses affaires, il pleurait en me repoussant. J’avais envie qu’il reste, qu’on se sert dans nos bras et que tout ça ne soit qu’un mauvais cauchemar. Mais non, tout ça était bien réel. Je finis par me retrouver seule dans l’appartement, à pleurer pendant des heures. Je parlais à ce bébé dans mon ventre, je lui expliquais que ce qui arrivait n’était pas de sa faute et que j’espérais qu’il comprendrait mon choix. J’étais confrontée au pire choix qu’il pouvait exister. Je devais choisir entre ma relation amoureuse ou le bonheur de donner la vie dont j’ai toujours rêvé mais que je ne m’imaginais pas réaliser sans ma moitié.

J’ai pu trouver du réconfort auprès de ma maman qui a été d’un grand soutien pour moi grâce à nos longues discussions et à ses petites attentions. Elle m’a aidé dans mon choix mais j’ai fini par être seule à prendre cette décision. J’ai fait le choix de recontacter la gynécologue pour ne pas garder ce petit être. Je devais prendre deux médicaments à deux jours d’intervalle, une démarche simple vous me direz mais tellement douloureuse quand il s’agit d’ôter la vie à un être.
Je commençais le travail le 1er août et j’ai pris le premier comprimé ce même jour. À peine le temps de me réjouir de ce premier pas dans la vie active que la douleur était venu m’envahir. Ne supportant pas d’être seule dans notre appartement et redoutant le jour de l’IVG, j’ai passé les prochains jours chez ma maman. Elle était aux petits soins pour moi et c’est un peu comme si j’étais redevenue son petit bébé.
Puis le jour du second comprimé est arrivé, ce fameux 03 août de l’année 2016, une date que je suis incapable d’oublier. La gynécologue m’avait prévenue de la douleur que la prise de ce second comprimé pouvait déclencher et m’avait recommandé de ne pas être seule ce jour-là. J’avais alors posé une journée au travail, à mon troisième jour à peine et j’étais donc chez ma maman. Ma maman avait également posé un jour pour me soutenir durant cette épreuve. Je me revois dans sa cuisine, le comprimé dans une main et un verre d’eau dans l’autre me répétant que j’étais maitre de ma vie et que je le faisais pour mon bien (même si c’était dur à croire).

Il s’est à peine écoulé une quinzaine de minutes avant de ressentir les premiers effets puis les grosses douleurs dans le ventre qui ont duré plus d’une heure. Je finis par aller aux toilettes où je vois que je perds beaucoup de sang. La douleur s’estompe et je comprends finalement que tout est fini, que ça y est mon petit trésor est parti. Je me dis qu’il est au ciel, au côté de mon père. Je me rends compte aujourd’hui à quel point j’ai été chanceuse de pouvoir compter sur le soutien de ma mère et je ne l’a remercierai jamais assez.

Mon compagnon n’était pas présent durant cette épreuve et je lui en ai beaucoup voulu. Il me demandait souvent des nouvelles et nous nous sommes revus le lendemain. Nous avons encore beaucoup parlé, il pensait que les choses reviendraient comme avant mais la douleur était encore trop vive pour moi et il nous a fallu plusieurs semaines pour se reparler avec amour. Il est revenu petit à petit à l’appartement mais il m’a finalement expliqué que ce lieu lui rappelait trop de mauvaises choses. Nous avons donc choisi de déménager dans un autre appartement pour repartir de zéro dans notre couple.
Plusieurs mois encore après, je sentais que notre relation n’était plus la même. On était tous les deux à fleur de peau, on avait constamment peur de la réaction de l’autre. Puis on s’est mis à revenir sur cette épreuve douloureuse. J’ai compris qu’il était rongé par la culpabilité et j’avais envie de lui dire que moi aussi je lui en voulais encore. Mais je voulais dépasser tout ça et j’avais plus envie de me dire que notre amour s’était arrêté le jour de cette IVG. Alors je lui ai écrit un mot, pour lui dire que sa culpabilité pouvait s’envoler, que je l’aimais et que je savais que je voulais faire ma vie avec lui. Il a pleuré en lisant ce mot, m’a serrée fort dans ses bras et m’a demandé milles fois pardon. J’ai compris ce jour-là que je n’avais pas souffert toute seule, qu’on était deux cœurs brisés dans cette épreuve.

Aujourd’hui, je ne dirais pas que tout ça est derrière nous mais nous avons appris à vivre avec comme une force dans notre couple. Nous sommes les parents d’un merveilleux petit garçon de six mois et je sais que notre amour est plus solide que jamais.