Témoignage Anonyme

Je crois qu’inconsciemment, je savais bien avant de vouloir un bébé qu’il me serait difficile de tomber enceinte.

D’une part parce que ça a été compliqué pour ma mère, idem pour ma sœur. Et d’autre part, parce que j’ai toujours eu des problèmes de cycles menstruels.

Réglée tardivement (à 15 ans), mise sous pilule très rapidement après pour tenter de réguler mon acné hormonale et mes règles ultra abondantes, ultra longues, ultra fréquentes, j’ai été relativement tranquille pendant quelques années (je passe néanmoins sous silence la prise de poids désobligeante, la rétention d’eau et autres petits désagréments).
Jusqu’à ce que Diane 35 soit retirée du marché. C’était en 2013, à l’époque de la polémique sur les pilules de 3ème et 4ème générations. J’ai donc pris rendez-vous chez ma gynécologue afin d’avoir un autre moyen de contraception. Pendant cette période d’environ trois mois, je n’ai eu mes règles qu’après avoir terminé ma plaquette. J’ai commencé à m’inquiéter : étais-je enceinte ? Si non, pourquoi n’avais-je pas de menstruations ? Ma gynécologue m’a informée que c’était normal, qu’il fallait du temps à mon corps pour se remettre de dix ans de contraception. Elle m’a proposé un traitement d’une dizaine de jours pour faire revenir mes règles et pouvoir commencer une autre pilule, d’ancienne génération et moins dosée. J’ai accepté malgré mes réticences. Après un an avec cette nouvelle pilule, de la rétention d’eau et des kilos supplémentaires, j’informe ma gynécologue que j’en ai définitivement terminé avec la pilule, ce fléau qui m’a causé tant d’effets secondaires néfastes. C’était en mars 2014.

Je suis régulièrement retournée consulter car je n’avais pas mes règles. J’ai commencé à me poser des questions, non pas par désir d’enfant immédiat mais parce que je me projetais. Sans règles, je n’ovulais probablement pas, alors que ferions-nous, mon compagnon et moi, « plus tard » ? Étais-je stérile ? Les médicaments étaient efficaces donc ma gynécologue n’était pas inquiète et continuait à m’expliquer qu’il fallait parfois du temps pour que tout se remette en place. Après avoir lu que l’aménorrhée post-contraception pouvait durer plusieurs mois alors que cela durait depuis plus d’un an, le désir d’enfant s’est installé, « au cas où ». J’avais 28 ans et je savais que les parcours de FIV étaient semés d’embûches. J’en ai informé ma gynécologue et là, gros coup de massue : elle a spontanément lâché : « Bon, ben on n’est pas dans la merde. », et m’a prescrit un test de Hühner pour le lendemain matin tout en m’expliquant de quoi il retourne.
Il s’agit d’un prélèvement de glaire cervicale. Pour se faire, il fallait avoir un rapport le soir même, avant 22h (oui oui, c’est très précis !), et filer au labo le lendemain matin sans être douchée afin de permettre au biologiste de récupérer cette fameuse glaire. Super glam ! Je ne suis pas une experte mais j’ai compris que le but de cet examen est de vérifier la qualité de cette dernière par la présence et la mobilité des spermatozoïdes. Dans notre cas, le test s’est révélé négatif : il y en avait peu et ils étaient plutôt immobiles. Ce test étant une indication mais pas un diagnostic à proprement parlé, mon compagnon a dû réaliser un spermogramme dans la foulée afin de confirmer la mauvaise qualité de ma glaire et donc ma potentielle infertilité.

Le second coup de massue est arrivé quand ma gynécologue nous a parlé d’asthénospermie en nous expliquant que non seulement les spermatozoïdes de mon compagnon sont peu mobiles, mais qu’en prime ils étaient présents en faible quantité. Son infertilité était donc avérée, et il me fallait poursuivre les examens pour comprendre mon problème d’aménhorrée/anovulation. Elle nous a donc recommandé de consulter un de ses confrères spécialiste de la PMA.
L’ironie dans tout ça, c’est que nous étions persuadés que le spermogramme était une formalité. Nous ne nous attendions absolument pas à apprendre une telle nouvelle ! Ce fut une épreuve très difficile pour nous deux. Et c’est à ce moment-là que j’ai senti que j’étais vraiment prête à avoir un bébé. Cette contradiction humaine où tu veux quelque chose que tu ne peux pas avoir !

Nous avons donc pris rendez-vous chez le spécialiste de la PMA recommandé par ma gynécologue. Pendant le délai d’attente d’environ trois mois, nous avons fait le choix de rester aussi zen que possible tout en nous documentant sur l’infertilité, ses causes et surtout ses conséquences. Nous avons appris à faire la différence entre stérilité et infertilité. La première est irréversible, ce qui n’est pas le cas de la seconde. Même si le parcours peut être long et douloureux tant sur le plan physique que sur le plan émotionnel, un couple infertile peut avoir un enfant. Ouf, enfin une « bonne » nouvelle après ces quelques semaines mouvementées. Cette lueur d’espoir nous a permis de remonter la pente et d’appréhender la suite de façon un peu plus cool.
Le jour fatidique arrivé, nous nous sommes confrontés à un médecin peu loquace et assez antipathique. Il m’a prescrit plusieurs examens à réaliser : une prise de sang destinée à évaluer ma réserve ovarienne, ainsi qu’une échographie de mes trompes. Après avoir réalisé ces examens, le bilan est tombé : je souffre du syndrome des ovaires polykystiques. Il s’agit d’une anomalie hormonale qui se caractérise par de nombreux symptômes dont entre autres l’acné et les troubles menstruels. En bref, les ovaires sont paresseux. Ils ne délivrent pas les ovules, qui s’accumulent et forment des petits kystes. C’est ce qui bloque l’ovulation.

C’est à ce moment-là que nous sommes entrés dans le parcours de la PMA. Avec le recul, nous avons eu de la chance. Oui, de la chance. Car mes problèmes d’absence de règles ont suffisamment mis la puce à l’oreille de ma gynécologue pour qu’elle nous fasse faire des examens rapidement après que le désir d’enfant se soit installé. Ce qui nous a permis de savoir très vite que nous étions tous les deux infertiles. La plupart des couples dans notre situation ne s’en rendent compte qu’au bout d’un an, voire plus.