Témoignage de Yaël

Je suis Yaël, 29 ans, maman de deux petites filles de 7 et 4 ans.

En novembre 2017, j’apprends que je suis enceinte rien était prévu mais on est heureux. Sauf que je sens que c’est différent des autres fois : pas les mêmes symptômes, pas le même ressenti. De nature angoissée je me dis que c’est encore moi qui stresse pour rien. Une semaine après avoir appris que j’attendais un heureux événement, j’ai perdu du sang (en quantité suffisante pour m’inquiéter) je suis donc allée aux urgences de ma ville où la réponse a été : «  Madame, c’est trop tôt on ne peut rien voir à l’écho. » À partir de ce moment là j’avais rendez-vous aux urgences toutes les 48h à 72h pour vérifier si le taux de bêta hCG (hormones de grossesse) augmentait bien en doublant, ce qui lors d’une grossesse normale est le cas. Au bout de trois semaines le diagnostic tombe : c’est une grossesse extra utérine. L’embryon était dans la trompe gauche.
Les médecins décident de ne pas opérer mais de m’injecter  un produit : le méthotrexate, médicalement utilisé lors des chimiothérapies mais qui dans ce cas précis se révèle assez puisant pour « détruire » l’embryon. Mais sur moi cela ne marche pas, j’ai alors subi une deuxième injection quatre jours après et au bout de trois semaines le taux de Bêta hCG est enfin descendu, preuve que la grossesse disparaissait bien.

J’ai été bien suivi médicalement parlant, les médecins étaient à l’écoute de mes douleurs physiques, mais alors le côté psychologique n’en parlons pas : aucun sentiment, aucune empathie. Les injections ont été effectuées comme des « vulgaires » prise de sang : on me faisait rentrer dans une petite pièce et hop, injection debout, sans prendre le temps de me parler, sauf pour me dire comment me placer. J’ai trouvé cela très dur surtout que j’étais en larmes. En plus, à ce moment là, une question me hantait : « Est-ce que je pourrai à nouveau tomber enceinte ? » Personne ne me répondait la même chose… C’était un coup oui, et d’un autre côté, on me disait que ce serait plus difficile…

Du côté de mes proches c’est un peu pareil, pour les gens ce n’était pas grave : j’avais déjà deux enfants, je devais m’en réjouir. J’ai même eu le droit à : «  Tu es maman, tu n’as pas le droit d’être triste ! » ou alors « Tu as choisi d’avoir cette grossesse, tu dois en assumer les risques ! »
J’étais désemparée et triste d’avoir perdu ce bébé que je m’étais déjà imaginé, j’avais l’impression qu’on me reprochait de faire des chichis, j’étais seule et au final, personne ne me comprenait… Mon mari n’était pas présent car il bossait dans la restauration et qu’en période de Fêtes, c’est impossible à gérer…

Alors comment j’ai fait ? J’ai pleuré, énormément pleuré et cela m’a libérée. Ensuite je me suis mise dans une bulle, je me suis coupée des réseaux sociaux, de ma famille et de mes amis et j’ai essayé d’avancer. La seule personne avec qui j’ai verbalisé a été ma maman. Je lui parlais souvent par téléphone en lui expliquant sans filtre ce que je ressentais, je pense que c’est quand même super important de parler même si c’est dur. Elle ne comprenait pas toutes mes réactions et ne les comprend sûrement pas toutes encore maintenant mais le principal était que je dise ce que j’avais sur le cœur. Mais je me suis dit qu’il ne fallait pas attendre de réconfort ou quoique ce soit de la part de mes proches car dans de telles situations l’entourage est souvent maladroit ne sachant pas quoi dire ou comment réagir. J’ai donc pris le parti d’énormément positiver, alors que ce n’est pas du tout dans mon caractère, mais je me suis forcée à me lever le matin, à m’habiller, et à sortir avec mes filles pour éviter que la tristesse m’envahisse. Et heureusement je vais mieux deux mois après même si à la vue d’une femme enceinte je ne peux m’empêcher de penser à ce bébé perdu, je sais qu’un jour ça me passera…

Pour revenir à la fameuse question : est-ce que je pourrais à nouveau tenter une grossesse ?
J’ai demandé à ma gynécologue lors de ma dernière visite de contrôle, elle m’a dit que c’était possible, qu’il fallait attendre au moins deux cycles quand les règles seront revenues à cause des produits injectés, et qu’il n’y avait pas de raison que cela ne fonctionne pas. Je ne vais pas vous mentir, j’ai 20% de risques de refaire une GUE (contre 2% en temps normal). Mais vous savez quoi ? Je positive encore et je me dis que j’ai 80 % de chances que cela marche et qu’au final j’ai un merveilleux bébé.

En résumé, la grossesse extra utérine, la fausse couche, l’IMG sont des choses difficilement acceptables mais il ne faut pas désespérer. Il faut y croire et espérer avoir de nouveau de la chance de tomber enceinte surtout quand le désir d’enfant est bien présent. Je ne sais pas quand je retomberai enceinte, mais ce que je sais c’est que je vais continuer d’aller de l’avant parce que à mon sens c’est le meilleur choix que je puisse faire. Dans mon témoignage j’ai envie que vous reteniez que même si le chemin est difficile, un jour tout ira mieux. Il faut le croire.

Yaël

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