Témoignage de Laure

Nous avons appris le décès de notre bébé à l’échographie du 5ème mois. Ça a été très violent… La sage femme nous a envoyés auprès de ma gynécologue sauf qu’elle n’était pas là ce jour-là. Nous avons vu un de ses confrères après avoir attendu près d’une heure en salle d’attente avec les yeux rougis. Ma maman était aussi présente lors de cette échographie, toute la famille a donc reçu un coup sur la tête sachant que ma grande soeur avait déjà fait deux fausses couches par le passé. Au moment de cette annonce, j’ai eu un réflexe de protection, je me suis mise vraiment dans ma bulle. Je ne voulais sans doute pas rendre encore plus difficile les choses sachant que mon compagnon était effondré. Je suis restée forte pour nous deux.

On nous a alors expliqué qu’il faudra que j’accouche au vu de la durée de la grossesse. Nous avons vu deux fois ma gynécologue entre temps, elle m’a « conseillé » de faire une amniocentèse afin de savoir si le fœtus avait une anomalie au niveau d’un de ses chromosomes, j’ai finalement accepté. Je suis restée une semaine encore avec mon bébé dans le ventre jusqu’à mon arrivée à la maternité. On m’a donné les premiers cachets tôt le lendemain matin, puis on m’a installée en salle d’accouchement. Une heure après on m’a redonné des cachets, puis, lorsque la sage-femme a voulu me redonner le cachet, il était descendu. Elle m’a alors accouchée. Nous n’avons pas voulu le voir car nous ne savions pas depuis combien de temps il était mort et son état physique. Mais nous avons demandé une autopsie et nous l’avons reconnu.
Ce qui est « drôle » c’est que nous allions l’appeler Gabriel. J’ai eu des conséquences suite à une péridurale mal posée… Rien n’a été pendant cette période, heureusement je m’étais mise dans une bulle et je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite. J’ai vraiment craqué une fois, un soir, sinon j’ai souvent pleuré des petites fois.
Après huit mois d’attente et de harcèlement auprès de mon ancienne gynécologue, j’ai changé de médecin et lui m’a aidée a avoir les résultats de l’autopsie rapidement. Selon lui j’ai eu la listeria. Je ne m’en étais pas aperçue car je n’avais pas eu de fièvre ni aucun symptôme.

Ce qui m’a aidé a passé ce cap fût d’en parler et le fait que j’ai déjà dû consoler ma soeur, j’ai donc réussi à relativiser. Je me suis dit que si cela était arrivé c’est que c’était le destin même si j’ai eu pendant quelques temps un sentiment de culpabilité.
Je ne l’ai jamais caché à personne et j’en ai beaucoup discuté, mais pas à un psychologue. Il y en a bien une qui est passée dans ma chambre de la clinique le lendemain mais je l’ai trouvée trop insistante. Je ne savais pas quoi lui dire comme j’étais en plein dedans. Je lui ai simplement raconté comment nous l’avions appris et nos ressentiments. Puis j’ai préféré en parler à mon entourage. Avec mon conjoint nous n’en avons pas vraiment discuté pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois car c’était trop frais… Petit à petit c’est venu et cela nous a rapproché. Je lui ai demandé de m’accompagner au jardin du souvenir, là où ils dispersent les cendres pour y déposer une rose, ce que lui avait déjà fait seul en secret. Je pense à mon bébé évidement pratiquement chaque jour qui passe.

J’ai attendu l’été 2016 pour remettre tout ça en route et je suis retombée enceinte en janvier 2017 et maintenant maman d’un beau bébé de quatre mois qui s’appelle Lenny! Nous lui avons donné comme deuxième prénom Gabriel en hommage à son grand frère qui, je le sais, veille sur lui et sur nous.

Laure Martin

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