Témoignage de Coralie

Je suis tombée enceinte pour ma seconde fois le 12 octobre 2010, un mois après notre mariage, un mois après que mon mari m’ait dit : « Faisons ce deuxième enfant. »
Nous étions tellement heureux, et notre premier aussi lui qui réclamait tellement un petit frère ou une petite sœur. Il a su assez vite que j’étais enceinte, à deux mois et demi, juste avant l’échographie des trois mois. J’avais tellement de nausées. Noël se passe à merveille. Notre grand s’en va chez son papi en vacances la semaine qui suit Noël.

Le mercredi 29 décembre nous avions rendez vous avec ma gynécologue. Lorsqu’elle commence l’échographie nous voyons son visage changer nous comprenons de suite qu’il y a un soucis. Ma gynécologue nous annonce avec une difficulté des plus certaines que notre bébé a une malformation au cerveau. Elle est tellement désolée, elle ne sait plus quoi nous dire, elle se reprend et nous explique qu’il manque une partie entière du cerveau de notre bébé. Il ne survivra pas dans mon ventre, il pourrait mourir demain, le mois prochain, dans trois mois mais dans tous les cas, il ne survivra pas. Elle nous conseille donc l’IMG.
Elle nous explique très bien, je n’ai rien à lui reprocher, bien au contraire. Le lendemain après-midi j’ai un rendez-vous d’urgence à la clinique qui se chargera de mon IMG (car ma gynécologue a son cabinet à l’extérieur de la clinique et maternité).
On me refera une écho plus pointue à la clinique, on me confirmera le handicap de notre bébé. Je rencontre la chef des sages-femmes qui m’explique qu’il faut monter un dossier qui est envoyé à Clermont-Ferrand, c’est eux qui donnent leur accord final car avant l’intervention il y a tout un tas de paperasse. La sage-femme m’annonce que l’intervention aura lieu deux semaines après, soit trois mois de grossesse pleins. Elle m’expliquera comment l’intervention se passera. Mais surtout ce temps d’attente servira aussi à faire mon deuil.
J’ai détesté le dernier argument, comment faire un deuil avec mon bébé présent dans mon ventre ? Et le plus dingue c’est que j’ai déjà senti mon bébé et que mon mari l’a déjà senti une fois aussi, ma gynécologue m’expliquera que régulièrement lorsque le bébé a un problème, on le sentira se manifester très tôt. Bref, il fallait repartir travailler le lundi alors autant finir la semaine chez moi avec mon mari et aller récupérer notre fils pour lui expliquer.

Le mercredi 12 janvier 2011 à 18h, je rentre à la clinique. Le soir il y avait ma série chouchoute «  Grey’s Anatomy » que je n’ai pas regardée bien sûr, la télévision faisait juste une présence. La sage femme m’a donné un médicament en m’expliquant que son cœur s’arrêtera naturellement tout doucement, sans aucune souffrance, mon bébé allait mourir dans mon ventre. Quelques minutes après la prise de ce médicament j’ai senti un dernier coup de mon bébé, un tout dernier signe de lui et pour moi c’était un au revoir. J’étais en larmes.

Le lendemain matin une fois mon mari arrivé à mes côtés, on nous explique que je vais avoir un mini déclenchement, c’est-à-dire qu’il suffira que mon col soit dilaté a 4-5cm. La sage femme chef m’avait expliqué tout cela deux semaines auparavant. C’est donc en début d’après-midi que je suis allée m’installer en salle d’accouchement. J’ai eu la péridurale car les contractions seront insupportables.

Le gynécologue obstétricien nous a rejoint de nouveau vers 15h, le pauvre il n’osait pas me regarder dans les yeux, la puéricultrice était un ange avec moi, vers 15h05 il me dit que l’on peut y aller. Me voilà, c’est parti, il faut que je pousse comme pour mon fils, et c’est à 15h15 que notre petit Mathys va naître. Notre bébé mort-né. Et c’est à ce moment-là que nous nous effondrons. Nous n’avons pas voulu le voir sur les conseils du gynécologue de la sage-femme, un bébé de trois mois c’est tout petit, ce n’est pas encore un « beau bébé », et notre bébé avait une malformation, ils n’ont pas voulu que nous soyons choqués. Des photos ont été prises de notre bébé, nous pouvons donc à tout moment nous rendre à la clinique pour le voir. À ce jour je n’ai pas encore franchi le pas, j’en ai souvent envie mais la peur est là.

Le corps de notre petit garçon a été transporté à Clermont Ferrand pour une autopsie, c’est pour cela que j’ai donné naissance à notre fils, pour qu’il ne soit pas « abîmé »  lors de sa venue au monde et pour que l’autopsie puisse être faite sans aucun soucis. L’autopsie révèlera que la malformation de Mathys est un accident de la vie, que cette malformation était le 5ème cas vu en seize ans et surtout que ce n’est pas héréditaire.

Les mois qui ont suivi ont été horribles. Mon mari et moi avons commencé nos essais pour bébé 3 en mars, deux mois après, et ce fut une catastrophe. Chaque mois j’étais sûre d’être enceinte, chaque mois je faisais un test de grossesse qui était négatif et dix minutes après mes règles arrivaient. Les rapports sexuels entre mon mari et moi étaient devenus une obligation et non une envie. Je n’en pouvais plus, sans compter toutes mes amies qui sont tombées enceintes pendant la pire période de ma vie. Imaginez ! Et puis pour le 31 décembre 2011, nous étions chez ma meilleure amie, elle me disait qu’elle pensait à moi car ça allait bientôt faire un an. Et ce jour-là j’ai parlé et j’ai pensé à la perte de notre bébé sans avoir envie de pleuré, et là j’ai compris une chose : j’avais enfin fait mon deuil et je lâchais prise de tout. Le 20 janvier 2012, après dix jours de retard de règles, mon test de grossesse était positif.

Ma fille va merveilleusement bien.

Aujourd’hui je vis mon IMG très bien parce que mon deuil est fait, mais aussi parce que j’ai compris que les choses n’arrivent jamais sans raison. Nos enfants connaissent l’histoire de leur frère. Ma fille depuis peu sait que son deuxième grand frère veille sur nous. C’était très important que notre fille connaisse ce passage de notre vie car c’est son histoire, qu’elle sache que ce n’est pas ma numéro deux, mais ma numéro trois, qu’elle sache qu’elle n’est pas là pour remplacer Mathys car il a sa place dans notre arbre généalogique et notre fille a la sienne. C’est tellement important.

Nous sommes heureux, mon IMG a renforcé nos liens qui étaient déjà fort.

Si des mamans ont besoin, vous pouvez me contacter, je répondrai avec plaisir ! Je n’ai pas été aidée après et ça été dur, j’avais personne à qui me confier, je veux dire des maman ayant vécu la même chose. Je me suis sentie si seule. Alors que non vous n’êtes pas seule. N’hésitez pas.

Coralie

https://www.instagram.com/coralie_and_co/
koraly2581@gmail.com