Témoignage de Charlotte

Le 11 février 2013, notre petit Victor fait de nous des parents. Nous découvrons avec joie toutes les nouveautés que cela implique. Nous sommes au comble du bonheur !
Le 11 juillet 2014, Gaspard vient agrandir la famille. Il se porte bien malgré quelques frayeurs aux échographies anténatales. Il a une malformation du rein qui se résorbe doucement et naturellement avec la croissance. C’est un petit bébé très agréable, nous sommes aux anges.

Un an plus tard, été 2015, une nouvelle grossesse ! Une petite fille !!! Nous sommes ravis. Nous nous projetons rapidement et avec tout notre amour et nos rêves les plus fous dans cette grossesse.
Lors d’une échographie, le médecin nous alerte sur des mesures qui ne lui semblent pas normales. Il nous conseille de faire une biopsie de trophoblaste pour étudier les chromosomes de notre toute petite.
Un problème ? Une anomalie ? Comment est-ce possible ? Tout allait si bien… Un coup de tonnerre dans ce ciel si bleu…
L’examen est sans douleur physique. Moralement, je suis au plus bas. J’ai l’impression de trahir cette enfant. Ce sentiment ne me quittera plus. Après plusieurs jours d’attente angoissante, pesante et lourde, le verdict tombe : notre fille est atteinte d’une maladie génétique. Je suis anéantie. Tout me semble vide, sans aucun sens.
Après des nuits sans sommeil, des journées de pleurs où nous devons faire face à cette douleur, pour nos deux garçons qui ont besoin de nous, nous prenons la terrible décision de l’interruption médicale de grossesse.

Je me souviens parfaitement de la veille de l’intervention. Je dois prendre une douche antiseptique avant d’aller à l’hôpital.
J’entre dans la douche. Je reste un moment sous l’eau chaude et je caresse mon ventre arrondi : « Pardon ma chérie, pardon mon amour, pardon ma petite Marie.» Je n’avais jamais songé à donner ce prénom à ma fille mais il est venu spontanément prénommer ma fille. Marie, symbole de pureté, d’innocence et de douceur.
« Pardon ma petite Marie. Nous ne nous sentons pas capables avec ton papa. Nous t’aimons de tout notre cœur, nous t’avons désirée, aimée passionnément… Pardon mon amour… Je t’aime du plus profond de mon cœur. » Et je laisse les larmes m’envahir sans pouvoir m’arrêter.
Cette petite fille était un rêve et c’est tellement dur de voir s’envoler un rêve.

Quelques mois plus tard, en novembre 2015, je suis de nouveau enceinte. Mais je fais une fausse couche à sept semaines d’aménorrhée.
Je retombe enceinte en février 2016 (j’ai cette chance de tomber rapidement enceinte), mais je perds le bébé à huit semaines d’aménorrhée.
Les fausses couches… Un sujet tellement tabou ! Et pourtant, elles sont fréquentes.
Le sentiment de perte et d’échec est difficile à supporter. L’entourage se veut rassurant : « Allez, vous avez déjà deux garçons en pleine forme, la prochaine fois sera la bonne ! », « Vous êtes jeunes, vous recommencerez ! », « Il vaut mieux là qu’à la naissance. », « La nature est bien faite !» Je ne peux plus rien entendre. Ils ne comprennent pas ! J’ai perdu un enfant, quelque soit le terme de la grossesse, la cause ou autre. Je pleure mon enfant. Celui que je ne pourrai jamais embrasser, tenir dans les bras, couvrir de bisous. Celui que j’aime déjà tant. Celui qui grandit en moi et que je nourris d’amour.

On ne se relève pas forcément rapidement de telles épreuves. Il faut savoir s’écouter et prendre le temps qu’il nous faut. Il faut savoir s’entourer de bonnes personnes et ne pas trop écouter ceux qui minimisent. Chacun réagit comme il peut, avec ses qualités et ses faiblesses.
On nous a critiqué pour l’interruption médicale de grossesse, comme on nous a soutenu. Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix. Il y a ce choix qu’on a fait, à ce moment de notre histoire personnelle. Ce choix qui nous regarde nous et uniquement nous. C’est tellement facile de prendre une décision pour les autres… Tellement facile de juger quand on n’est pas concerné.

Si je peux donner un conseil, un seul, à toutes les personnes qui traversent une épreuve, ce serait : écoutez-vous ! Écoutez votre cœur, écoutez votre couple. La décision la meilleure sera celle que vous prendrez. Prenez votre temps, prenez tout votre temps. Et donnez-vous de l’amour, vous en avez besoin.

Aujourd’hui, j’ai le bonheur d’écrire ces quelques lignes en regardant avec une vive émotion mon petit Octave de sept mois, qui roule joyeusement sur le parquet, attrape tout ce qui traîne et fait des sourires à longueur de journée. Ce bébé-bonheur qui ne me fait pas oublier mon histoire mais qui m’oblige à regarder devant. Et je me surprends à sourire, d’un sourire franc et sincère et non plus ce sourire d’apparence, de « bonne figure ». Je suis heureuse avec mon mari, mes trois petits bonhommes, ma princesse au ciel et mes deux petites étoiles. La vie est belle !

Charlotte

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