Témoignage de Tiffany

Je n’ai pas aimé être enceinte et je le regrette. J’ai tant admiré ces femmes plus épanouies que jamais avec leurs beaux ventres ronds et leurs silhouettes harmonieuses. Ces femmes qui nous donnent envie de porter nous aussi la vie, ces femmes radieuses sur les couvertures de magazines.
Mon expérience par deux fois a été différente de ce que j’avais idéalisé, très, très différente même.

Les vomissements sont dans un premier temps venus assombrir mes heureux évènements. J’ai vécu des moments difficiles, je ne pouvais plus sortir de chez moi, à la moindre odeur, à la vue d’un aliment, les vomissements arrivaient au galop. Enceinte de mon second, j’ai été tout aussi malade que pour ma grande, mais je dois bien avouer que je l’ai encore plus mal vécu. Lors de ma première grossesse, je restais dans mon lit à l’abri de toutes les odeurs du monde, mais pour mon fils je n’étais plus seule, je devais m’occuper de ma fille alors âgée de deux ans. Un calvaire. Je me suis tant sentie coupable de ne plus pouvoir m’occuper d’elle aussi bien qu’auparavant, j’étais épuisée. Ne plus pouvoir lui préparer de bons repas m’était insupportable, mais j’étais incapable de faire cuire la moindre petite chose, même l’odeur des pâtes me dérangeait, alors je vous laisse imaginer le supplice qu’était pour moi de cuisiner la moindre petite viande, ou pire de la friture. Heureusement pour moi, mon docteur a rapidement trouvé un médicament pour m’aider, et croyez-moi j’étais très, très reconnaissante. Je pouvais enfin sortir de chez moi et surtout me promener avec ma fille qui, était elle aussi très contente que sa maman ne soit plus malade.

Cette mauvaise passe derrière moi, j’aurai dû enfin profiter pleinement de ma grossesse, mais j’ai deux amis très fidèles qui me suivent partout : le stress et l’anxiété.
Je me souviens de la joie quand enfin j’ai senti là, au creux de moi les petits coups, pas les petites bulles timides, mais les vrais mouvements ! Y a-t-il un mot suffisamment fort pour décrire cette sensation ? Je n’en trouve pas. Mais pour quelqu’un comme moi qui traîne ses deux amis en permanence, ce bonheur peut vite se transformer en angoisse :
« Le bébé a bougé aujourd’hui? je ne m’en souviens pas…. », « Habituellement ses coups sont plus forts, plus réguliers, il y a certainement un problème… », « Hier je n’avais pas cette douleur, je dois rapidement consulter un docteur… Ou faire une échographie de contrôle… », « Avais-je bien le droit de manger ce plat ? Et si la viande n’était pas suffisamment cuite… »
L’angoisse, la vraie, celle qui vous retourne l’estomac, qui vous fait voir votre monde tout rose en noir, heureusement pour moi mon mari a été à chaque fois d’un réconfort extrême.
Plus haut je parlais de ces belles femmes épanouies pendant leurs grossesses, celles que je trouvais si belles, resplendissantes grâce à leurs rondeurs. Comme j’aurai adoré me renvoyer cette image mais malheureusement la réalité ou plutôt ma réalité n’était pas aussi joyeuse… Du jour au lendemain j’ai eu des hanches, des vraies, bien marquées, et ce petit ventre pas encore trop rond, un peu flasque… Comme je ne l’aimais pas cette image dans le miroir, je ne me reconnaissais pas, je ne m’aimais pas ! J’ai même fait la chasse aux kilos, faisant trop attention à mon alimentation, adieu les plaisirs, bonjour la culpabilité… Une véritable obsession. Les autres étaient belles, rayonnantes, mais moi je n’arrivais pas à me trouver le moindre charme. Trop de poitrine, trop de fesses, à quel moment mes jambes sont devenues aussi grosses ? Je souris aujourd’hui en écrivant ces lignes et quand je regarde une photo de moi avec mon ventre rond, je me trouve plutôt jolie et je regrette tellement de m’être infligée toutes ces bêtises, après tout c’est si beau de porter la vie.

J’aimerai pouvoir dire que ce récit est uniquement basé sur l’expérience de ma première grossesse, que j’ai appris de mes erreurs et que ma seconde grossesse s’est déroulée dans la joie, la bonne humeur, et l’amour de soi, mais non… J’ai eu tout aussi peur pour ses coups trop frêles à mon goût, je me suis encore trouvé des tonnes de défauts et j’ai trop souvent éliminé le chocolat de mes plaisirs.
J’ai parfois, avec le recul, la sensation de ne pas avoir vécu pleinement ces deux cadeaux de la vie. Les angoisses et les complexes m’ont trop souvent fait souffrir, j’en ai malheureusement oublié d’être heureuse et reconnaissante, car porter la vie est un merveilleux cadeau, le plus beau de tous.
J’aurai aimé que ce soit autrement, hélas on est comme on est, et le fait que je me réveille encore plusieurs fois la nuit juste pour vérifier que mes enfants vont bien, qu’ils respirent correctement, que le chauffage n’est pas trop bas ou bien pas trop haut illustre bien ma pensée, mais quand même je refuse de me priver de nouveau de chocolat!

Tiffany

www.annapauletmoi.blogspot.fr