Témoignage d’Anne

On en parle tellement, on entend tellement de choses dessus, que finalement on croit y être préparé. Mais ce « on » n’est pas un « je ». Alors quand cela m’est arrivé, je suis un peu tombée des nues, car je pensais savoir ce qui m’attendait. À peu près, « en gros », en fonction des expériences dont j’avais été témoin dans mon entourage. C’est d’abord un grand bonheur, de l’excitation, un peu d’appréhension aussi, et beaucoup d’étonnement. Cela m’arrive à moi ? Est-ce que je réalise vraiment ce que ce mot qui vient de s’afficher sur le test signifie ? Enceinte. Non, absolument pas. Mais une sorte de certitude me guide. Cette grossesse, nous l’avons voulue, désirée, espérée. Pas aussi tôt, certes – d’où la surprise – mais le projet était ancré dans notre cœur, dans notre couple. Alors tout ira bien, nous allons vivre une expérience extraordinaire. Après tout, ne dit-on pas que la grossesse est source d’épanouissement ? Que passée la première phase de fatigue, et avant les derniers moments souvent longs, c’est surtout un temps privilégié pour la future maman, en osmose avec ce petit être en construction ?

Pas toujours. Pas pour tout le monde.

J’avais vue ma grande sœur porter ses trois enfants avec facilité, bonheur et elle était portée par une force tranquille qui lui allait à merveille. Même chose avec l’une de mes meilleures amies, impressionnante de dynamisme, de forme physique et d’épanouissement. Je ne voyais pas bien comment il pouvait en être autrement pour moi, qui avais toujours rêvée d’attendre un enfant, de devenir maman. Je me sentais « faite » pour cela. Comme une évidence de femme.

Les débuts ont été décevants. Beaucoup, beaucoup de fatigue, des nausées quotidiennes épuisantes et déroutantes. Un ventre tristement plat, et aucune sensation de bien-être, de douceur. « Patience »  me disais-je (et me disait-on), cela ne va durer qu’un temps. Je culpabilisais un peu aussi, de ne pas me sentir aussi enjouée et satisfaite de mon état que je pensais devoir l’être.
Heureuse, je l’étais. Car notre couple n’avait jamais été aussi soudé. Car j’étais entourée de ma famille, de mes amis, à qui j’avais annoncé la nouvelle avec tant d’impatience et de bonheur ! Car j’étais tout simplement heureuse d’attendre cet enfant, cette petite fille. Mais j’avais toujours du mal à réaliser mon état. Mis à part la fatigue et les vomissements quotidiens, systématiques, je ne me sentais pas changée. Pas dans un état «  spécial » , pas habitée par un petit être en construction. Juste malade, et surtout un peu « limitée » par mon état. Puis mon ventre a fini par s’arrondir, petit à petit, doucement, puis franchement.
Point positif pour moi : le poids affiché sur la balance à chaque rendez-vous médical ne s’alourdissait que très peu. La faute à ces maudites nausées qui me faisaient rendre quasiment tout ce que j’avalais. Moi qui redoutait les vingt kilos, moi la gourmande grossissant facilement, j’étais quasiment plus mince qu’avant ma grossesse (mis à part l’arrondi du ventre évidemment). Je me faisais plaisir avec les vêtements de grossesse. Pour me mettre en valeur, me sentir jolie. Cela a été la partie la plus agréable de cette grossesse, avec la joie grandissante de voir ce ventre prendre forme de plus en plus. Et avec cela, la conscience un peu plus nette chaque jour d’être enceinte. Car j’ai mis vraiment beaucoup de temps à assimiler ma grossesse. À la réaliser. Même quand j’ai senti tes premiers coups – quel émerveillement extraordinaire – j’avais eu du mal à me dire que tout cela était réel !
Les rendez-vous médicaux étaient rassurants, apaisants. Tout allait bien, la grossesse suivait parfaitement son cours. Seul problème – qui n’en était pas un pour le bébé, heureusement – ces satanées nausées qui ne s’étaient pas estompées (au contraire) après le premier trimestre. Le deuxième trimestre, plein de promesses de soi-disant épanouissement et de forme physique, s’est déroulé sensiblement comme le premier. Avec peut-être un peu moins de fatigue, mais toujours autant de nausées, de difficultés à manger, d’absence de sentiment d’osmose avec mon bébé. Mais avec le plaisir de commencer à préparer ton arrivée. Acheter ton petit lit, tes petits habits de naissance, préparer ta chambre avec ton berceau, la décorer dans des couleurs douces et lumineuses, pour te créer un cocon, où tu serais le mieux possible. C’est en préparant tout cela que je me suis, finalement, le mieux préparée moi-même à cette naissance. Me rattacher aux aspects pratiques, matériels, ludiques a été pour moi une vraie source d’ancrage dans ma nouvelle réalité.

Une fois en congé maternité, j’ai pu me concentrer sur moi-même, sur notre bébé à venir avec plus de facilité, de sérénité. J’avais du temps pour me reposer, et me sentais donc en meilleure forme pour aborder la préparation à l’accouchement, le déménagement dans notre nouveau cocon familial et tous les détails pratiques de ce chamboulement merveilleux. Du temps aussi pour mieux gérer mon alimentation et donc mes nausées. Qui ne se sont pas arrêtées pour autant, mais que j’ai fini par accepter. C’était plus « confortable » d’être à la maison avec ces désagréments, plutôt qu’au boulot, à devoir être discrète et faire bonne figure alors que je venais de recracher tout mon déjeuner de la cantine !
Tous les voyants étaient au vert en cette fin de grossesse, niveau santé. Notre bébé, bien qu’un peu crevette en poids et taille, se portait très bien, et la naissance s’annonçait sans problème, sans inquiétude, ce qui est après tout le meilleur moyen d’aborder le jour J. Je ne ressentais pas d’appréhension particulière, même si cela restait une grande inconnue. Bizarrement, je n’avais pas peur de l’accouchement en lui-même. Je l’attendais avec curiosité. Je me sentais de plus en plus prête, sans être pressée pour autant. J’avais plus d’inquiétude et d’interrogation concernant la suite. Les suites de couche, le retour à la maison, la gestion d’un nouveau-né, la fatigue, le chamboulement dans notre couple. Mais mon homme a été un roc incroyable, le pilier sur lequel j’ai pu m’appuyer tout au long de cette grossesse.
Et c’est sans doute l’aspect qui a le plus compté dans cette belle aventure à trois. La façon dont notre couple s’est forgé, soudé, redécouvert avec tant de tendresse au long de ces neuf mois. La grossesse est le temps qui permet à la femme de se préparer à être mère, à l’enfant de se préparer à la vie. Mais c’est aussi le temps de l’amour en construction d’un couple qui s’apprête à vivre la plus grande aventure de son histoire. Et c’est ce que j’ai préféré dans ma grossesse. La complicité merveilleuse qu’elle nous a offerte à mon compagnon et moi. J’ai été soulagée d’accoucher, de quitter cet état de femme enceinte que j’avais surestimée et trop idéalisée et de rencontrer notre bébé. Mais je resterai émerveillée par ce que ces neuf mois nous ont apporté à mon chéri et moi. Nous étions dans les meilleures dispositions possibles en tant que couple, pour accueillir le fruit de notre amour. Voilà la plus belle expérience de ma grossesse, et après tout, le meilleur était à venir. Notre Jeanne, notre fille, notre amour.

Anne

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