Témoignage Anonyme

Je suis avec mon mari depuis presque six ans et nous avons un petit garçon, Sasha, qui va avoir trois ans dans deux semaines.

L’envie d’un enfant est très vite arrivée pour tous les deux, c’est donc après deux ans de vie commune que nous nous lançons dans cette aventure ! Je suis une personne de nature très anxieuse, à tel point qu’il m’a fallu un traitement afin de m’apaiser, pour faire face aux crises de paniques qui handicapaient totalement mon quotidien. J’avais honte d’en parler, c’est mon mari qui a donc tout pris. Autant être franche, antidépresseurs et grossesse ne font pas vraiment bon ménage, notamment auprès du corps médical.

Le traitement que je suivais était faiblement dosé, mais assez pour que je vive normalement.
Après un an d’essais bébé, d’obsessions sur cette grossesse qui tardait selon moi à arriver, me voilà avec un test de grossesse positif ! Ça y est ! Évidemment, j’avais lâché prise le mois où je suis tombée enceinte, en me disant que ça arriverait quand la nature le déciderait. Nous avions décidé de nous lancer dans une autre projet, celui de nous marier.

Seulement voilà, il y avait toujours un problème : mon médicament.
Je suis allée voir mon médecin traitant de l’époque pour en discuter et là, je reçois une douche froide : « Après les trois premiers mois de grossesse, je ne prendrai plus la responsabilité de vous prescrire ce médicament. » OK, merci… Sympa le médecin ! J’ai donc décidé de changer de médecin traitant, et j’ai eu raison.

Le risque d’incidence de mon médicament les trois premiers mois est effectivement très faible, mais après ? Arrive enfin la première échographie avec le rendez-vous médical avec une interne en médecine, et celui avec une sage-femme.
Le premier rendez-vous est chaotique. L’interne qui nous reçoit commence à me dire sans fard qu’il faut que j’arrête mon traitement. Et comme ça ne suffisait pas, elle en rajoute une couche en rapport avec mes antécédents médicaux familiaux (cancer du sein pour maman, ma tante maternelle, et un autre cancer que ma mère avait à ce moment-là). Et là, le vrai sketch, cette nana (oui pour moi je ne la considérais plus comme un médecin) commence à me parler d’Angelina Jolie qui s’est fait retirer les seins. Euh sinon… « Je suis là pour ma grossesse non ? » Bref, je sors de nouveau dépitée et je culpabilise de prendre soin de moi, car je n’avais pas le choix à ce moment là.

L’échographie se passe assez bien, même si on me suspectait une future pré-éclampsie, qui au final, n’a jamais existé. Le rendez-vous a été tout de même frustrant. Cette première vraie rencontre qui devait être un grand moment de bonheur a été remplacé par du stress et des larmes. Je n’osais pas regarder les images par crainte voir une anomalie.
Et enfin la libération l’après-midi lors du rendez-vous avec la sage-femme, qui elle me rassure tout de suite ! Elle avait consulté un fichier pour vérifier la dangerosité du traitement pris pendant la grossesse, et OUF, il n’y avait pas de contre-indication. La seule chose que je devais faire, c’était une échographie cardiaque du bébé à 16 SA pour vérifier que tout allait bien.
Et tout allait bien ! Mon bébé était en bonne santé, j’étais sereine et bien accompagnée par mon obstétricien que je voyais une fois par mois. J’ai pu enfin déculpabiliser, et profiter totalement de ma grossesse. J’ai pu en parler aussi à mes amies, qui elles aussi n’ont jamais jugé cette situation.

En revanche, j’en veux toujours à mon ancien médecin traitant et à cette interne de ne pas avoir été responsables, quitte à m’envoyer vers un confrère. Et surtout, d’avoir été quelque part jugée, en me culpabilisant de vivre avec cette « béquille ».
J’ai accouché d’un magnifique bébé, en pleine santé, et j’ai même pu allaiter en prenant mon médicament. Mon nouveau médecin tenait à ce que je le prenne absolument. La chute hormonale et l’arrêt du médicament auraient pu être très durs à gérer pour moi.
J’espère simplement que si cela devait se reproduire, je n’ai pas à revivre cette culpabilité. Et surtout, à toutes ces mamans dans la même situation, ne culpabilisez pas de prendre soin de vous. Un bon médecin vous accompagnera et vous orientera toujours vers la meilleure solution pour vous et bébé.