Témoignage d’Héloïse

« Vous savez ce que c’est ? »  Je crois que pendant la grossesse c’est une des questions les plus posées avec : « C’est pour quand ? » et « Vous allez allaiter ? »

Pour notre aîné, Jean, deux ans j’ai toujours voulu savoir. Mon mari était plus réticent, l’idée de la surprise le séduisait. Mais lorsque que l’on nous a posé cette autre question pendant une échographie, celle que l’on ne pose officiellement qu’une fois : « Vous voulez savoir si c’est un garçon ou une fille? » Mon mari a immédiatement dit « oui ». L’émotion, l’ambiance mais surtout pour lui, la concrétisation soudaine de cette grossesse si mystérieuse qu’il ne vivait qu’à travers moi. Le moyen pour lui de « contrôler » quelque chose et de posséder aussi une information unique et définitive qui n’appartenait qu’à nous.

 « C’est un garçon ! » La nouvelle tombe, les larmes montent… Des larmes de joie de voir un voeu secret exaucé. Pour cette première grossesse nous rêvions d’un garçon. Je ne me voyais qu’avec des garçons jusqu’alors. Aussitôt sortis de l’échographie nous lui avons donné son prénom, ce prénom choisi depuis presque toujours pour notre premier fils. Quel immense bonheur de connaître le sexe, même pour une première grossesse. Nous allions avoir notre lot de surprises et découvertes pendants les quelques mois à venir, le jour de l’accouchement aussi, alors savoir le sexe nous assurait déjà un acquis.

En tant que maman, ou que femme enceinte plutôt (oui la nuance est importante), connaître à l’avance le sexe du bébé m’a permis de me familiariser avec ma grossesse, avec lui qui grandissait en moi. J’ai rapidement pu individualiser, personnifier et humaniser ce petit être vivant. Je ne fais pas parti de ces femmes qui adorent la grossesse et se sentent épanouies comme jamais. J’ai de mon côté plutôt hâte que ça se termine et de passer aux « choses » concrètes. Alors pouvoir m’adresser à lui en sachant qui il était et pouvoir lui parler de choses qui lui étaient personnellement adressées ont été une vraie source de bonheur et d’apaisement.
Évidement il y a aussi l’aspect pratique, pour la décoration et le trousseau de naissance, bien que l’on soit très classique et assez universel dans nos goûts…
Rapidement s’est posée la question de savoir si nous annoncions ou non cette nouvelle à nos familles. Nous avions déjà eu tellement de mal à dissimuler notre grossesse, alors le sexe ! Ce fût le cadeau de Noël de chacun. Après les réactions des uns et des autres, l’émotion passe et laisse place aux interminables discussions sur le prénom… Dignes d’une pièce de théâtre ou d’un film.

Pour notre deuxième enfant, même schéma, mon mari ne souhaitait pas plus que cela savoir mais je n’ai pas mis longtemps à le convaincre. Deux ans se sont écoulés entre les deux grossesses. La vie avance, on apprend à devenir parents, on mûrit et les envies changent. Cette fois-ci, je rêve d’une fille. J’ai toujours imaginé mon ainé grand frère d’une petite soeur. Plus le temps passe et plus je me convaincs que c’est une fille. Cette grossesse est très différente de la première: « Ah alors c’est certain, c’est une fille ! »
Les phrases toutes faites et « bienveillantes » de l’entourage que l’on écoute malgré tout. Je cherche des prénoms de fille, visualise, imagine une fille… Ah les mystérieux pouvoirs du psychique!

Le jour de l’échographie, autant attendu que redouté cette fois-ci, j’entends ces mots : « C’est un deuxième garçon. » La nouvelle tombe, les larmes montent… Des larmes de déception de voir un voeu secret non exaucé. Mon mari jubile, le gynécologue aussi… Je souris et vois mes « projets » s’évaporer ! En sortant de la consultation, je craque. C’est toute « l’Idée » de mon bébé qui part en fumée. De plus, ce début de deuxième grossesse est compliqué moralement; pour tout un tas de raisons cette fille aurait rendu les choses plus faciles. Mon mari me console, ne comprend pas ma réaction mais la respecte. L’entourage y va aussi de son mot de réconfort… Ou pas : « Tu n’aurais pas pu nous faire une fille cette fois ci ?! ». Bref, n’y pensons plus, bébé est en pleine forme, après tout, n’est ce pas le plus important ?!

            Les semaines passent, je regarde mon premier fils fêter ses deux ans, mon mari être un papa et une moitié formidable. Sans la voir venir, discrète, non intrusive ni insistante, « l’Idée » de ce deuxième garçon s’installe petit à petit.
« Mes hommes »… Je suis déjà si fière d’être si bien entourée.
Et finalement, ce deuxième garçon ne viendrait-il pas renforcer cet amour inconditionnel, maternel, paternel et fraternel ?
Et finalement, savoir le sexe à l’avance cette fois-ci n’aura-t-il pas été une bonne chose pour éviter le jour de la rencontre, une réaction éventuellement regrettable et pesante ?

Et enfin… Nous y sommes, je vais être la seule fille au milieu de cette belle harmonie, où l’amour est plus fort que tout.
Je vais rester encore un peu « la seule femme de leur vie ».

Héloïse

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