Témoignage d’Elsa

Dans la vie, j’étais du genre à tout vouloir choisir et maîtriser. Les sorties du week-end, le cadeau d’anniversaire commun, le gîte des vacances entre amis… J’adorais planifier et trouver les plans les plus chouettes qui feraient le bonheur de ceux qui m’entourent. L’inconnu, quelle idée ? Si je savais d’avance de quoi il retournait, j’étais rassurée.

Mais étrangement, quand j’ai appris ma grossesse, j’ai d’un seul coup lâché prise. Une sérénité, jamais ressentie jusqu’alors, m’a envahie et a pris la place sur tout le reste. J’avais juste envie d’être, de ressentir et surtout de ne pas réfléchir. Et c’est très naturellement que j’ai pris la décision (avec mon chéri bien-sûr) de ne pas savoir… Ne pas connaître le sexe de ce bébé qui se cachait et grandissait en moi. Comme si pour une fois, je laissais la magie opérer.

J’ai adoré ne pas anticiper. Nous avons choisi des couleurs neutres pour les vêtements et la chambre, nous avions des discussions avec mini-nous en utilisant autant le pronom masculin que féminin, nous adorions lui trouver des surnoms ridicules et bien-sûr ceci a permis aux grandes tantes de la famille de se calmer dans leurs excès de rose et bleus pour les cadeaux. Nous avons aussi beaucoup apprécié que tout le corps médical se passe le mot pour ne pas nous dévoiler la surprise au fil des nombreux rendez-vous à l’hôpital.

Bien sûr la question est revenue souvent autour de nous, beaucoup ne comprenant pas comment nous faisions pour continuer sans savoir. La plupart nous disaient être plus confiants dès lors qu’ils se projetaient, et ça passait indéniablement par l’identification sexuel de leur futur enfant. Mais ce détail me paraissait inutile, voire futile. Face à cette grossesse qui me transcendait et me remplissait de joie, je n’avais aucune envie de savoir la suite, juste vivre pleinement l’instant présent. Mes parents avaient d’ailleurs fait le même choix pour moi, peut-être leur décision a aussi un peu influencé la mienne. Et puis, mini-nous étant prévu pour le 1er janvier, nous étions dans l’inconnu pour beaucoup plus de domaines que celui du sexe : nous ne savions ni le mois, ni l’année, ni le signe astrologique, pour les plus consciencieux, pour lesquels ce petit être déciderait d’apparaître. Alors pourquoi se poser trop de questions ?

D’une manière plus ludique, nos amis et proches s’en sont donné à coeur joie pour faire des pronostics. Les paris étaient ouverts et tout était scruté :  mes préférences alimentaires, la forme de mon ventre, ma poitrine, ma fatigue, mon caractère, mon implantation capillaire (?)… Et le sexe masculin l’a emporté largement. On les laissait faire, ça nous faisait bien rire. Et quand nous étions seuls tous les trois (chéri, moi et mini-nous), nous nous amusions à lui poser des questions : « Tu vas bien ? », réponse : une tape dans le ventre, on comprenait que oui. « Tu veux rester à l’intérieur ? », « Tu reconnais la voix de papa ? », « Tu aimes quand je te joue de la musique ? », etc.
Toujours oui, mais quand venait la question fatidique « Mais au fait tu es un garçon / une fille ? » pas de réponse. Même lui/elle semblait vouloir faire perdurer le secret. Alors, nous avions trouvé un prénom mixte pour l’accueillir à sa sortie.

Après de neuf fabuleux mois de grossesse, zen et pleins d’amour, la réponse allait enfin tomber. Enfin presque, mini-nous a décidé de rester dans mon ventre le plus longtemps possible. Deux déclenchements plus tard, un bébé (de janvier donc) sorti de mon ventre, et non sans difficulté. Aussi, nous étions tellement plus soulagés par sa santé à sa sortie, que chéri et moi avons tous les deux oublié de demander le sexe dans les premières minutes. C’est le médecin présent sur place, qui s’est écrié : « Mais au fait, c’est un garçon ou une fille? » Il souleva notre petit chou et son cordon ombilical fraîchement coupé lui cacha l’entrejambe. Suspens insoutenable… Puis en le soulevant, on s’aperçut qu’il n’y avait rien… Une fille ! Quel bonheur, quelle surprise ! Je me souviens osciller entre rires et larmes de joie. Je crois que ma réaction aurait été similaire avec le sexe opposé d’ailleurs. Mais ainsi soit-il : bienvenue à toi petite fille !

Avec du recul, je ne regretterais jamais ce choix de l’ignorance et du calme pendant neuf mois, qui m’ont conduit vers tellement d’amour et de tolérance envers cette petite personne qui est venue agrandir notre famille. Je crois que j’en ressors aussi plus grande, forte, et prête à vivre plus simplement la vie qui s’offre à moi.

Elsa