Témoignage de Solenn

Lorsque que l’on vit une grossesse, bien souvent on recommande aux futures mamans de faire ce qu’on appelle une préparation à l’accouchement. Et là, le casse-tête commence pour beaucoup d’entre nous… Que choisir ? Du yoga prénatal ? Du chant prénatal ? De la sophrologie ? De l’hypnose ? Une préparation classique ? De l’haptonomie ? Manger de la choucroute ?

Nous, nous n’avons pas hésité longtemps et j’ai tout tenté pour convaincre l’amoureux d’adhérer à l’haptonomie. Sur le papier pour le papa c’est top ! C’est la seule préparation qui l’implique autant.
En quoi ça consiste ? Il s’agit de « toucher affectif ». Mais encore ?
En fait, lors des séances avec une sage-femme formée à cette discipline, vous créez des rendez-vous avec votre bébé. Cette préparation débute tôt dans la grossesse, dès que vous sentez votre bébé bouger. Vous placez vos mains sur le ventre de la maman et invitez l’enfant à se déplacer. Et ça marche ! Votre petit bout vient se lover au creux de vos mains. C’est un moment de jeu très tendre qui permet de se vivre déjà comme une famille. La sage-femme se fait très discrète.

Pour ce qui est de l’accouchement, lors de ces séances, on vous apprend à vous positionner pour soulager votre dos et inviter l’enfant à descendre dans votre bassin. On vous explique aussi que la force du toucher de votre compagnon va atténuer les sensations douloureuses lors du travail et qu’au moment des contractions, il faudra accompagner votre enfant en ouvrant votre bassin et en écoutant votre corps qui saura quand pousser et comment. Les exercices de respiration et de poussée ne sont pas de mises ici. En haptonomie on ne pousse pas en bloquant sa respiration, on n’expulse pas l’enfant mais on l’invite à descendre.
C’est un peu magique quoi !

Les bébés haptos ?
Alors les bébés haptos comme on les appelle, sont très éveillés dès leurs premières minutes de vie, pleurent très peu voire pas du tout. Hormis pour signifier qu’ils ont faim, faut pas déconner quand même !
Les bébés haptos arrivent au monde en confiance car ils ont pu, grâce au séances, appréhender un petit peu le monde extérieur, au-delà du ventre de maman. Ils ont joué avec leurs parents pendant de longues semaines, il se sont sentis attendus, désirés et aimés. Et c’est vrai, notre petit bout est super cool depuis ses premières heures à l’air libre. On dit souvent que ces bébés sont très curieux, aiment se tenir face au monde et à la verticale. On dit aussi que lorsque viendra le moment de la marche, il faudra être vigilant parce que toute cette confiance en eux peut les rendre un peu casse-cou !

Les deux arguments qui nous ont le plus séduits pour choisir cette préparation étaient de vivre tous ces moments à trois (donc en impliquant à fond le papa) et toute cette confiance acquise dès la naissance. On s’est dit que c’était un joli cadeau de bienvenue.

Notre retour d’expérience sur cette préparation à la naissance :

La préparation à la naissance était un peu déconcertante au début. Il faut dépasser certain à priori. D’abord c’est très intime le ventre d’une femme enceinte, alors accepter que pendant plusieurs dizaines de minutes quatre mains le touchent (les mains de la sage-femme et du papa). Bon ensuite il faut enlever le haut à chaque fois du coup et… parfois on a juste pas envie. Il faut aussi garder son sérieux quand la sage-femme parle à votre bébé en lui disant « Tu viens me voir ? » ou lorsque qu’elle vous apprend à vous « prolonger dans la pièce » pour vous détendre.

Une fois tout ceci accepté, on savoure des moments de tendresse, de relaxation et de partage. C’est doux, rassurant et agréable. On se sent bien, on communique avec bébé, on crée du lien, on fabrique des souvenirs. L’un des plus savoureux est celui où la sage-femme dit à l’amoureux que pour qu’il puisse se mettre à ma place le jour J, il va devoir s’allonger et se mettre en slip et là c’est le drame… Pas de bol pour lui, il avait zappé la case douche ce matin là… Le week-end ici, il fait des économies d’eau.

Notre retour d’expérience sur la partie préparation à l’accouchement :

Avant le jour J on est super détendus, on se sent valeureux et confiants. J’ai eu la chance de vivre une grossesse toute tranquille donc j’avais pas vraiment de raisons de stresser, l’amoureux non plus d’ailleurs…
Et puis bébé dépasse le terme, et là, on va à la maternité toutes les 48h pour faire un monitoring et contrôler la dilatation du col. Et ça, ça te stresse, tu n’y peux rien… Tu commences à appréhender un possible déclenchement, une césarienne…
Bon mais les choses se goupillent pas trop mal finalement. Je marche beaucoup, je fais mon ménage et j’attends. Un soir à J+1, je me sens différente, humide… On file à la maternité vérifier que la poche du liquide amniotique ne s’est pas percée. Bon ben non.. J’ai eu une fuite de pipi… La loose absolue. On se sent trop bête et tellement déçue.

Le lendemain, visite de contrôle à la maternité, le col est favorable, le bébé en pleine forme, on me propose un déclenchement. On m’explique que c’est sans danger, et que si on veut, bébé pourrait être dans nos bras dès le soir même. L’amoureux et moi, on se regarde et on dit : « Merci mais non merci. »
En France, on peut dépasser son terme à J+5, alors on se dit qu’on va lui laisser une chance de choisir sa date d’anniversaire. Bon là aussi, c’est beaucoup grâce à ma grossesse idyllique parce que les nanas qui sont au bout du rouleau et qui ont mal partout, je comprends tout à fait qu’elles acceptent direct.
Le lendemain, on regarde House of Cards (la dernière saison sans le savoir, snif.). Et je dis : «AÏE ! » Il est 20H30, ça y est, j’ai ressenti ma première contraction. Dis donc ça fait mal…
L’amoureux est aux anges et moi je suis excitée comme un petit cabri. Comme une débile (et oui encore), je fais tout ce que m’a conseillé ma gynécologue pour vérifier que ce n’est pas un faux travail. (NON mais ALLO ! Tu as dépassé le terme cocotte, ça compte plus tout ça…). Donc j’avale un Spasfon et je prend un bain.
Les contractions s’espacent, elles passent de toutes les 10 minutes à toutes les 20, 17, 15 min. Là, ta maman te dit : « Bon courage ma chérie ça peut être long… »

Il est minuit, les contractions sont moins fréquentes. La fausse idée d’une fausse alerte fait son apparition. L’amoureux va au lit se reposer deux petites heures et moi je fais les cent pas dans l’appartement.

« Heu… Mais c’est quoi ce bordel ! » Mes contractions sont de plus en plus douloureuses mais genre vraiment, mais elles se rapprochent pas d’un iota ?! (Bon là je suis obligée de sortir de mon récit à nouveau pour vous dire que déjà, à 00h00 on est très loin des descriptions des bouquins, les contractions s’intensifient en se rapprochant NORMALEMENT.)

J’appelle la maternité, et je leur dis que j’ai super mal mais qu’elles ne sont pas régulières. On me dit, venez de toute façon ayant dépassé le terme, c’est un vrai travail c’es sûr, c’est pour cette nuit ou demain.

02H00, on file. Je souffre… Mais toutes les 20/15 mn. On nous installe, on contrôle mon col et là BIM ! Ça n’a pas bougé… Je suis toujours à deux doigts et demi. On me dit que ça risque d’être long, que c’est un premier bébé, que c’est normal et qu’on reviendra contrôler mon col.

3h00 : la même chose mais j’ai vraiment HYPER mal, ça irradie dans mes jambes, ça me cloue sur place, je ne peux pas rester allongée… On m’apporte un ballon.
Et voilà ça recommence… Je ne peux pas rester allongée… Je ne peux donc pas vraiment me détendre et faire de l’haptonomie… J’ai tellement mal que même debout, je ne peux pas faire les exercices appris. Je suis complètement à bout, désemparée. Et là, l’amoureux qui te sort entre deux Granola (parce que lui peut manger..) : « Dis, je te savais pas si chochotte! » J’avais si mal que je ne lui ai pas bondi dessus. Mais je peux vous dire que le petit cabri de tout à l’heure qui sautillait d’impatience ressemblait davantage à un cachalot en fin de vie.

Face à ce ballon, je suis mais alors complètement perdue, je m’assois dessus, j’hurle ! Je le balance au fond de la pièce. Et oui avec l’haptonomie le ballon n’existe pas et il semble de toute évidence que ça s’apprend ! Et puis je perds du sang, alors je flippe… La sage-femme de garde revient me voir et me dit que c’est normal. Je ne la crois pas… Ce n’est pas écrit dans mes livres.

Elle me dit : « Mais madame vous avez fait quelle préparation à l’accouchement ? » Je lui réponds, elle me regarde avec condescendance et me dit : «  Et vous ne saviez qu’un accouchement ça fait mal ? » Elle me dit enfin :  «  Ne vous inquiétez pas, à 9h on vous fera passer en salle d’accouchement et vous aurez de l’ocytocine pour accélérer le travail. » (9h c’est dans six heureeeeeeeeeeeeeeees !!!)

Bon là c’est vraiment la cata ! Je me dis que tout ça pour finalement être quand même déclenchée le lendemain matin… Je suis dégoûtée, j’ai mal, très mal, je m’inquiète pour ce sang et je me sens nulle et vraiment en colère contre la terre entière, et en particulier contre la sage-femme de garde (que je soupçonne d’avoir fait un décollement des membranes), celle de l’haptonomie aussi, et surtout mes livres ! Pourquoi ? Pourquoi ? Personne ne m’a dit que les contractions pouvaient descendre dans les jambes, on parle des reins, du bas du ventre mais pas des jambes dans mes livres !!!
Je marche, l’amoureux me porte pour m’asseoir, me lever, me rasseoir, me relever… Ça dure des heures… Mes contractions se rapprochent tout doucement… C’est de plus en plus dur…

8h30 une femme de ménage entre et me demande si je veux boire un jus d’orange ou un café. J’ai une contraction… Je ne peux pas lui répondre, je serre les dents et là elle me dit  « Mais madame pourquoi vous ne respirez pas ? » Comment ça pourquoi je ne respire pas ? Mais parce que en haptonomie on m’a dit qu’il ne fallait pas respirer pardi ! Si tu te concentres sur ta respiration, tu perds le lien avec ton bébé ! Voilà pourquoi ! Elle n’a pas été convaincue… Elle me dit que si je ne respire pas, c’est normal que j’ai mal. « Respirez madame, respirez. » Et là tu es tellement perdue que limite, respirer, tu as l’impression qu’il faut être ingénieur à bac +34 pour savoir faire ça. Elle me montre. Ouf, c’est vrai, ça marche. Merci madame.

9H00, ça fait une demi heure que je respire, je sais qu’on va bientôt me passer en salle d’accouchement, je parviens enfin à me détendre un peu.
On y va, la sage femme est hyper sympa, souriante et douce. OUF ! Elle contrôle mon col et me dit :  « Vous avez super bien travaillé ! Vous êtes à sept doigts. Pas besoin d’ocytocine ! Vous voulez la péri ? » «Heu…. OUI !!! »
On respire enfin, on se détend, on se repose, on plaisante. On se dit que pour l’haptonomie c’est un peu râpé. On s’en fout, je peux enfin m’allonger. Je suis tellement soulagée que je ne m’énerve pas en me disant que si cette nuit la sage-femme de garde avait contrôlé mon col plus souvent, j’aurais eu la péri bien plus tôt.
La pose de la péri s’est fait très simplement, je me suis assise en tailleur, je me suis sentie en confiance comme maître YODA et en 20 minutes j’étais vaporeuse. Le pied !

La suite en revanche, est plus Rock n’ Roll. Bébé s’est mal engagé, je devais lui donner naissance vers 14h et notre petit loup a finalement réussi à sortir à 17h. Coincé, il a eu droit à la ventouse et moi aux spatules. J’ai eu la peur de ma vie en voyant ces couverts à salade d’un autre temps. Et il a fallu pousser de toutes mes forces, respirer et pousser. C’est là que je me dis que notre expérience vaut le coup d’être écrite, parce que l’haptonomie est une préparation à la naissance mais PAS une préparation à l’accouchement, en aucun cas. Rien de ce qui nous a été enseigné ne nous a servi, au contraire ça nous a même déstabilisés.
Si je dois un jour recommencer, je garderai en tête que par définition ce moment si magique est imprévisible et qu’on doit se préparer à toutes les éventualités, à la pose d’une péri même si on aurait voulu s’en passer, à s’en passer alors qu’on l’attend avec impatience, à une césarienne d’urgence, à un accouchement AVEC instruments…

L’haptonomie en préparation à la naissance c’est cui cui les petits oiseaux et c’est super, mais le jour de l’accouchement c’est juste lunaire !!!!

Maintenant ça me fait bien rigoler d’avoir cru que je pourrais inviter mon bébé dans mon bassin ! NON mais ALLO ?!

Je ne me suis pas gênée pour le dire ensuite à ma sage-femme haptonome !

Solenn

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